Jacques Djoli : «le peuple congolais veut choisir ses dirigeants, c’est un impératif»
Jacques Djoli. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

Il estime que tout est question d’un minimum de volonté politique“, dit-il. L’ex premier vice-président de la commission électorale a accordé une interview à Politico.cd.

Après la tripartite de Kananga, la CENI annonce la publication d’un calendrier électoral réaliste. Qu’en dites-vous ?

Nous attendons toujours ce fameux calendrier. On nous l’a promis à la fin du mois d’août, maintenant, on nous le promet incessamment. J’espère que ce calendrier finira par venir, parce qu’en lisant le document publié dans la presse, on se rend bien compte qu’il y a, à notre humble avis, aucune indication claire sur la date des élections. Et que les éléments présentés par la CENI démontrent à suffisance, qu’on voudrait avoir encore 840 jours ou 745 jours pour organiser les élections après avoir consommé plus de 16 mois et un jour.

Vous vous rappellerez que la CENI avait exigé seize mois et un jour pour l’enrôlement. Ce dernier s’est fait même dans des régions où il n’y avait pas de conflits comme à Kinshasa, en l’absence d’un chronogramme. Donc, nous espérons finalement que ce calendrier finira par venir et nous aurons les éléments pour dire au peuple congolais, quel jour il y aura élection d’un nouveau Président et quel jour il prêtera serment.

3 mois d’enrôlement dans le Kasaï y compris 90 jours pour convoquer le corps électoral, pas d’élections au 31 décembre. Quelle est votre réaction ?

Nous l’avons dit et nous le disons toujours.  C’est la volonté politique qui est la locomotive de l’organisation d’une élection. Nous avons toujours déploré l’absence de cette volonté politique et le choix de ce qu’on peut appeler par absurde comme schéma pour garder le pouvoir le plus longtemps possible. C’est ce que nous avons appelé « l’approche chronophage » de la CENI. C’est vrai qu’il y a eu cette situation du Kasaï où il faudra enrôler. Mais on a déjà dépassé la première date du 31 juillet 2017. Nous espérons que le Kasaï doit bénéficier du même traitement.

Par contre, l’évaluation qui doit être faite, c’est de dire que, puisqu’il y a eu un fait perturbateur, est-ce qu’on doit garder l’option d’organiser la Présidentielle couplée aux législatives nationales et provinciales ? Est-ce qu’il n’y a pas possibilité maintenant d’arriver à avoir d’abord l’élection Présidentielle quitte à ce que nous puissions avoir les autres après ?

Que préconisez-vous comme schéma de sauvetage ?

Dans tous les cas, si on compte trois mois, nous aurons le fichier électoral au mois de décembre, encore qu’on ne vienne pas évoquer un autre fait perturbateur tel que l’enrôlement des congolais de l’étranger. En ce moment là, l’hypothèse la plus rationnelle est de fixer les élections dans les 180 jours. C’est-à-dire, arriver à avoir les élections au plus tard mai ou juin 2018. Donc, tout est question de volonté politique et des moyens que le Gouvernement, la Communauté internationale promettent pour que nous ayons les élections.

L’impératif des élections crédibles, apaisées, transparentes est une hypothèse irrévocable. Parce que la crise actuelle est une crise de légitimité des institutions qui sont au-delà de leur mandat.  Donc, la crise aujourd’hui a pour fondement la non élection des animateurs des institutions notamment le Président de la République. Il faudra qu’on y accorde la priorité et non continuer à user et abuser du temps.

Hier la CENI a exigé 16 mois et un jour pour l’enrôlement. A ce jour, elle en sollicite 714 jours, où est-ce qu’elle veut en venir ?

La CENI demandait ce qu’elle appelle la loi sur la répartition des sièges peut exiger 71 à 50 jours. Ce qui ne se justifie nullement. D’abord, lorsque vous lisez à ce sujet la loi électorale, il n’existe pas une loi de répartition. On en parle tout simplement à l’article 147 d’une annexe de la répartition des sièges par circonscription électorale. C’est un document technique qui peut-être élaboré en une journée.

Le croyez-vous possible ?

Il suffit de prendre le nombre d’enrôlés sur l’ensemble du territoire national et le diviser par 500, vous avez le quotient électoral qui sera appliqué dans chaque circonscription. Et, ce ne sont pas de calculs manuels, ce sont des logiciels des ordinateurs qui les font. Mais, à considérer tout simplement cet élément là, vous voyez qu’on veut abuser inutilement du temps.

Alors, concernant les élections provinciales, on nous demande 309 jours pendant que la durée estimée par tous est de 90 jours. Un autre élément concerne le recours. On a vu qu’à tous les niveaux de ces hypothèses qui arrivent à plus ou moins 840 jours, nos services techniques au niveau du MLC sont arrivés à dégager tout au plus 250 jours.

