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dimanche, mai 31, 2020
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Crise de Covid-19 en RDC : Dr Eteni, M. Ngobila, Mme Bazaiba. Une communication assassine !

Les acteurs et gestionnaires politiques Congolais semblent ne pas finalement prendre la mesure de la gravité des événements. Entre une administration Tshisekedi pas toujours capable à démontrer des gages de transparence et d’efficacité et une opposition amorphe à prendre le sujet en main avec des propositions alternatives, excepté des clips de lavage de main, l’urgence sanitaire de Covid-19 démontre davantage les faiblesses de notre système politique.

Tous acteurs et gestionnaires nous présentent un ‘’Kibudi kidubi’’, mélange d’improvisation et d’amateurisme systématique dans la gestion de la crise COVID-19 du moins dans sa composante communication. L’Oscar de la bêtise devrait être remis á Mme Eve Bazaiba pour son Tweet incendiaire ‘’Lokotro’’ qui déboussola et brisa la confiance, á mon avis, dans la perception des populations á l’égard du Covid-19. Le Dr Eteni et Sieur Gentiny Ngobila, respectivement Ministre National de la Santé et Gouverneur de la ville-province de Kinshasa devraient tout autant recevoir des Grammy Awards dans la même foulée. 

En effet, la situation inédite engendrée par le coronavirus permet de reparler et de mettre en perspective les limites de nos politiques en matière de communication de crise. Il s’agit d’un dossier complexe au jour le jour. Complexe autant de trouver la juste dose d’actions, de paroles, d’anticipations pour l’Administration Tshisekedi, tant de nombreuses parties prenantes sont concernées, surtout dans un contexte inédit de coalition FCC- CACH. Une dose presque impossible à atteindre dans la ville de Kinshasa, miroir de la RDC dans ces contradictions structurelles, tant il est délicat de tenir tout en même temps : l’économie basée sur l’informel, la liberté de chacun dans une ville connue pour être réfractaire, le politique Kinois en temps de crise sanitaire bien sûr, des médias publics déphasés et mal outillées, une multiplicité des sources d’informations alternatives tout autant contradictoires. Ce dosage constitue le cœur du défi de la gestion de crise, et de celle-ci en particulier. On est face à un équilibre périlleux à trouver.

Par principe, la nature même du risque pandémique du COVID-19 exige des stratégies de communication, information et éducation parfaitement coordonnée de riposte sanitaire : identification et définition du rôle des acteurs et des modalités de communication entre eux, identification et prise de connaissance de l’agent infectieux concerné afin d’en comprendre les modalités d’action et couverture de du processus de mise au point des tests ou thérapies par l’INRB, campagne de mobilisation sociale sur le dépistage, explication des mesures de limitation de la diffusion de la maladie telles qu’isolement, quarantaine, comportement-barrière incluant distanciation sociale et confinement communautaire.

La planification étant appelée á s’appliquer aux échelles locales, nationales (En lien avec les provinces) à transnationales congolaises (En lien avec Brazzaville). La réponse en termes de communication au risque de propagation de l’épidémie devant s’organiser de manière graduée selon un protocole précis avec pour chaque phase un volet de mesures de communications types. Des mesures soumises à l’évolution de l’épidémie. Les Kinois ont besoin de savoir à quels risques ils sont confrontés, et ce qu’ils peuvent faire pour préserver leur santé et leur vie. Des informations précises diffusées tôt, fréquemment, par des canaux auxquels la population se fie et qu’elle utilise, et dans des langues qu’elle comprend, permettent aux personnes concernées de se protéger, de protéger leur famille et leur communauté des risques sanitaires. 

En principe, la gestion de cette crise se devrait être réactive, basée sur une analyse de la situation constamment mise à jour, des modélisations prospectives et les retours d’expérience. Le COVID-19 étant une maladie nouvelle, l’objectif étant d’en ralentir la propagation, préparer un éventuel vaccin avec l’INRB, des médicaments et des stratégies adaptées.

Mais dans les faits, la première défaite de l’Administration Tshisekedi dans cette bataille contre le Covid-19 est celle de l’information des populations. Les différentes parties prenantes (Ministères de la Santé, Gouvernorat de Kinshasa, Secrétariat Technique (Equipe Dr Tanfum)) qui pilotent la réponse au coronavirus, on constate que « le renforcement de l’information aux voyageurs par exemple n’a pas été mis en place, avec des conseils spécifiques pour les passagers revenant d’une zone à risque ». La « réserve sanitaire » (des professionnels de santé, volontaires, mobilisables en cas d’épidémie), n’est « actuellement mobilisée, notamment dans les espaces á risques comme les marchés publics, les médias et les plateformes sociaux pour fournir des informations. 

En plus, on peut d’ailleurs estimer que la dissonance de ton le plus inaudible a été trouvé ce jeudi 26 mars 20 avec la cacophonie liée au report sine die du confinement 4-2-4 dans la ville de Kinshasa. On constate en effet pour la énième fois un changement d’attitude de la part de cet orchestre braillard : Présidence, Primature, Ministère de la santé, INRB, Gouvernorat lesquelles prennent des décisions lourdes de conséquences pour le quotidien des Congolais. Ce « revirement » est bien sûr un révélateur ; celui des limites politiques d’une coalition start-up nation et avec elle des difficultés du « new public management » face à la crise.

