L’année de Katumbi : loin des yeux, près du Combat

Le 31 décembre 2016, alors que le Congo et la Communauté internationale célèbrent l’accord obtenu au bout de la nuit de la Saint-Sylvestre entre l’opposition et la majorité au pouvoir, un homme passe pour l’agneau du sacrifice. Il s’agit de Moïse Katumbi Chapwe.

Katumbi, l’agneau du sacrifice de l’accord 

L’homme d’affaires congolais, candidat à la présidence, venait alors de libérer les discussions qui bloquaient autour de son retour au pays. En exil depuis début 2016, le leader du G7 a vu les opposants faire de son retour au pays une condition Sine qua non à la signature de cet accord tant attendu.  Cependant, l’on découvre alors à quel point le pouvoir de Kinshasa, notamment le président Joseph Kabila, tient personnellement à éloigner l’homme de Kinshasa.

La Majorité Présidentielle refuse unilatéralement de signer l’accord si “le cas Katumbi” n’est pas écarté. Et alors que tous s’enfonçaient vers un mur, c’est de Bruxelles que la bonne nouvelle est venue: Katumbi ne veut pas faire de son cas un blocage. Il sera finalement reversé dans les fameux “7 cas emblématiques”, auxquels l’Eglise catholique, facilitatrice des discussions, devrait traiter plus tard avec la justice congolaise.

Moïse, libérateur pour ses partisans, doit à présent oublier son rêve d’un retour triomphal à Kinshasa. Même si, pendant ce temps, l’opposant congolais promet, à la mort du leader historique de l’opposition Etienne Tshisekedi, de revenir au pays “avec la dépouille”. Il n’en sera pas question.

Retour interdit au pays

DR. Moïse Katumbi et son avocat.

En réalité, Moïse Katumbi est la cible numéro un à Kinshasa. Le garder au frais et loin est sans doute la meilleure option tant pour Kinshasa que pour ses propres proches. “Il est hors de question de rentrer au pays pour enrichir les prisons de Kabila”, disait un de ses proches à POLITICO.CD en mars dernier.

Enrichir les prisons, la thèse devient tout à coup plausible quand le ministre de la Justice, Alexis Thambwe, change tout à coup de discours à l’endroit de l’opposant congolais. Pour la première fois, les nuances semblent lui laisser enfin la possibilité de regagner le pays.

Dans sa sortie du 19 juin, Alexis Thambwe Mwamba admet d’abord la réception par le gouvernement congolais d’une note du Comité des Droits de l’homme de l’ONU, demandant la mise en place de mesures “provisoires” de liberté pour Moïse Katumbi, en attardant le verdict sur sa plainte déposée le 15 juin dernier.

“Nous avons reçu une note sur son cas du Comité des droits de l’homme de l’ONU, avec des mesures provisoires. Monsieur Katumbi n’a pas un problème avec le Président, ni avec le gouvernement. Il peut rentrer au Congo quand il veut”, a dit Alexis Thambwe.

Le gouvernement, qui promettait une “d’arrestation” de Katumbi dès son retour à Kinshasa, n’en fait plus mention. Il s’agit désormais d’une “poursuite du procès à l’état où il a été laissé.” M. Thambwe rappelle par ailleurs que Moïse Katumbi a fait appel à sa condamnation l’année dernière de trois ans de prison fermes. A ce titre, explique le ministre de la justice, il est libre de retourner au pays.  “Quand il rentre au Congo, il va se retrouver devant la justice”, a-t-il ajouté.

Le passeport italien et le piège de la nationalité

Néanmoins, si Moïse Katumbi peut rentrer au pays, un autre danger le hante désormais : l’invalidation de sa candidature à la Présidentielle prochaine. Et c’est à ce sujet que la nouveauté de la stratégie du Pouvoir débarque.

En effet, dans sa longue sortie, le ministre Thambwe a tout aussi démenti la volonté du pouvoir de chercher à empêcher Moïse Katumbi de se présenter à la présidentielle. “Il n’a jamais été question d’empêcher Monsieur Katumbi de se présenter à la présidentielle. C’est ne pas des poursuites en justice qui l’empêcherait de se présenter”, explique-t-il.

Néanmoins, M. Thambwe fait une remarque qui laisse entendre une situation bien plus compliquée contre l’opposant congolais. “C’est la constitution (…) qui interdit la double nationalité, et qui empêche Monsieur Katumbi de se présenter”, ajoute-t-il.

