A ce jour, une grande partie de la production de bois du pays est exportée sous forme de grumes.  En 2012, d’après les statistiques publiées par la Coalition nationale contre l’exploitation illégale du bois en RDC (CNCIB), le secteur informel/illégal, vient en premier.  « Il a accaparé une production atteignant plus de 80.000.000 de mètres cubes » en bois d’énergie, alors que le bois d’œuvre exporté illégalement ou de manière artisanale atteint près de 4.000.000 de mètres cubes. En troisième position arrive la production du bois d’œuvre, par le secteur industriel, avec ses 57 concessions forestières. La quantité produite a été de l’ordre d’environ 300.000 mètres cubes par an.  Enfin, le secteur artisanal, formel, avec 45 artisans déclarés, avait produit officiellement 40.000 mètres cubes.

La Banque mondiale – et d’autres partenaires tels que l’Union européenne, la France, les États-Unis et la Belgique – soutient que la stabilité de la RDC dépend fortement d’une meilleure gestion de ses ressources naturelles exceptionnelles. La relance de l’économie formelle par la mise en valeur de ces ressources constituerait la base de la reconstruction du pays. C’est ainsi que les acteurs internationaux ont été très actifs dans l’élaboration et la promulgation du Code forestier de 2002, qui constituerait un cadre institutionnel capable de relancer durablement une gestion forestière.

Cependant, de l’avis des experts et des Organisations non gouvernementales (ONG) de la filière, il existe un circuit parallèle d’exploitation et d’exportation du bois congolais.  Ils font observer que « d’importants volumes de ce bois (issu d’exploitation illégale) sont exportés de l’Est de la RDC vers les pays voisins, mais qu’ils n’étaient pas enregistrés dans les statistiques officielles. »

Un énorme manque à gagner 

Ailleurs, le secteur forestier est considéré comme un des leviers du développement économique d’un pays.  Cette affirmation a plusieurs fois été réitérée par les dirigeants congolais. Malheureusement, l’exploitation du bois est à forte dominance informelle et/ou illégale, parfois désignée secteur artisanal.  Elle ne cesse de s’amplifier et de saper les efforts conjugués par le gouvernement et ses partenaires. Ce type d’exploitation, estime le CNCIB, menace les forêts congolaises et va à l’encontre des lois et règlements en vigueur y compris les dispositions des conventions internationales ratifiées par la RDC pour la gestion durable des ressources forestières.

Analysant les maux qui rongent ce secteur, ce groupe multi-acteurs, a identifié une litanie de problèmes qui empêchent à la RDC de rendre bénéfique l’exploitation de sa forêt.  Parmi les maux épinglés, sont fustigés, notamment, l’octroi aux exploitants artisanaux des permis illicites par des autorités centrales et décentralisées ; l’opacité dans la gestion de contentieux ; les contradictions entre certains textes réglementaires ; les conflits de compétences entre l’administration centrale et décentralisée ; l’implication de divers services (Police nationale, Direction générale des migrations, Armée, etc.); l’implication des étrangers et personnes morales dans l’exploitation artisanale en violation de la loi ; l’opportunité donnée à tous, dans le secteur artisanal,  d’exploiter et d’exporter le bois sans orientations d’aménagement durable ni d’investissement social et/ou économique, ainsi que l’inefficacité des services de contrôle. Tous ces maux, pensent ces activistes de défense de l’environnement, « concourent à l’exploitation et à la commercialisation illégale du bois congolais », par un secteur se cachant dans l’exploitation artisanale.

Cette situation pénalise l’économie nationale et diminue le capital naturel de la RDC.  Les conséquences sont énormes en termes de « pertes de recettes fiscales, accélération de la déforestation et dégradation des forêts », explique le CNCIB.

Cette incidence est perceptible même dans la contribution du secteur forestier au budget de l’État.  En janvier 2014, par exemple, le ministre délégué aux Finances, Patrick Kitebi, avait indiqué, au cours d’une intervention publique que ce secteur avait contribué pour quelques « petits millions de dollars » des recettes enregistrées durant les six premiers mois de l’année.

