Présidentielle: vers un nouveau duel Kabila – Bemba!

Survêtement blanc, barbe rebelle. Stanley Mbayo Pelesa, député national et cinquantaine révolue, est assis sur la terrasse de Café Musik, un célèbre restaurant du centre-ville de Kinshasa. Nous sommes en mars 2018, et cet avocat d’affaires, spécialisé dans les mines, est présenté comme “un proche” du président Joseph Kabila, qu’il ne tardera pas à adouber. “Ce pays a encore besoin de lui“, clame- t-il. Mbayo, comme la majorité au pouvoir, pense que la République démocratique du Congo ne peut s’en sortir sans l’actuel président, arrivé certes en fin mandat depuis l’année dernière.

Cependant, à la différence de sa famille politique, Me Mbayo est un peu plus ingénieux. Il affirme, citant la constitution, que le président Joseph Kabila peut encore se présenter. “La Constitution affirme que le président de la République est élu pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois. Mais il n’y a aucun passage qui limite à un individu X de se représenter via le mandat de son parti “, révèle-t-il.

A cette époque, la rencontre avec cet homme, visiblement confiant, n’est pas au cœur de l’actualité, d’autant plus que dans les médias, une guerre entre “dauphins”, successeurs probables du président Kabila, est déclarée. Augustin Matata Ponyo, ancien Premier ministre, et Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale, se disputent presqu’ouvertement la désignation. Mbayo affirme néanmoins qu’il reviendra sur la question.

La donne Bemba

Trois mois après, la situation a changé. Un coup de théâtre a eu lieu, là on s’y attendait le moins : depuis le siège de la Cour Pénale Internationale à la Haye, aux Pays-Bas, la justice internationale déclare tout à coup l’opposant Jean-Pierre Bemba, emprisonné depuis 10 ans, non coupable. La chambre d’appel de la CPI va jusqu’à acquitter l’ancien vice-président congolais, le rendant du tout qualifié pour la prochaine présidentielle.

A Kinshasa, la majorité au pouvoir semble avoir déjà eu vent de ce tournant. Au début du mois de mai, le président Kabila recevait à Kinshasa la Procureure de la CPI, Fatou Bensouda, dans des discussions qui n’ont jamais été révélées au grand public. Par ailleurs, à la même période, le Chef de l’Etat congolais a réuni ses poulains à Kingakati, sa ferme privée située dans l’est de Kinshasa. Là-bas, il a surtout été question de calmer quelques ardeurs. Le ministre Moste Bahati Lukwebo, qui tentait de hausser le ton, est tout de suite ramené dans le bercail. Loin de là, un autre homme, qui lorgnait pour le dauphinat, est dégouté : Adolphe Muzito, ancien Premier ministre et qui croyait en un accord entre son parti, le Palu, et le camp de Joseph Kabila pour se faire désigner comme candidat du pouvoir, annonce subitement qu’il sera candidat, mais se présente également comme “opposant”.

Stanley Mbayo

Tout à coup, Stanley Mbayo refait surface. Dans son bureau au centre-ville de Kinshasa, il s’ouvre, expliquant que la majorité n’est pas si opposée à l’idée de concourir contre Bemba à la prochaine Présidentielle. « Jean-Pierre Bemba est un des principaux leaders politiques du pays. Le fait qu’il soit acquitté est une bonne chose pour la nation. Il est à présent libre de rentrer et participer au processus démocratique actuellement en cours », affirme-t-il.

Pour lui, ce retour transforme latéralement la donne. «Nous avons toujours dis que la prochaine Présidentielle n’est pas une affaire des dauphins ou des petits poissons. C’est un combat des titans, et Bemba devra affronter notre candidat dans un duel totalement démocratique », ajoute-t-il.

Le leader dont il fait allusion, c’est évidemment le président Joseph Kabila. A la tête de son Mouvement des indépendants réformateurs (MIR), il annonce à POLITICO.CD son intention de présenter la candidature de l’actuel président congolais à la prochaine présidentielle, malgré l’interdiction constitutionnelle.  « Joseph Kabila a été élu Président de la République en 2006 comme indépendant. En 2011, il est réélu sous la même casquette. Aujourd’hui, aux prochaines élections, il ne pourra plus se représenter sur la liste d’indépendants. C’est exclu. Mais, il n’est pas interdit à un parti politique de présenter la candidature de Joseph Kabila», affirme Mt Mbayo, citant la Constitution dans son article 70.

« Le MIR, dit-il, a le droit, comme parti agréé à concourir aux prochaines élections. Et le MIR, quand on regarde la loi électorale, se propose de se représenter à tous les niveaux de ces élections. Le candidat que nous présenterons rempli toutes les conditions requises : âge, expérience et il a la nationalité congolaise. Il n’a pas des poursuites judiciaires et son casier judiciaire est vierge », insiste Stanley Mbayo.

