En RDC, les groupes armés risquent de peser sur les résultats des prochaines élections

Le 5 octobre dernier à Beni, alors que le haut commandement des Forces armées de la République démocratique du Congo entamait une réunion stratégique, au lendemain d’une énième attaque qui a une fois de plus fait des dizaines de victimes, une milice attaque la colline Païda. Le Chef d’Etat-major de la force terrestre, le commandant adjoint de la 3e zone de défense en charge des opérations, celui de la 34e région militaire et du commandant des opérations Sokola 1, étaient tous présents. L’attaque, attribuée à des miliciens ADF, fera quatre morts parmi la garde rapprochée des généraux congolais, dont un officier supérieur.

A deux mois de la Présidentielle, la situation sécuritaire à travers le pays devient de plus en plus inquiétante. Outre une épidémie sans précédent du virus Ebola qui ravage Beni, il y a les germes persistants de la grave crise du Kasaï au centre du pays, des poches de conflits dans le Maniema, une forte recrudescence d’attaques des groupes armés au Nord et Sud-Kivu, ainsi que le conflit ethnique persistant dans l’Ituri. La situation est d’autant plus inquiétante que gouvernement congolais a décidé d’organiser seul ces élections, excluant l’appui de la MONUSCO,  elle-même pourtant souvent cible de ces groupes armés.

Près de la moitié du suffrage menacé

Le  Baromètre sécuritaire du Kivu, une initiative lancée en 2017 pour cartographier les violences exercées par les groupes armés et les forces de sécurité étatiques congolaises dans les provinces du Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, a identifié par moins de 132 groupes armés dans seulement deux des 26 provinces du pays.  A Lubero et Beni, dans le Nord-Kivu, la société civile a, dans une lettre ouverte adressée au président de la République en date du 01 mai 2018, fait savoir que 18 sur 22 groupements de cette région sont occupés par des groupes armés.

Alors que les groupes armés sont souvent accusés d’être en connivences avec des hauts dirigeants politiques au pouvoir et dans l’armée, les provinces du Kasaï (1.500.525 enrôlés), Kasaï-Central (1.55.6729 enrôlés),  Kasaï-Oriental (1.097.248 enrôlés) ou même le Sankuru voisin (1.267.610 enrôlés), toutes touchées par des violences depuis 2016 et bastion de l’opposition, forment pas moins de  5,4 millions d’électeurs, soit plus de 12% d’un suffrage évalué à 45 millions d’électeurs. Le Nord-Kivu (3.863.721 d’enrôlés), le Sud-kivu (2.554.513 d’enrôlés), y compris l’Ituri (2.236.616 enrôlés), forment rien qu’à eux trois, pas moins de 8,6 millions d’électeurs, près de 19% du prochain scrutin.

L’Est du Maniema, le Nord du Haut-Katanga, ou encore des parties du Tangankyika, au Lomami sont également touchées par le problème des groupes armés. La présidentielle en RDC est d’un seul tour à suffrage direct. Avec 21 candidats en lice, le prochain président peut être élu à une majorité de 6%. Face à cette situation, et au regard de la présence des groupés armées à travers le pays, le vote du 23 décembre pourrait, au moindre incident, connaître des fortes abstentions capables de fausser les résultats.

Toute la semaine, la rédaction va interroger les principaux acteurs, notamment au sein de l’armée, du gouvernement, de l’opposition et de la Société civile pour savoir comment cette menace qui pèse sur les prochaines élections sera gérée.

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