On aurait espéré que le Gouverneur Ngobila avec la pléiade des conseillers com au Gouvernorat aurait travailler á gérer calmement une situation incertaine et complexe… en canalisant les enjeux d’information en vue d’éviter justement l’hystérisation, la dérive, le débordement et d’anticiper les bourdes en vue de ne pas affoler outre mesure les Kinois déjà peureux. Autant que Felix Tshisekedi dans ses deux allocutions avait su á la fois, avec le calme et la sérénité qui lui est si naturelle, rassuré et rationalisé et en même temps Gentiny Ngobila avec sa communication bâclée sur le confinement 4-2-4 a certainement saqué cet effort du Président en affolant et traumatisant davantage les Kinois, comme l’assaut des consommateurs sur les marchés ces derniers jours en témoignent. La première chose aurait été de faire pour actuellement pour les autorités est de coordonner et de réajuster la communication actuelle trop générale, contradictoire et difforme en des messages ciblés et contextualisés. La plupart d’entre eux venant de flambées de l’Europe via les réseaux sociaux et les médias occidentaux et ne prenant pas en compte les circonstances spécifiques de la RDC. Il aurait été important de mener en parallèle des enquêtes CAP (Connaissances attitudes et Pratiques) afin de déterminer les obstacles au niveau comportemental, les audiences à cibler et les perceptions à l’origine de ces obstacles. 

Compte tenu des challenges sanitaires, économiques et politiques en jeu, l’Administration Tshisekedi devrait nous produire une stratégie de communication de crise efficiente afin de mettre en évidence et d’expliquer l’efficacité et la pertinence des actions de confinement et décisions choisies de restriction de mobilité sociale pour gérer le problème sécuritaire liée au covid-19. Ainsi cette stratégie de communication consistera à informer sur la situation, et à préserver toute crédibilité dans la gestion de cette crise. Pour cela, les différentes parties prenantes de l’exécutif Congolais se doivent de prendre en considération les attentes, les besoins et perceptions différentes parfois contradictoires de la part de la population, des acteurs impliqués et des médias. 

Pour ce faire, il faudra dès lors réévaluer la situation et comprendre définitivement que s’installe un biais cognitif dans l’inconscient collectif Congolais en général et Kinois en particulier. Nous percevons une asymétrie de communication entre des images provenant de la Chine montrant des chinois suréquipés à des fins de contention et de protection. Et une position en RDC, où l’inquiétude de la menace est soit sous-estimée ou simplement niée, avec des opérateurs religieux comme Neema Sikatenda (qui affirment, masque au visage être prêt á guérir les malades de Covid-19) ou politique comme Mme Eve Bazaiba (qui suppute une stratégie de détournement de denier public) …. De plus, il faut communiquer sur la gestion de l’alerte. Ce point ne cesse de pêcher avec la cacophonie de communication entre les différentes parties prenantes : Ministre de la Santé, INRB/Pr Tanfum, Gouvernorat de Kinshasa, Operateurs politiques… pourtant, il est nécessaire aux uns et aux autres d’expliquer à la population les étapes qui pourraient se succéder si la crise de santé s’aggravait. Parler en tant qu’expert au moment où tout le monde n’a pas encore cédé à la panique ». Avec les réseaux sociaux où chacun devant son clavier est expert ‘’honoris causa’’, il est important de les prendre en compte dans l’élaboration des stratégies de communication de crise afin d’anticiper au mieux les débordements. Il est nécessaire d’agir en amont car le manque d’informations transforme les craintes des publics et créent des contre-vérités voire des fakes news.

En situation de crise de Covid-19, le risque d’une surenchère d’événements n’est pas à négliger. Il est donc nécessaire pour l’Administration Tshisekedi de s’interroger sur la communication de ses scenarii d’intervention.  Faut-il comme dans le cas de la gestion d’Ebola de faire le choix de ne pas effrayer la population, ou surjouer la mise en place d’un dispositif afin d’anticiper les contre-vérités colportées par les réseaux sociaux. La RTNC a un rôle de fantassin dans cette mission. Lors de ces deux discours, salués par tous, le président Tshisekedi a su bien le faire, en jouant gros son mandat. Il a su concilier humanisme et autorité, agissant en dirigeant d’une nation, tentant de gérer la crise, dans un discours tentant de rattraper les errements précédents. Il faudrait consolider cela. En synergie avec les 24 zones de santé de Kinshasa, la RTNC peut créer ce Momentum avec les parties prenantes locales. Ici encore, les prises de parole doivent se structurer autour des professionnels de santé ; soit en les laissant s’exprimer soit en faisant écho à leurs expertises. S’il est une leçon à retenir depuis le dut de la crise de Covid-19 en RDC c’est celle-ci : la mise en œuvre des dispositifs de gestion de crise avec la reconduite du Pr Tamfum dans la gestion de la riposte est certes un gage de résultats, mais la mauvaise conduite de la communication du processus offre une impression de fiasco patent. 

Tout cela fait apparaître l’importance de l’anticipation et de la gestion prospective, qui dans cette crise prend tout son sens ; une anticipation qui fait en ce moment ci (et depuis toujours) globalement défaut en RDC. Dans tous les cas, après la gestion de la crise viendra le temps de la gestion de l’après-crise. Et le président Tshisekedi devra rendre compte des agissements de sieurs Ngobila, Eteni et des propos de Mme Bazaiba et consorts…

Laurent K. Mavinga

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