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Le Golgotha de Genève : l’accord crucifié entre deux larrons,

L’ALTERNANCE. Une idée douce, neuve et séduisante. Née dans les années 80, incarnée par des hommes et des femmes parfois dignes, elle voulait que des forces politiques et sociales plus méritantes puissent reconquérir démocratiquement le destin du pays des mains d’une classe dirigeant qui le ronge comme un cancer.

« Nul ne peut prétendre à de la gloire sans avoir à le payer d’un désastre », disant Philip de Macédoine, père d’Alexandre le Grand. Au Congo, ce rêve de grandeur démocratique allait coûter cher à un homme : Etienne Tshisekedi wa Mulumba. On ne comptera pas le nombre de fois où il a été emprisonné, ni les trahisons auxquelles il doit avoir fait face. Cependant, son plus grand désastre est sans doute intime: sa progéniture. Le Sphinx qui s’est consacré au Congo, n’aura pas eu le temps, à l’image du Marechal Mobutu qu’il affrontait, de forger sa descendance.

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Dans ses années 80, son jeune fils, Félix Tshilombo — qu’il n’appella d’ailleurs pas « Tshisekedi » — doit vite se réfugier en Europe, loin du « Combat ». Le fils prendra le temps d’avoir la vie de l’époque. Entre bars et bagarres. Loin du pupitre de l’université, au point de ne jamais retrouver ses diplômes un jour.   La charge politique n’arrivera que tardivement dans la tête de ce jeune-homme que la biologie prend soin d’arrondir. Par la forces des choses, au soir même du combat de son paternel, le voilà propulsé au cœur du rêve commun de liberté en RDC : UDPS.

Le rêve de Tshisekedi n’aura jamais été une charge facile. Le Saint-Sphinx de Limete n’y arrivera plus. Il ne verra jamais Canaan. Il se couche le 1er février 2017, laissant son héritage aux mains d’une nouvelle élite, des nouveaux guerriers supposés, chargés d’achever la dernière dictature en lice : Joseph Kabila.  Très vite, ce Congo hébété découvre la différence. Un fossé, celui qui sépare le célèbre Yemueni Ngidi  de Pierre Ndaye Mutumbula.  Durant près de deux ans, Joseph Kabila va malmener le fils et ses collègues de l’opposition. Le Sphinx lui, verra son propre fils, ou du moins sa base (retenez bien ce passage), conditionner son enterrement à une nomination à la Primature. Kabila qui n’en demandait pas plus, va tout faire pour hiberner le vieil homme dans une chambre froide sous l’hiver Bruxellois.

Mais l’espoir n’est jamais perdu. « Ceux qui combattent le mal n’ont rien à perdre », dit un proverbe que j’ai inventé. Car pendant ce temps où les Tshisekedi s’adjugeaient le combat de la démocratie, d’autres les ont rejoints.  Parfois à cheval entre deux bords, ils sont néanmoins là. Gonflés à bloc, nous sommes déjà en août 2018, ils apprennent que Kabila leur a fait un cadeau inimaginable : la candidature d’Emmanuel Ramazani Shadary, une non-candidature, à sa succession du 23 décembre 2018.

Le rêve d’une alternance démocratique reprend. Comme une flamme olympique qui ne s’éteint jamais, il veut cette fois déjouer les pièges de la division, ceux-là même qui ont eu raison à leur leader historique Tshisekedi Étienne.  A Genève, ils s’enferment. Comme des cardinaux sous l’ère Borgia de l’Eglise romaine, ils discutent, négocient, marchandent. La capitale suisse devient congolaise.   Les éternelles discussions finissent pas accoucher d’un petit mulot. Mais le communiqué final scelle étrangement une nouvelle dynamique. L’opposition congolaise renaît des cendres de Félix Tshisekedi, qui laisse un autre prendre sa place.

Joie de courte durée certes. Car entre-temps, un homme nullement encore mentionné dans ces textes, viendra se greffer à l’équation. Il se nomme Vital Kamerhe, connu ici pour avoir été dépeint par Le Fondé comme un « Ngembo politique ». Très vite, Genève devient Golgotha. L’accord, le Christ, y est crucifié. Au milieu de deux voleurs, la désignation fragile de Fayulu est assassinée. A droit, l’UDPS, active la même base qui a mis en jeu la dépouille de Tshisekedi en 2017, pour sortir de l’accord. A gauche du Christ, l’autre acolyte n’en demandait pas mieux : il sort aussitôt de l’accord, avec la même excuse.

Vingt-quatre heures ont suffi pour enterrer le rêve d’une alternance démocratique aux prochaines élections. Car si tous ont combattu le dictateur Kabila, beaucoup ont prêché le respect des textes et des engagements. Ils ont surtout dit que la démocratie était un principe à adopter, que nul ne devait placer ses propres intérêts au dessus de ceux du Congo de son peuple.

Par ailleurs, s’il fallait un miracle pour que Fayulu s’impose, le dégoût du Golgotha de Genève — où le Christ a moins de chance de ressusciter cette fois — douche les espoirs de voir la machine à voter de Kabila être battue le 23 décembre prochain. Sauf si, comme à Golgotha, l’un des voleurs se décident de réserver une place au paradis et voir ainsi le Christ accord ressuscité. Un scénario peu probable.  Attendons tout de même le troisième jour.

Litsani Choukran,
Le Fondé

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