Donc, entre 180 jours et 250 jours, encore faudra-t-il qu’il y ait cette date de la fin de l’enrôlement, nous pouvons organiser des élections rationnellement et techniquement.

Pourquoi l’adoption de la loi sur la répartition des sièges a tiré en longueur au niveau du Parlement ?

Je vous dis qu’il n’existe pas la loi sur la répartition des sièges. Si vous lisez l’article 147 de la loi électorale, c’est une annexe de la répartition des sièges par circonscription électorale établie par la CENI.  C’est cette annexe qui est soumise à l’Assemblée Nationale pour adoption. Je ne sais pas si les amis lisent.

Aussi, c’est comme un autre faux débat qu’on veut soulever sur le vote électronique. Si vous lisez l’article 235, de la loi électorale, il est dit que le mode de vote ne peut pas être appliqué pour les élections en cours ni pour les élections qui n’ont pas été organisées pour les cycles 2006 et 2011 notamment les élections des députés provinciaux, les élections des sénateurs. Donc, il ne faut pas commencer à soulever des serpents des mers 4 ans après, tout simplement pour désorienter et saborder le processus électoral. C’est ce que nous avons toujours déploré depuis plusieurs années. C’est depuis 2013 que ce nouveau bureau est là. Il faudra qu’on puisse arrêter cette stratégie démocraticide. Il faut qu’on se mette au travail et qu’on donne un calendrier. Même l’OIF avait demandé à la CENI de donner ne fut-ce que le calendrier d’enrôlement. Même alors, ce calendrier n’existe pas. Vous avez vu à Kinshasa, on a commencé par 4 communes sans justification technique rationnelle. Après, on ferme les bureaux selon la date de l’ouverture de chaque centre d’inscription, ce qui nous donne un tableau qui est totalement asymétrique.  

Alors que toutes les opérations qui  concernent la remontée des données, le nettoyage du fichier, l’audit devaient se faire au plus tard le 31 juillet 2017. Nous sommes aujourd’hui au mois de septembre, on nous dit qu’on a enrôlé 98,2 %. Encore que dans les estimations initiales, on n’avait pas prévu l’enrôlement des enfants des 16 à 18 ans. C’est déjà un autre problème difficile à gérer. Le vote ou l’enrôlement des congolais de l’étranger, c’était le champ qui a été lancé au début du processus électoral pour réclamer 16 mois et 1 jour. Où en sommes-nous ?

Donc, voilà pourquoi, je crois qu’il faille faire une évaluation réelle entre les parties prenantes c’est-à-dire, la CENI, les partis politiques majeurs, la communauté internationale et les organisations internationales. J’ai beaucoup du respect pour les amis qui sont partis à Kananga. Mais j’ai l’impression que c’était un mini congrès du PPRD. On nous parle du CNSA, du Gouvernement et de la CENI. Ils auraient dû ne pas aller à Kananga. Le mieux à faire était de convoquer simplement la réunion dans un bureau du PPRD et publier leurs conclusions.

Vu la complexité des problèmes techniques, la CENI estime que pas d’élections avant 2020. Qu’en pensez-vous ?

Mais c’est une responsabilité qui n’est même pas technique, elle est politique. Elle engage la CENI. Mais la CENI doit savoir qu’il y a eu un Accord entre tous les partis politiques qui constituent aujourd’hui un élément faisant partie de notre système constitutionnel.

L’Accord du 31 décembre 2016 est un contrefort à notre Constitution. Et, c’est un acte subsidiaire à cette Constitution. Cet Accord, par l’inclusivité et par le consensualisme dont il renferme oblige toutes les parties y compris la Ceni à s’y conformer. En le lisant, les parties conviennent, c’était un impératif d’organiser toutes les élections au 31 décembre 2017 malgré l’incise : « toutefois le parachèvement… ».

Mais, il faut déjà lancer le processus, en faisant ce qui est possible. Quant à imaginer des hypothèses dangereuses évoquées par la CENI, c’est ouvrir la voie à un chaos que seule la CENI, du moins son président risque d’en porter la responsabilité historique devant la Nation.

Le peuple congolais veut choisir ses dirigeants, c’est un impératif. Il faut prendre toutes les précautions techniques pour éviter les erreurs de 2006 et de 2011. Mais cela ne permet pas à un individu d’avoir pris déjà 4 ans depuis 2013 pour ne pas organiser les élections, et d’exiger encore 3 ans. Ce qui fera au moins, depuis 2013, 6 ou 8 ans. C’est ce qui est très grave et qui risque de provoquer des conséquences déplorables. Déjà, l’état du territoire aujourd’hui est une préoccupation tant de l’Est à l’Ouest en passant par le Centre.

 

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