L’illustre David Mandessi Diop n’en pouvait plus. Il avait encore le souffle coupé, dégoûté et furibond. Avec les dernières ancres d’une plume engagée, il les dénonce. « A coups de gueule de civilisation, à coups d’eau bénite sur les fronts domestiqués, les vautours construisaient à l’ombre de leurs serres le sanglant monument de l’ère tutélaire (…) Hommes étranges qui n’étiez pas des hommes. Vous saviez tous les livres vous ne saviez pas l’amour», remarquait-il.

Le poète Sénégalais, chantre de la négritude, s’attaquait pourtant aux colons, dans un recueil posthume « Coups de pilon », publié en 1961. 58 ans après, malgré ses espoirs de libération, il serait surement interloqué de voir à quel point ces animaux, sans état d’âme, ont changé de bord. Ils ne sont plus occidentaux. Ils ont la peau noire, l’âme sombre et sont nos semblables.   

A Kinshasa, ces sont des nécrophages obligatoires : ils se nourrissent presque exclusivement de cadavre d’animaux, et souvent de gros animaux dont les carcasses ne pourraient pas disparaitre sans eux. Le Congo, désabusé et gangrené par 50 ans de luttes, formait une proie parfaite. Alors que Rosy Mukendi et ses compagnons tombaient dans l’indifférence totale, eux étaient déjà en pourparlers avec les bourreaux, prêts à changer de camp. Certains ont vu juste. Il suffisait, pour cette fois-là, de revêtir de nouvelles plumes, aux côtés des Tshisekedi, pour être sanctifiés. D’autres encore, plus retors, avaient simplement attendu longtemps, aux côtés du Congo, de son peuple, planqués à Limete depuis 32 ans, pour camoufler leur soif de cadavre.

Le 24 janvier, alors que la Nation célébrait la première alternance démocratique, rêvant enfin de voir leur départ définitif, la désillusion n’allait pas attendre longtemps pour pointer son nez.  Corneille Nangaa s’y était attelé, avec ses co-équipiers de la Cour Constitutionnelle. Des députés nommés avec une précision chirurgicale allait prendre en otage Tshisekedi et l’obliger à continuer leur œuvre, ou du moins, les faire revenir dans la partie.

Huit mois que le Peuple attend, rappelant les promesses. Huit mois que Beni tient, croyant finalement à un miracle. Celui qui est au Palais de la nation, le nouveau locataire, leur avait promis d’y déplacer même son domicile. Mais notre Envoyé est tourmenté. Piégé dans une coalition politique mortelle, il s’embourbe, avec ses propres vautours, dans un spectacle nauséabond de partage de postes. Félix Tshisekedi, fils du Sphinx, participe impuissant au dépècement d’une nation à l’agonie. Le brassage est d’autant plus incroyable que le changement tant attendu, même au niveau de noms, n’arrivera pas. Du côté même de Tshisekedi, on attend Tryphon Kin-kiey Mululumba, François Muamba… revenir. Un recyclage sans fin. « Thamwe Mwamba, Mende, Boshap », répétait fils Mukoko interloqué.

Comment faire la même chose et espérer un nouveau résultat ? C’est là que tout se corse. La notion de continuité plaide. Elle veut que nous laissions une chance, sans doute la dernière, à ces espèces redoutables, pour parachever leur œuvre, parfois utile à l’écosystème. De leurs combats à mort, ils finiront sans doute par se neutraliser mutuellement. Mais le Congo prend du retard. Partout ailleurs, le monde avance. La jeunesse reprend ses esprits et fait bouger les choses. Comment croire au changement quand, même les plus jeunes, se font déjà pousser des plumes de vautours ? L’avancement social est basé sur la capacité à louanger les plus forts. Plus on est facile, plus on pose moins de question, plus on est nommé.

Rien que ce texte me vaudra une étiquette définitive d’homme dangereux. Molendo Sakombi, grand-frère bien-aimé, aura toujours très peur de cette plume rebelle et tranchante, jugée trop indépendante et qui finira esseulée. Mais le Congo, même dans son hypocrisie, ne vaut-il pas plus que la fraternité aveugle ? Ce pays est-il condamné à souffrir, tourmenté par les FCC et les nouveaux CACH assoiffés de réussite personnelle, au détriment même de l’avenir commun ?

« Malgré vos chants d’orgueil au milieu des charniers. Les villages désolés l’Afrique écartelée. L’espoir vivait en nous comme une citadelle. Et des mines du Souaziland à la sueur lourde des usines d’Europe. Le printemps prendra chair sous nos pas de clarté », chutait Diop. Le Congo étant une âme condamnée à vivre et à renaître, tel le Phoenix de ses cendres, nous garderons espoir.

Mes chers compatriotes, chers rapaces, il vous sera appelé à pardonner ma colère dans cette plume désabusée. L’Est du pays s’embrase. Ebola nous menace et vous autres, privilégiés, êtes trop concentrés à chercher à inscrire vos noms dans une liste gouvernementale. Activité noble, mais n’oubliez pas le Congo. Quand vous aurez votre part de vautours, n’oubliez pas nos merveilleuses terres. N’oubliez pas la mère patrie. Prenez tout, mais pensez à vos semblables : de l’eau pour Goma, un peu de Sécurité pour Beni, un peu de route pour le Congo profond. C’est à ce seul tire que nous resterons frères de sang. Autrement, les plaies que vous serez auront toujours cette plume à supporter.

Litsani Choukran,
Le Fondé.

5 comments

  1. Perfect!
    A chaque fois que je lis un article de Lutsani,comme celle dun prophete poete, j’ai tjrs su qu’il yaura du vrai.
    Merci Bro, je suis content de savoir que il y’a encore des Jerome Ngongo (ex journaliste de Okapi) qui sont tellement independants et se Laisser conduire par le Don, l’inspiration que Dieu leur a donné .

    Grace a tes articles metaphoriques et reelles, javais aimé politico.cd

    Tes articles donne plus de valeur a ce site que tu ne peux t’imagine.

    Courage et boucoup plus d’inspiration.

    Force à toi Mkubwa.

    Akon k.

  2. Que chacun de nous médite sur ces phrases et se remette en question quant à sa motivation pour notre mère Patrie.
    Merci pour ces mots.

  3. Chapeau à l’auteur de cet article; Du courage mon frère, continue de lutter pour notre patrie avec ta plume, je suis ravi qu’il y aie qlq1 avec lucidité si simple manquant aux 97% de mon peuple.👍👍👍

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