En 2007, la participation du secteur forestier, avec seulement une dizaine d’entreprises certes, au Produit intérieur brut (PIB) tournait autour de 1 %, d’après les chiffres de la Direction générale des recettes administratives domaniales et de participation(DGRAD).  La RDC a ainsi le plus faible taux de participation du secteur forestier au budget national comparativement aux pays du bassin du Congo, comme le Cameroun (6%), le Gabon(6%) et la République du Congo(11%).

Pillages et bradages du bois 

AFP PHOTO / XAVIER LEOTY / AFP PHOTO / XAVIER LEOTY

La forêt congolaise souffre aussi du pillage et du bradage de ses essences. Plusieurs ONG ont, à maintes reprises, dénoncé l’exploitation illégale qui l’entoure.  « Coupes illégales, grumes maquillées, permis artisanaux détournés » sont là les combines courantes par lesquelles passent certains individus et certaines sociétés multinationales pour échapper au processus légal de l’exploitation de la forêt en RDC.

Des opérations de saisie des grumes sont pourtant légion. Elles sont souvent rendues possibles grâce aux alertes des ONG,  à l’instar de Greenpeace ou du Fonds mondial pour la nature(WWF).  Mais souvent « les sanctions ne suivent pas », déplorent les défenseurs de l’environnement.

Pourtant ce ne sont pas les infractions qui manquent.  Les services du ministère de l’Environnement et de la Conservation de la nature mettent régulièrement la main sur des grumes de bois en provenance des provinces de l’Equateur et Orientale. Ces services reprochent souvent à certaines entreprises le non-respect de leurs engagements vis-à-vis de la population locale. Selon eux, certaines sociétés n’ont jamais respecté les clauses sociales en termes de création d’emplois, de construction d’écoles et d’autres infrastructures hospitalières et routières.

Une pression internationale suffocante

Loin de l’exploitation industrielle, c’est beaucoup plus une exploitation artisanale et incontrôlée qui fait des dégâts tant sur le plan économique que sur le plan environnemental. En effet, là où les sociétés industrielles doivent se conformer à la loi, notamment à travers des plans d’aménagement et clauses sociales, ces exploitants artisanaux opèrent dans l’absence totale de régulation.

Pour autant, les industriels, à l’image du pays, n’échappent pas à la crise politico-financière qui sévit en RDC. En 1986, le nombre d’entreprises forestières industrielles était d’environ 150. En 2004, le Ministère de l’Environnement compte moins de 30 entreprises industrielles en fonction. A ce jour, le nombre d’entreprises légales industrielles est inferieur à 10. Entretemps, celles-ci maintiennent des milliers d’emplois, payent d’innombrables taxes, mais aussi opérent dans certains coins du pays où il n’existe point d’infrastructures et d’autres activités économiques.

A ceci, il faut noter que l’industrie doit faire face aux nombreuses critiques de plus en plus acides, notamment sur la garantie que les sociétés offrent en termes d’une exploitation forestière durable et de respect des clauses sociales liées au cahier des charges en faveur des communautés riveraines de concessions forestières.

Dans le pays, beaucoup, y compris du côté des ONG de la société civile s’inquiètent de cette pression exercée notamment par des organismes internationaux. Dans un message envoyé exclusivement à POLITICO.CD, une source la Société civile congolaise fait savoir qu’à ce jour où les parties prenantes sont, plus que jamais, engagées dans la gestion durable des ressources forestières, « il est inadmissible que des voix, sans fondement aucun, s’élèvent pour discréditer les efforts consentis, empêchant l’Etat de valoriser ces ressources au bénéfice de la population toute entière et surtout, des populations rurales qui en dépendent étroitement. »

Des avancées

« Par ailleurs, les auteurs de ces critiques n’apportent aucune alternative valable pour suppléer aux efforts menés en vue de réduire la pauvreté en zones rurales généralement enclavées, où les entreprises forestières comptent parmi les seuls opérateurs encore en mesure d’en assurer le développement », note notre source qui a requis l’anonymat.

