Jean-Pierre Kambila: “pourquoi ont-ils peur de leur propre peuple ?”

Au lendemain de la troisième marche des Catholiques en République démocratique du Congo, la situation reste tendue. Les opposants qui soutiennent ces initiatives du Comité Laïc de Coordination, y compris l’Église catholique, durcissent de plus en plus le ton.

Du côté du pouvoir congolais, on dénonce l’instrumentalisation de l’Eglise. Jean-Pierre Kambila Kankwende wa Mpunga, Directeur de cabinet adjoint du président Joseph Kabila, a accordé une interview à POLITICO.CD pour expliquer la position des autorités congolaise.

Quel est votre constat de la situation politique au lendemain de la troisième marche des Catholiques à travers le pays ?

Ce que je constate, c’est qu’un groupe des catholiques qui veut absolument quitter l’évangile pour la politique, continue de vouloir manipuler une partie des croyants pour les mettre au service d’un parti politique, l’UDPS/Limete. La dernière manifestation a causé un mort à Kinshasa. Le Président de la République avait scrupuleusement instruit au ministre de l’Intérieur et aux forces de l’odore pour qu’il n’y ait aucun mort, si possible, aucun blessé. Et si malgré toutes ses dispositions, il y a eu un accident, c’est un accident qu’il faut regretté, et non pas instrumentaliser et en faire un quelconque emblème politique.

Où allons-nous finalement avec cette série des marches ? N’y-a-t-il pas moyen de répondre favorablement aux revendications de l’Eglise ?  

Il faut premièrement noter de manière la plus claire, que le gouvernement congolais n’a rien, absolument rien contre l’Eglise catholique. Le gouvernement congolais défend la souveraineté de la République démocratique du Congo, parce qu’il apparait de plus en plus évident qu’une partie de l’Eglise catholique se laisse manipuler par des gens qui veulent atteindre des objectifs politiques dans notre pays, des étrangers si je peux le dire. Et ceci est inadmissible. Ainsi, l’Eglise catholique, qui est une église nationale, dirigée par les enfants de ce pays, doit comprendre ce fait-là.

Aujourd’hui, la revendication légitime de l’opposition, qui est celle des élections, a trouvé réponse. Tout Congolais sait que la CENI a publié un calendrier fixant les élections au 23 décembre, et donc nous sommes d’accord sur ce point-là. Sur le plan de la libération des prisonniers politiques, vous savez que ce processus est en cours. Et que toutes les semaines qui passent ici, il y a des prisonniers qui sortent. Maintenant, lier le sort du Peuple congolais tout entier à une ou deux personnes dont la condamnation n’a rien de politique mais strictement de pénal, c’est tout simplement inadmissible. Et s’il faut conduire des manifestations où il y a des Kuluna qui provoquent la Police, qui mettent la paix sociale en danger pour provoquer des morts et en espérant qu’une fameuse Communauté internationale pourrait venir faire la loi au Congo, une fois de plus ceci est inadmissible. Aucun Congolais digne de ce nom, qui tient à la souveraineté de ce pays, pourrait l’accepter.

Il y a eu l’accord de la Saint-sylvestre qui a mis tout le monde d’accord. Nous sommes dans la mise en application de cet accord. Cet accord a beaucoup de choses importantes mais deux sont essentielles. La première c’est d’abord le calendrier électoral. Il a été publié. Le gouvernement [issu de l’accord] est en place, avec un Premier ministre de l’opposition, le CNSA a été mis en place, plusieurs prisonniers politiques sont déjà dehors, d’autres le seront. Mais ce que je reproche à nos amis, c’est que s’accrocher à des revendissions qui ne sont pas conformes à cet accord, c’est ne pas honnête.

Les conditions sont-elles actuellement réunies pour des élections crédibles et transparentes ?

Nous pouvons aller aux élections crédibles si tout le monde fait preuve de volonté d’aller aux élections. Parce que l’impression que nous nous avons, c’est que certains politiciens, liés aux multinationales occidentales, manipulent une partie de l’Eglise pour qu’il n’y ait pas des élections ; parce qu’ils ont peur des élections. Parce qu’ils n’ont pas suffisamment travailler pour gagner ces élections. Voilà le nœud du problème, il faut qu’on soit clair là-dessus. Chercher à imposer une transition sans Kabila, cette transition, elle va se référer à quel document ? A quelle Constitution ? A quel accord ? Vouloir imposer un régime politique par la rue c’est un coup d’Etat.

Que faut-il faire à présent ?

Nous devons prendre nos responsabilités. Il faut trouver les moyens pacifiques de sortir de tout ça. Il y a eu assez de dégâts. Bien évidemment les morts c’est le plus déplorable, mais il y a d’autres conséquences derrière : quelle est l’image du pays, qu’elle est la situation économique pendant que nous sommes en train de passer tout ce temps-là ? La situation est suffisamment grave pour que, si ces gens ont un peu de responsabilité supérieure à leurs visées politiques, à leur envie de prendre le pouvoir par la force, il est temps qu’ils disent : « préparons-nous pour les élections ». Pourquoi ont-ils peur de leur propre peuple ?  Pourquoi ils ont peur que l’on interroge leur propre peuple ?  S’ils veulent s’accrocher à la question de la Machine à voter, qu’ils viennent discuter. Pourquoi s’accrocher à manifester dans la rue alors que le processus électoral est irréversible ?

Propos recueillis par Litsani Choukran.

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