Il est 12 heures et quelques minutes dans la concession de l’Institut supérieur de développement rural, ISDR-Beni, lorsque nous atterrissons dans le quartier Rwangoma, tristement rendu célèbre par un massacre ayant emporté une trentaine de vies humaines en août 2016. Les portes de cette institution d’enseignement supérieur public sont fermées. “Les étudiants ont décidé de sécher les cours à cause du taux Mbikayi” explique une enseignante.

Mais également, nous sommes confrontés à un problème d’effectifs. Cet année, nous avons difficilement inscrit 150 étudiants dans les filières que nous organisons” explique la source à POLITICO.CD.

Il y a quelques années, avant le début des massacres qui ont fait plus de 1500 morts selon les chiffres de la société civile, l’Institut supérieur de développement rural de Beni était l’une d’institutions reprochées pour ses auditoires pléthores, qui pouvait accueillir jusqu’à 200 étudiants chacun. Mais les attaques menées contre les quartiers périphériques de la ville de Beni ont fait de l’emplacement calme et périphérique de cette institution non une source d’attraction pour son climat propice aux études, mais bien une raison de perte d’effectifs d’étudiants.

L’Université Chrétienne Bilingue du Congo, un projet de l’ONG Américaine Congo Initiative, était l’un de hubs de l’éducation supérieure dans la région. Son attractivité provenait notamment de son adoption du système Licence Master Doctorat (LMD) et son enseignement bilingue (Anglais-Français). Son emplacement à Boikene, un quartier situé entre la ville de Beni et l’aéroport national de Mavivi, loin de bruits du centre urbain, faisait de cet école, un eldorado pour les étudiants venant de toutes les régions du Nord-Kivu et d’autres régions de la RDC et de l’étranger. Autour de cet université, les opérateurs économiques ont érigé des bâtisses pouvant servir de homes aux étudiants, fatigués de faire de longs trajets, l’Université étant encore en chantier pour ses autres projets dont le campus.

Crise économique et prolifération d’institutions d’enseignement supérieur, source d’un rebond pour l’ESU à Beni

Une vue de l’Institut Superieur de developpement Rural, ISDR-Beni. Photo: Fiston Mahamba

Le quartier Boikene étant devenu, l’une de principales cibles d’attaques rebelles, les étudiants ont commencé par quitter le campus qui s’était créé en dehors de l’enceinte de l’UCBC, avant de quitter progressivement la ville de Beni pour poursuivre leurs études ailleurs.

La tendance n’a pas profité aux universités et institutions ayant un positionnement au centre de la ville. Bien au contraire, les institutions et universités situées dans les quartiers résidentiels de la ville, crient également à la baisse d’effectifs.

Tout cela est du à la crise économique qui a suivi le cycle de massacres interminable que traverse la région” explique un enseignant visiteur, rencontré par POLITICO.CD à l’Université Officielle de la Semuliki, UOS. Ce cadre du corps académique de l’UOS renchérit que l’essentiel de revenus des habitants de Beni était produit par les activités agricoles, principalement le cacao, le riz, le café,… qui permettaient aux parents de scolariser leurs enfants après le cycle secondaire.

“Depuis que les champs agricoles sont devenus champs de bataille, aucun civil n’accède à sa production et la crise économique s’est hissée à un niveau très élevé.”

L’enseignant poursuit que le refuge pour les étudiants et les parents qui ont un peu de moyens financiers restent la multitude d’institutions d’enseignement supérieur et universitaire non viables, qui allègent les critères de sélection pour l’entrée à l’Université en vue de s’attirer la sympathie de parents et d’étudiants.

Fiston MAHAMBA