En RDC, l’insurrection viendrait-elle des universités?

La colère monte au sein du milieu universitaire en République démocratique du Congo où étudiants et professeurs s’attaquent ouvertement aux autorités. 
Université de Kinshasa. Photo Politico.cd, 19 septembre 2016.

Coups de feu à l’Université pédagogique de Kinshasa (UPN), un des principaux établissements universitaires publics dans la capitale congolaise. Nous sommes le lundi 25 septembre. Tôt dans la matinée, des étudiants de cette université située dans le quartier résidentiel de Binza-Pigeon, font  monter leur colère face à la situation de grève que connaît leur établissement.

Devant et à l’intérieur de la résidence universitaire, ils posent des barricades. Une situation amplement suffisante pour attiser la réaction armée des forces de l’ordre de Kinshasa sur les nerfs. L’assaut sera donné,  faisant plusieurs blessés; alors que le bilan restera inconnu à ce jour.

Deux jours plus tard, le mercredi 27 septembre, c’est au tour des étudiants de l’Institut Supérieur de Techniques Appliquées (ISTA), dont l’établissement est situé à l’opposé de celui de l’UPN, d’apporter la réplique. Il faudra, outre des gaz lacrymogènes, des tirs pour disperser un groupe d’étudiants qui manifestait notamment contre l’arrestation des trois de leurs camarades détenus par la Police.

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Par ailleurs, en juin dernier, les étudiants de l’Université de Kinshasa (UNIKIN) se frottaient, une fois de plus, aux forces de l’ordre, dans des affrontements parfois sanglants et meurtriers. Rien que l’année dernière, il faudra compter une dizaine d’affrontements meurtriers entre les forces de l’ordre et des étudiants, parfois suite à des manifestations politiques.

Les jeunes sont au coeur des manifestations politiques en RDC.

En somme, c’est à la fois un symbole de l’état d’esprit des uns et des dans ce pays en plein crise.  En effet, Kinshasa fait face une recrudescence d’incidents sécuritaires depuis plus d’un an à présent. La situation sociale difficile a laissé place à la colère lorsque le président Joseph Kabila, arrivé en fin mandat depuis décembre dernier, n’a ni quitté le pouvoir, ni organisé les élections pour sa succession démocratique.

Désormais, les forces de sécurité craignent que la colère ne déborde. Des barricades et des « checkpoints » sont parfois installés tard la nuit dans les rues. Il y a toute aussi une surveillance étroite de points chauds, notamment les universités. Ainsi, outre des revendications politiques, ce « marquage à la culotte » de la part des forces de l’ordre accentue un ressentiment l’exacerbation auprès des étudiants plus souvent hostiles aux autorités.

Il y a tout aussi la société économique du corps universitaire en RDC qui touche à la fois les enseignants, mais aussi les étudiants. Des professeurs de l’UPN, de l’UNIKIN ou encore de l’ISTA sont en grève générale depuis plusieurs semaines pour réclamer non seulement des paiements de leurs salaires, mais un réajustement de ceux-ci au « taux du jour », tel que promis par le Premier ministre Bruno Tshibala.

Les étudiants, vecteur de révolutions

Le procès des étudiants en 1971 (PH.DR.)

Pour ne pas arranger la situation, après  avoir attendu cinquante-un jours la matérialisation de la promesse gouvernementale d’indexer leur paie au taux budgétaire de 1450 Fc le dollar, les professeurs de l’Université de Kinshasa, regroupés au sein de l’Association des professeurs de l’Université de Kinshasa (APUKIN), ont décidé mardi 26 septembre de radicaliser leur mouvement de grève.

« Aujourd’hui, plus qu’hier, il est question pour les professeurs d’université d’aller jusqu’au bout dans la décision prise depuis le 7 août 2017 de défendre et d’obtenir leur droit jusqu’à satisfaction de leurs revendications, l’assemblée des professeurs de l’Université de Kinshasa décide de poursuivre la grève et même de la radicaliser »,  a déclaré le professeur Antoine Kitombole, président de l’Apukin

Les manifestations d’étudiants sont craintes par le pouvoir depuis les années Mobutu durant la deuxième République. Les étudiants de l’Université Lovanium (actuelle Université de Kinshasa) suivis par ceux de l’Université Officielle du Congo (actuelle Université de Lubumbashi) furent enrôlés de force dans l’Armée Nationale Congolaise, sur décision du Bureau Politique du MPR, après des manifestations réprimées dans le sang par le régime du Maréchal Mobutu.

Si la situation est loin d’être identique, la tension monte néanmoins dans la capitale, alors que l’opposition appelle désormais ouvertement à la rue pour « chasser » le président Joseph Kabila. Des appels à la « désobéissance civile » ont été émis par le Rassemblement, principale plateforme de l’opposition, dès le mois d’octobre et qui risquent forts de trouver échos au sein de ce milieu universitaire en colère.

Litsani Choukran

1 comments
  1. Tout est possible, oui !!, peut-être que la grande révolution qui va forcement passer par l’insurection en RD Congo viendra des universités. Le pouvoir Congolais est en train de pousser allègrement le peuple Congolais vers un ras-le-bol et une révolte du désespoir, en fait ça serait plutôt une révolte pour la dignité. Cependant , actuellement force est de constater qu’un calme olympien règne au Congo tandis que les conditions de vie, les atrocités de la dictature Kabiliste et les conditions de vie sont minables et exécrables , mais curieusement pendant ce temps, les Congolais sont dociles comme des agneaux. Qu’est-ce qui peut donc expliquer cette atonie des ?Je me dis alors ; est ce parce que la pauvreté est devenue si profonde au Congo , et qu’elle entrave toute mobilisation populaire?? Je pousse mon raisonnablement un peu plus loin ( comme on dit chez nous KULEFUSHA HAKIRI) ; Si ventre affamé n’a point d’oreilles et point peur des armes, il va sans dire que le même ventre affamé peut aussi ne pas avoir d’oreilles pour entendre les voix de la révolution populaire, de l’insurrection?? Néanmoins, j’ai une grande confiance en le peuple Congolais, tôt ou tard eux seuls décideront du moment de l’insurrection, quand ils jugeront que c’est l’heure H.

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