La justice constitue l’un des piliers du pacte citoyen et républicain d’une nation, de notre Nation, la République démocratique du Congo. Son impartialité, sa capacité à assurer un équilibre entre prévention, sanction, réparation et protection des libertés individuelles sont au cœur du bon fonctionnement de la société. Elle est un rempart qui protège les personnes, garantit les règles du vivre ensemble, les droits et donc les devoirs de chacun, les conditions d’une société apaisée et est une réponse à la légitime demande de sécurité des Congolais.

Ainsi, l’attachement à une justice indépendante, impartiale, efficace et proche des Congolais devrait être d’une importance capitale pour notre nation. Toutefois, dans ce pays en crise, le lien nécessaire entre l’institution judiciaire, les citoyens et leurs représentants s’est détérioré. D’un côté, les professionnels qui la font vivre ont tour à tour été méprisés, attaqués, déstabilisés. De l’autre, des valeurs fondamentales de la République, de notre Constitution et les principes sur lesquels est fondé notre système judiciaire ont été mis à mal tant dans la pratique qu’à travers de nombreuses lois votées durant les deux dernières législations en RDC.

Pour autant, après avoir combattu le Mobutisme, ennemi juré des libertés individuelles, après avoir fait face à des multiples agressions menaçant tant l’existence de notre pays, que celle de son système judiciaire moribond ; nous avons cru voir le bout du tunnel lors qu’en juillet 2014, le président Joseph Kabila Kabange a nommé les 9 juges de la nouvelle Cour Constitutionnelle, symbole du renouveau judiciaire dans ce pays.

Loin de cette laborieuse et louable réalisation, le même président Kabila, à qui je témoigne publiquement, de manière personnelle, un attachement et une reconnaissance certains vis-à-vis de son combat Républicain, est peut-être en train de tuer l’âme même de notre nation.

Ainsi donc, si la mort, en avril dernier, du juge Kalonda était un fait naturel, les démissions obtenues des juges Essambo et Banyaku ne vont pas dans le sens de la démocratie, ni de l’esprit Républicain qui ont toujours été au cœur des aspirations de notre nation. Aujourd’hui, le député François Bokona vient d’être désigné par le Parlement pour remplacer le juge Kalonga, alors que, sans avoir à céder face à la rumeur, les brillants avocats Norbert Nkulu et Evariste Boshab devraient rejoindre cette Cour.

Néanmoins, sans remettre en cause les qualités prouvées de ces derniers, il est clair que leur appartenance au camp présidentiel, leur fidélité vouée au Président Joseph Kabila, sont un danger pour l’exercice démocratique dans notre pays. Outre leurs personnes, c’est l’idée même d’opérer des choix préférentiels à la plus haute institution judiciaire du pays, d’une manière aussi cavalière que politicienne, en violation de toutes les règles constitutionnelles, qui met ici la nation en péril.

Certes, le pays est en crise. Certes le président Joseph Kabila est libre d’utiliser les moyens politiques à sa guise, et au bénéfice de sa famille politique. La conquête du pouvoir, la conservation de celui-ci étant une des idées motrices de la démocratie. Elle ne doit cependant pas se faire au détriment de ce que nous avons déjà construit, au prix d’innombrables sacrifices.

Parce que nous sommes attachés au respect du droit, parce que nous sommes convaincus de la place primordiale du droit dans la vie de la société, parce que nous soutenons l’engagement de grandes réformes symboliques et indispensables au retour d’un état de droit et à une refonte de la procédure conforme aux exigences de nos principes fondamentaux et à ceux de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, nous déclarons ici, notre opposition à ces changements initiés au cœur même de la plus haute institution judiciaire dans notre pays.

Litsani Choukran,
Fondateur de POLITICO.CD.

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