Alexis Thambwe fait allusion à l’article 72 de la Constitution, qui affirme que “nul ne peut être candidat à l’élection du Président de la République s’il ne remplit les conditions ci-après : 1. posséder la nationalité congolaise d’origine ; 2. être âgé de 30 ans au moins ; 3. jouir de la plénitude de ses droits civils et politiques ; 4. ne pas se trouver dans un des cas d’exclusion prévus par la loi électorale.”

Thambwe affirme alors que Katumbi aurait un passeport… italien. “Je vous assure qu’aujourd’hui il y a une documentation assez importante sur tous ceux qui ont pris une autre nationalité et qui l’ont camouflé à un certain moment. Il appartient à M. Katumbi, s’il sait qu’il est dans cette situation, d’enclencher la procédure prévue par la loi pour recouvrer la nationalité congolaise.”

A Jeune Afrique d’affirmer que “dans l’entourage du ministre, l’on parle d’un passeport italien que détiendrait l’ex-gouverneur”.

Moïse Katumbi est né en 1964 de l’union entre son père,  Nissim Soriano, un juif originaire de l’île grecque de Rhodes, avec une princesse de l’ethnie bemba, arrière-petite-fille du roi Msiri. Néanmoins, l’homme a toujours visiblement détenu la nationalité congolaise, où il a été pendant longtemps gouverneur de l’ex-Katanga, une fonction qui interdit la double nationalité.

La bataille du Lobbying

La seconde moitié de l’année de Katumbi est donc logiquement consacrée en une bataille autour de l’opinion publique occidentale. Depuis Londres ou Bruxelles, l’homme sillonne le monde entier pour prêcher la nécessité d’une alternance démocratique au Congo. Il est marqué de près par le duo She Okitundu — Kikaya. A coup de billets vers, les Kabilistes vont embaucher des lobbyistes américains pour faire pencher la balance en faveur du président congolais.

Cependant, les billets verts, Katumbi en a aussi. Et sa cause semble moins compliquée à défendre pour les lobbyistes américains. Influencer Washington devient tout à coup difficile pour Kinshasa. A l’image de ce camouflet rapporté par des médias américains, où le président du Comité des affaires étrangères de la Chambre des Représentants des Etats-Unis, Ed Royce, a refusé de rencontrer la délégation congolaise en campagne aux Etats-Unis.

“Kabila continue de faire excuse après l’excuse”, a fait savoir M. Royce dans une déclaration par courrier électronique envoyé au journal américain The Hill. “Les principes démocratiques doivent être respectés, Kabila doit se retirer et des élections crédibles doivent se produire à temps”, va-t-il ajouté.

Entre-temps, Katumbi enchaîne des rencontres et des conférences. En septembre, il est rejoint par une coalition des démocrates américains, conduite par le puissant Sénateur Corry Booker et soutenu par un certain…Ed Royce, qui réclament de plus en plus de sanctions contre Kabila et son entourage.

A Kinshasa, Katumbi reste néanmoins loin des yeux et voulu. On ne tarde pas à tourner ses promesses de retour en dérision. Lorsqu’en septembre, son porte-parole Olivier Kamitatu promet un retour “avant le 31 décembre”, plus personne ne croit vraiment.

Entre slogan et réalité, Katumbi devrait patienter. La tension qui monte contre Kabila veut qu’il y ait finalement application des fameuses mesures de décrispation pour aller finalement à ces élections fixées au 23 décembre 2018. Un retour précipité, dans un climat où des opposants font la navette entre prisons, il ne serait pas idéal de voir l’opposant congolais s’offrir une fois de plus en sacrifice. D’autant plus qu’après avoir analysé le cas de l’opposant congolais dans une commission Ad Hoc, les prêtres catholiques ont dit à Kabila, en face, qu’il s’agissait d’un “montage grossier”.

Par ailleurs, la Présidentielle qui arrive reste le seul vrai objectif de Moïse Katumbi qui est à présent appelé à faire une croix sur des positions comme une “transition sans Kabila”, ou un soulèvement populaire qui ne viendra finalement pas.

Dans les urnes, cet homme dont la popularité reste intacte malgré son absence prolongée du pays, a plus de chance d’être le futur dirigeant du Congo, comme il en rêve. Loin des yeux, près de la lutte, l’année 2018 devrait peut-être voir le président du TP Mazembe retourner triomphalement au pays, sachant qu’il sera très difficile, voire impossible, de l’écarter de la course présidentielle prochaine.

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