Contre Kabila, il faudra compter sur les mouvements citoyens

Il n’y a pas eu de marrée humaine. Néanmoins, la mobilisation remarquablement lancée par le mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA) a été largement suivie tant dans les grandes villes que dans la majorité des agglomérations congolaises.

L’événement sonnait pourtant comme un test grandeur nature pour l’opposition contre le président Joseph Kabila. Car, depuis le 10 avril dernier, aucune force politique n’a réussi à mettre ses militants dans les rues. Il fallait néanmoins compter sur le contexte, le timing et surtout, le travail abattu par le mouvement citoyen. Si la grande coalition du Rassemblement a souvent mené la dense quand il s’agit d’appeler à manifester, le vide occasionné par l’échec de la mobilisation du 10 avril a plongé les opposants dans le doute.

Pendant ce temps, les opposants politiques, dont la plupart ont rejoint le camp présidentiel dans une transition dénoncée, présentent une impuissance et manquent de stratégie claire. La coalition dirigée par Félix Tshisekedi, seule à hausser le ton, sort d’un conclave difficile où elle promet néanmoins du soufre au pouvoir.

Leçon de mobilisation au Congo

Dans ce décor, la LUCHA et sa mobilisation tombent alors comme une occasion à prendre. Claudel Lubaya, fut le premier à leur donner sa bénédiction, au lendemain de l’annonce de la mobilisation. Le jour d’après, Martin Fayulu s’y lance. Il seront suivis par Moïse Katumbi, Félix Tshisekedi et la quasi-totalité de l’opposition. Le 30 juillet, alors que le pouvoir réorganise ses forces – avec des nouvelles nominations au sein de la Police et de l’armée – les regards se tournent alors vers ce mouvement qui ne manque pas d’être déstabilisé à son tour.

En effet, quelques jours plus tôt, des personnalités s’affichent sur les chaînes de télévision locales proches du pouvoir, se déclarant de LUCHA, et apportant leur soutien tantôt à la transition, tantôt au gouvernement du Premier ministre Bruno Tshibala. Les démentis du mouvement citoyens concrétiseront cette tentative de “dédoublement”, qui a déjà frappé plusieurs formations politiques de l’opposition.

Il n’y aura pas de marrée humaine, comme il a été constaté dès notre introduction. Comme souvent, dans cette relation tendue entre Kabila et la LUCHA, “arrestations” sera le mot le plus utilisé pour symboliser la journée du 31 juillet.  A Lubumbashi, à Beni, à Goma, à Kinshasa et partout ailleurs, des Congolais, en majorité jeunes, ont bravé les forces de l’ordre – des coups de feu parfois – pour appeler au départ du président congolais.

Par ailleurs, la LUCHA a réussi surtout à mettre en exergue sa machine de mobilisation: sans pareil au Congo. Là où les politiques se limitent à mobiliser que dans des grandes villes et parfois seulement à Kinshasa, sans synchronisation aucune, la Lucha, comme tant de mouvements citoyens anti-Kabila, démontre sa capacité à mobiliser de manière aussi facile et instantanée à travers tout le pays, malgré l’oppression.

Il faudra donc clairement compter sur les mouvements citoyens, qui montent en puissance et font face au régime. L’opposition en perte de vitesse, à cause notamment de ses versatilités, peut à présenter de greffer à cette dynamique pour mettre la pression au pouvoir. Une nouvelle dynamique qui lui sera utile, au vu des échéances à venir.

Recevoir nos publications par email

Inscrivez-vous pour recevoir les dernières publications de politique directement dans votre email.

Ne manquez pas ceci

Les mauvais calculs de Joseph Kabila

Quitter la présidence mais conserver le pouvoir à travers une majorité écrasante au Parlement et des hommes placés un peu partout au sein du système politique et militaire. Telle est l’essentielle de la stratégie du désormais ex-président Joseph Kabila. Mais l’homme qui a régné 18 ans durant à la tête de la RDC a peut-être surestimé la fidélité de l’homme politique congolais. 

La CENCO reconnaît finalement Félix Tshisekedi “comme Président de la RDC”

rDans une interview accordée à la radio allemande Deutsche Welle, le deuxième…

Lamuka appelle finalement à voter avec la machine!

Changement majeur dans la stratégie de la coalition LAMUKA. Après avoir appelé à empêcher le vote avec les machines le 23 décembre prochain, Olivier Kamitatu veut que les partisans de Martin Fayulu aillent voter simplement. 

À peine élu, Félix Tshisekedi signe un contrat de lobbying de 90.000$ par mois pour s’ouvrir les portes de l’administration américaine

Des documents consultés par POLITICO.CD sur le site du département de la…