Sur place, le secteur forestier industriel de la RDC opère des avancées. C’est une réalité vécue à l’issue d’une visite aux installations du groupe SODEFOR (Société de Développement Forestier), l’une des principales compagnies forestières qui opèrent officiellement en RDC, à Kinshasa. Elle dispose de 15 concessions forestières, réparties dans « deux provinces forestières » de la RDC, le Mai Ndombe et la Tshopo. Avec ses deux sites de transformation, respectivement à Kinshasa et à Nioki (dans l’Ex-Bandundu), SODEFOR emploie plus de 1.500 personnes faisant vivre directement environ 15.000 personnes et indirectement plus de 150.000. Et dans un pays à reconstruire, où l’Etat est souvent absent, cette société s’illustre depuis 1997 dans la construction d’infrastructures, notamment de routes et d’écoles, mais aussi de systèmes santé tant pour ses propres employés que pour les communautés locales.

Dans le cadre des clauses sociales signées avec le gouvernement, SODEFOR a construit plus de 80 écoles de 6 classes, et pas moins de 60 centre de santé. On dénombre également plus de 700 Km de route d’intérêt général, y compris 150 ponts.  La société détient également l’hôpital Général de Référence de Nioki, qui accueille plus de 20.000 malades par an. « Cet hôpital permet l’accès aux soins à l’ensemble de la population, avec un tarif probablement le plus bas parmi les hôpitaux et zones de santé de tout le pays », renseigne-t-on à POLITICO.CD.

Pour autant, cette société subit de plein fouet la situation économique fragile du pays, mais également les méfaits de l’exploitation artisanale et la pression internationale qui sévit dans ce secteur. Par deux fois, SODEFOR a failli fermer. « Nous avons passé des moments difficiles, parfois nous n’étions même pas capables de payer des salaires. Beaucoup d’autres ont préféré fermer, ce qui a détruit énormément d’emplois. Mais nous avons préféré tenir et persévérer, il reste beaucoup de choses à faire », explique une source proche de la société.

Il y a également la Compagnie de transport et d’exploitation forestière (COTREFOR), qui exporte et transforme légalement du bois en RDC. La société dispose de sa propre flotte fluviale et terrestre, et se charge spécifiquement toute la logistique de transport de bois. « Nos installations industrielles permettent de réaliser toutes les étapes de transformation jusqu’aux produits finis. Notre entreprise a su évoluer et se renouveler afin de s’adapter aux exigences croissantes visant à garantir la durabilité de l’exploitation forestière, d’augmenter sans cesse la qualité de nos produits et de garantir notre compétitivité sur le marché », explique un responsable à POLITICO.CD.

Avec plus de 500.000 hectares de forêts, 142 camions et 15 bateaux, COTREFOR reste un des acteurs majeurs du secteur, qui tient encore débout, alors que bien souvent, sous la pression internationale, le gouvernement n’hésite pas à sacrifier d’autres.

En effet, l’année dernière, les société Les bâtisseurs du Congo, Action pour le Congo, Ilosado, et Ondika ont vu leurs contrats de concession forestière annulés. Le ministre de l’Environnement et du développement durable a affirmé que ces contrats ont été conclus avec son prédécesseur en violation des dispositions légales.

La RDC, poumon écologique du monde, a encore beaucoup à faire pour son secteur forestier, partagé entre illégalité et défis majeurs. L’Etat, fortement en crise, est appelé à revoir sa politique. Il faudra cependant aussi regarder du côté de la communauté internationale et les ONG de protection de l’environnement pour concerter les efforts. Au pays, on annonce la révision du code forestier de 2002, des tensions et combats à venir.