Quand on lui demande si sa famille politique, la Majorité Présidentielle, soutenait sa démarche, Mbayo explique que la famille du Chef de l’Etat congolais a beaucoup évolué. « Vous avez suivi tout dernièrement certains regroupements de la Majorité Présidentielle signer un accord pour soutenir un candidat virtuel. Et, le MIR n’a signé aucun accord pour un candidat virtuel. Pour le MIR, c’est Kabila ou rien. C’est le candidat unique pour le MIR. Si vous cherchez ce document, vous allez trouver que le MIR n’a pas signé. Le MIR n’est pas d’accord avec toutes ces élucubrations qui se disent autour du dauphinat », clame-t-il.

Poursuivant dans son élan, l’avocat congolais affirme également croire que la population congolaise soutenait l’initiative de son parti. « Il y a une période réservée à la campagne électorale. C’est pendant cette période qu’il faudrait tout expliquer à la population. Mais, si vous me demandez de faire de la divination, je ne peux pas. Je n’ai pas la capacité ni le don de médium. Mais, nous sommes convaincus que nous allons vers des réformes. Kabila a fait ce qu’il a fait », dit-il.

 La cour constitutionnelle préparée

La majorité semble s’y préparée également. La semaine dernière à Kinshasa, quelques heures avant l’annonce bombe de l’acquittement de Bemba, des opposants participant au gouvernement ont signé une charte pour la création d’un front politique dont le président Kabila n’est autre que le Chef de fil.

Pendant ce temps, des nouvelles provenant de la Cour Constitutionnelle corroborent vers une candidature de Joseph Kabila. Ainsi, la mort, en avril dernier, du juge Kalonda Kele Oma Yvon et les démissions (sur pression) des juges Jean-Louis Essambo et Banyaku Luape ont offert au Président trois places vides. Dans la foulée, le député PPRD François Bokona Wipa Bonzali, docteur en Droit de l’Université de Kinshasa seulement depuis le 28 avril 2018, est désigné juge. Ministre d’État près le président de la République du gouvernement Gizenga en 2007, ancien membre du Cabinet du Chef de l’état en tant que Conseiller Principal du Collège Juridique et Administratif, avant d’être nommé Directeur de Cabinet Adjoint ; mais également membre du PPRD, Nkulu Mitumba Kilombo est aussi nommé à la Cour, tout comme le magistrat Jean Ubulu. A eux trois, ajoutés à d’autres dont, un certain Luzolo Bambi, qui n’est autre que le Conseiller spécial du Président en matière de corruption, la Cour Constitutionnelle ressemble finalement à une institution préparée pour faire valider certaines décisions.

Pendant ce temps, dans les rues et sur les réseaux sociaux, les rumeurs sur une éventuelle candidature du président Kabila enflent. Ses proches, du moins ceux qui ont des fonctions, réfutent. Mais d’aucun, du côté́ de la majorité́, n’ose cependant écarter définitivement cette hypothèse, surtout après le dévastant retour de Jean-Pierre Bemba.  Par ailleurs, Stanley Mbayo donne lui un rendez-vous à tous, au dépôt prochain de la candidature du président sortant.

Litsani Choukran.

Recevoir nos publications par email

Inscrivez-vous pour recevoir les dernières publications de politique directement dans votre email.

Ne manquez pas ceci

Terminus pour Bruno Tshibala?

Au moment où il représentait le président Kabila au 37ème sommet de la SADC en Afrique du Sud, le Premier ministre Bruno Tshibala vivrait, à en croire la situation au pays, ses dernières heures en tant que Chef du gouvernement de transition. 

Le Rassemblement au pied du mur: la restructuration boudée

Plusieurs voix s’élèvent au sein de cette coalition pour fustiger la restructuration proposée par une aille proche de Moïse Katumbi.

Ne Muanda Nsemi: le libérateur que personne n’aime

Il veut libérer le Congo du règne du président Joseph Kabila, mais personne ne veut de lui. Du côté du pouvoir tout comme de celui de l’opposition et même au sein de l’opinion publique, le député Zacharie Badiengila, alias Ne Muanda Nsemi, reste un trouble-fête. 

L’UDPS va enterrer, de force, Tshisekedi à Limete: “les travaux commencent la semaine prochaine”

En réaction au refus du gouvernement d’autoriser l’inhumation d’Étienne Tshisekedi dans une “zone urbaine habitée”, son parti annonce qu’il va passer outre cette mesure et enterrer son leader dans la commune de Limete.