Un des leaders africains invités au forum sur l’Afrique organisé par le Financial Times ce lundi à Londres,  Moïse Katumbi, candidat déclaré  à la Présidentielle en République démocratique du Congo en a profité pour se faire remarquer dans une déclaration aussi polémique qu’étrange.

Le seul homme qui fasse peur à Kabila au pays, c’est moi“, a-t-il lancé. Evidemment, la déclaration déclenche un tollé, unissant ses supporters et ses détracteurs. Même si, dans la majorité de cas, cette sortie passe mal, elle met en lumière des difficultés grandissantes de l’opposant congolais à choisir les bons mots lors de ses multiples interventions.

Kabila a été un bon président jusqu’au 19 décembre“, a-t-il lancé en juillet dernier dans une longue interview accordée au Financial Times (FT), un quotidien économique et financier britannique. Au sujet de Mobutu, Moïse Katumbi affirme étonnamment que la réputation de l’ancien dictateur, connu pour ses 32 ans de pouvoir destructeur sur le pays, est exagérée. “Mobutu n’était pas un méchant. Il avait un mauvais entourage“, dit-il. ” Voyez comment il a construit tous les grands bâtiments de Kinshasa. Tout ça c’est Mobutu. Les gens l’oublient“, ajoute-t-il.

Cependant, la dernière sortie de Katumbi n’est pas à mettre entièrement dans cette lignée de maladresses. En effet, l’opposant qui vit en exil depuis plus d’un an semble être spécifiquement sur la ligne de mire du pouvoir de Kinshasa. Alors que la crise politique en République démocratique du Congo bat son plein, l’opposition politique congolaise, y compris ses grandes figures semblent de plus en plus mises en mal face au pouvoir de Joseph Kabila.

Moïse Katumbi fait peur certes peur à Kabila. Avec son activité intense, dont parfois l’emploie de lobbyistes à Washington, Moïse Katumbi s’est, depuis plusieurs mois, positionné comme principal challenger qui sache répondre aux attaques et moyens illimités de pouvoir de Kinshasa. Et les attaques, notamment plusieurs procès au pays contre sa personne semblent concrétiser cette  tendance.

Toutefois, la sortie de Katumbi fait tout autant peur aux opposants, mettant en lumière une situation précaire pour l’opposition congolaise. Car si Moïse Katumbi, coincé en exil et qui ne peut même pas revenir au pays librement, est le seul homme qui fasse vraiment peur au pouvoir de Kabila, le reste de l’opposition congolaise devra alors se poser des questions sur son efficacité dans cette lutte.

Au sein de l’opposition, même au sein du Rassemblement, ses multiples allusions à vouloir se positionner comme le leader de la lutte anti-Kabila ont aussi du mal à passer. A la base de la crise qui a occasionné la scission de la coalition de l’opposition, sans en être la principale raison, Moïse Katumbi pourrait froisser de plus en plus ses contemporains, à l’heure où les unions sont difficilement réalisables. Sans oublier un pouvoir très corrupteur qui lorgne.

Entre sincérité, maladresse ou vérité, la sortie de Moïse Katumbi révèle malgré elle une réalité criante, relance le débat sur l’efficacité de l’opposition congolaise qui doit à présent se remettre en cause. De plus, à l’approche du 31 décembre, date butoir annoncée pour son retour au pays, l’ancien gouverneur du Katanga s’est mis dans une position où il doit à présent mettre cette qualité qu’il affirme s’en prévaloir en action.

Engbaka Gaston.