La république démocratique du Congo est un pays miraculeux. Si l’on savait déjà que tous les paradoxes y étaient possibles et que le plus souvent le burlesque y côtoie le tragique, il est toujours surprenant d’observer la vitesse à laquelle l’homme politique congolais varie.

Ces dernières semaines l’on a pu avoir tout le loisir d’observer non seulement un célèbre hiérarque de l’ancien régime, et non des moindres, le sieur Lambert Mende Omalanga pourtant toujours dans la coalition au pouvoir, revêtant les habits d’un opposant en dénonçant, les brutalités policières et la corruption au sein de l’assemblée provinciale mais également des cadres du parti présidentiel qui hier ne juraient que par l’action de rue et considéraient les marches comme la forme ultime du combat politique,  aujourd’hui appellent leurs militants à s’abstenir de toute distraction à travers des manifestations intempestives et non autorisées.

Certes les changements de discours et les positionnements de circonstance démontrent le déficit de d’idéologie et de conviction profonde de nos hommes politiques. Toutefois, à défaut d’être indulgent, soyons juste avec eux et ne leur faisons pas de mauvais procès.

En effet, l’élection de Félix Tshisekedi à la présidence congolaise a produit une situation inédite. Le pays se trouve toujours en pleine phase de recomposition du paysage politique. Les plaques tectoniques du rythme politique ne se sont toujours pas figées. L’opposition quasiment inexistante entre 2007 et 2015, excepté lors de la belle campagne d’Etienne Tshisekedi en 2011 tend dans la douleur à  réellement se restructurer et parler d’une seule voix, nonobstant certains épisodes tragicomique où un ancien candidat à la présidentielle annonce une tournée « vérité des urnes » comme un artiste annoncerait une série de concert pour un album déjà entendu et éculé.

Il n’était prévu par personne que les prérogatives du pouvoir présidentiel que confère la constitution au président de la république posé par l’article 69, le soutien des puissances étrangères et en particulier des chefs d’Etat de la région au président Tshisekedi, l’appui de la société civile, de l’église catholique et de l’opinion publique au velléité réformatrice du nouveau pouvoir, ainsi que le volteface de l’AFDC-A de Modeste Bahati et les défaites successives des caciques de l’ancien régime  créeraient des brèches dans le système qui prévalait jusqu’à présent.

Les membres du FCC dans leur grande majorité sont mû uniquement par la perspective de l’exercice du pouvoir. Le FCC fonctionne comme une vaste agence de recrutement, une sorte de pole emploi pour politicien. Leur autorité morale Joseph Kabila, n’assure aucun leadership idéologique et ne porte aucune doctrine politique. Il est leur chef car il dispose encore de sa signature qui a une valeur pécuniaire et symbolique aux yeux de ceux qui craignent encore de franchir le Rubicon néanmoins son autorité s’est considérablement  affaiblie ces dernières semaines en particulier lors du vote du bureau définitif du sénat.

Les instructions de vote de Joseph Kabila en faveur des membres du FCC ont moyennement été respectées malgré les menaces, les  intimidations et les diverses pressions auxquels les sénateurs ont été soumit. Il n’est pas impossible que lors de la publication du gouvernement Ilunkamba une nouvelle dynamique politique modifie le rapport de force actuel qui est encore en faveur du camp Kabila. Plusieurs membres de la famille politique de l’ancien chef de l’Etat en particulier les plus récents au sein du FCC, mécontent de ne rien obtenir en contrepartie de leur ralliement n’auront évidemment plus aucun intérêt à obéir aux ordres du Raïs. S’étant appuyer sur ses fidèles et les membres de son parti pour occuper les fonctions politiques les prestigieuses, il éloigne dans le même temps ceux qui l’ont rejoint dans la dernière période.

Tout se passe comme si le président sortant jouait depuis maintenant plusieurs années à « qui perd gagne » sacrifiant ses pions les uns après les autres en espérant gagner du temps afin de toujours rester dans la partie. Le désavantage apparent lui procure un avantage réel. L’effet de surprise et ses coups de bluff étant ses meilleurs atouts. Néanmoins, le problème avec ce type de règle de jeu ne réside pas uniquement dans des audacieuses stratégies à déployer pour obtenir une victoire mais aussi  dans la gestion de l’isolement et de la solitude avant celle-ci.

Be Kuweka