“Pression Stratégique”, c’est l’intitulé du rapport publié fin septembre par Enough Project qui propose en autres le départ du président Joseph Kabila avant la mise en place d’une “transition démocratique”, qui amènera la RDC vers les élections libres et transparentes.

Sasha Lezhnev, directeur associé au sein de ce groupe de recherche sur les zones conflictuelles en Afrique Centrale, a accordé une interview exclusive ce mercredi à POLITICO.CD, où il revient amplement sur ce rapport et ses enjeux.

POLITICO.CD: Parmi vos propositions, figure le départ du président Kabila «avant les élections». Pensez-vous que cela soit possible?

Sasha Lezhnev: Pour que la RDC aille de l’avant, il est crucial qu’une transition démocratique crédible soit mise en place dès que possible. Les Congolais méritent cela et l’exigent, et plus le temps passe sans une telle transition, plus le pays court le risque d’une grande crise humanitaire et sécuritaire sans précédent. La transition devrait inclure des élections transparentes dans lesquelles le président Kabila ne se présentera pas et ces élections devraient avoir lieu d’ici  fin 2017 ou au début de 2018.

Et qu’en est-il de la Majorité Présidentielle?

La Majorité présidentielle a signé l’accord du 31 décembre dans lequel il a accepté ces termes. Mais le gouvernement de Kabila ne met pas l’accord en pratique, et les États-Unis et l’Union européenne devraient accentuer les pressions financières sur le régime, ses associés et ses activités économiques pour mettre pleinement en œuvre une transition démocratique.

Avez-vous recueilli un soutien pour votre proposition en RDC ou dans le monde?

Pour notre rapport, nous avons parlé aux dirigeants congolais de la société civile, aux fonctionnaires, aux politiciens, aux entreprises, ainsi qu’aux officiels américains, européens et ceux de s Nations Unies.

Vous êtes notamment basés aux États-Unis, qu’est-ce que les autorités américaines pensent à propos de la situation en RDC?

Le gouvernement des États-Unis accorde de plus en plus d’attention à la RDC. Récemment, des sénateurs et des membres du Congrès ont rédigé deux lettres à ce sujet. L’Administration Trump a décidé d’envoyer l’Ambassadrice [des Etats-Unis à l’ONU] Nikki Haley en RDC ce mois-ci. De plus, l’ambassadrice Haley a déclaré: “Nous nous attendons à ce que la République démocratique du Congo (RDC) annonce un calendrier pour les élections qui ont été reportées. Les États-Unis (…) prendront de sanctions supplémentaires au Conseil de sécurité si des progrès ne sont pas réalisés dans l’établissement de la paix et de la stabilité pour les congolais“.

Après des sanctions prises notamment par les autorités américaines et européennes  contre des proches du président Joseph Kabila, la situation ne semble pas s’améliorer. Que peut ou que devrait encore faire la communauté internationale pour pousser à l’évolution de la situation en RDC?

Les États-Unis devraient mettre en place une stratégie plus agressive de sanctions en matière de réseau et de mesures de lutte contre le blanchiment de capitaux pour que Kabila change de cap et réussisse une transition démocratique aboutie, qui répondrait à la volonté des Congolais.

En outre, l’UE devrait invoquer des consultations avec le gouvernement de la RDC au titre de l’article 96 et / ou de l’article 97 de l’Accord de partenariat de Cotonou pour traiter les violations des éléments essentiels de l’accord (droits de l’homme, principes démocratiques, règle de droit) et / ou l’élément fondamental la corruption); et suspendre le soutien financier au gouvernement si la performance est jugée insatisfaisante.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Litsani Choukran.