La tour de Babel de Kabila

Nimrod, le “roi-chasseur” régnant sur les descendants de Noé, eut l’idée d’échafauder à Babel (Babylone) une tour assez haute pour que son sommet atteigne le ciel (le trône de Dieu). Autour de ce projet, des hommes qui essayent, non seulement d’assouvir leur désir de gloire et de puissance, mais qui, surtout, essayent pathétiquement de se transcender, alors même qu’il leur est impossible de se détacher de leur essence : ils ne sont que des hommes, pas des dieux. Pour cette audace, Dieu les punit en les “confondant” à travers leur moyen d’expression : la langue.

A Kingakati, au royaume de Kabila, noble Roi, obligé de se retirer, à l’écoute de son peuple fatigué, de tels hommes se réunissent. Dans leurs cœurs, têtes et aspirations, l’idée d’une même tour à la Babel, sans toutefois souffrir de la même fin. Leur Roi a tout prévu : il impose d’abord un blocus complet autour de la seule question qui vaut sa peine, à savoir, le nom de son successeur. Durant deux ans, Kabila a multiplié des pas, faux-pas et feintes dans l’idée de brouiller les pistes.

Entre-temps, le président congolais monte sa tour. Fâcheusement, il arrive le moment où il faut bien placer une coupole à cette œuvre d’art de survie. Kabila, est alors pris en étau. D’un côté, la vieille garde, celle qui détient « le vrai pouvoir ». Du Katanga profond, ils mugissent, menacent : rien ne devrait se faire sans eux. Il y a aussi les militaires, qui ont durablement participé à la construction de cette Tour mystique. Eux par contre, restent calme. Un redoutable silence, craint et dissuasif. Lui-même étant issu de leurs rangs, Kabila sait donc la sentence qui est réservée à un frère d’arme qui trahit.

Kabila doit se réveiller

Si les deux précédentes facettes tiennent Kabila, il y a aussi celles des politiques : des hommes qui ont apporté de l’eau au moulin de la construction de la Tour, dont certains sont là depuis le vendredi où le Président a prêté serment en 2001. Cette catégorie s’oppose à celle des nouveaux-venus, des Tshibala, Makila… qui, à peine arrivées, font de la concurrence tripale à Obelix, le légendaire gaulois.

Dans ce décor, Kabila, qui veut mieux faire que Nemrod, tente de trouver une langue commune à tous. En effet, telle la tour de Babel, ici, au sein du pouvoir congolais, tous s’opposent les intérêts ; les convictions sont en vacances, et la motivation ne dépend que des nouvelles de leurs banquiers.  Dieu avait puni Nemrod en multipliant les langues, divisant les hommes et annihilant chez eux toute ambition de dépassement ; chez Kabila, le père du Christ n’aura peut-être pas le temps d’intervenir.

« Bâtir sur du sable c’est un château sans espoir », chantait le talentueux artiste Lokua Kanza. Kabila a misé tout son avenir sur une coalition de godillots filous, à coup de matoiseries, sans jamais prendre le temps de concevoir un système politique digne du Congo et capable de maintenir son pouvoir en cas de vacances. Depuis les élections de 2011, cette majorité au pouvoir s’est mise à construire une tour de Babel, vendant vents et illusions à Kabila : tantôt un troisième mandat, tantôt le soutient illusoire de la Communauté internationale qui ne viendra jamais.

Au sommet de sa tour inachevée mais déjà en ruine, le jeune président, qui a tout d’un congolais modèle, a toutefois la latitude nécessaire pour saisir l’ampleur du monde qu’il a laissé bâtir : celui d’affairistes, avec très peu de fidèles et souvent mal récompensés. Un monde sans conviction, ni foi : basé seulement sur la survie personnelle, loin des aspirations populaires, où le talent n’est que très peu récompensé, le dialogue laisse place au semblant et aux courbettes.

Il lui suffira de prendre un petit recul. Le peuple, l’autre nom de Dieu dans cette histoire, laisse toujours à Kabila une dernière occasion de mettre un terme à cette entreprise puérile. Personne, en effet, ne triomphe de son peuple, ni de son dieu. Il est peut-être temps que le président balaye autour de lui, et se réveille: il est seul juge et responsable devant les Congolais.

Litsani Choukran,
Le Fonde.

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