Kamuina Nsapu: comprendre la sale affaire

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Il y a eu d’abord une mort. Celle du Chef coutumier Kamuina Nsapu, dont on ne saura exactement le pourquoi. Mais, surtout, dont le responsable ne sera jamais inquiété. Ce décès a fini par plongé le centre du pays dans une crise profonde. Outre plus d’1,3 millions de réfugiés et de morts, c’est aussi et surtout l’ampleur que prend cette affaire qui inquiète: à moins de six mois des élections.

C’est à la découverte de plusieurs fosses communes dès novembre dernier que l’ONU décide finalement de s’impliquer dans cette crise. Les forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les miliciens de ce chef coutumier s’accusent de part et d’autres. Vers février 2017, une vidéo est diffusée montrant des éléments de l’armée massacrant ces adeptes Kamuina Nsapu à peine armés de bâtons. Le monde est en émoi.  Les droits de l’homme de l’ONU et plusieurs autres organisations réclament des enquêtes.  Plus de 40 de ces fosses communes seront découvertes par la suite.

Même l’opposition politique en RDC n’y croit pas. On y voit plus une « manoeuvre pour retarder les élections ». Car, d’apparence, le conflit armé qui se dessine ici semble être alimenté par le Pouvoir. Des miliciens de l’ancien chef de guerre (amnistié par les autorités) Gédéo Kyungu y seraient envoyés pour alimenter la poudrière.

L’escalade

Les deux experts de l’ONU tués dans le Kasaï

Le 12 mars, deux enquêteurs de l’ONU sont enlevés. La justice militaire ouvre immédiatement une enquête. Entre temps, Michael Sharp et Zaidan Catalan finissent par faire surface, morts. La dame est même décapitée. Le ministre de la Communication et des médias, Lambert Mende diffuse à Kinshasa une vidéo incriminant la milice dans ces assassinats. Pour Kinshasa, nul doute, les Kamuina Nsapu ont bel et bien filmé puis tué les deux experts. Ce que beaucoup douteront.

L’Affaire prenait des allures d’accalmie, avant que le New York Times ne vienne jeter un pavé dans la mare. Clément Kanku, député élu de Dibaya, le fief même de cette milice, est épinglé comme instigateur de ces meurtres. Il aurait eu contact avec « la dame »,  Zaidan Catalan, qui lui aurait fait savoir l’existence des enregistrements.

Aux Etats-Unis, si ces enregistrements produits par les services de renseignements congolais mettent en cause un député de l’opposition, disculpant ainsi le Pouvoir, les médias et l’opinion publique épingle surtout les Nations-Unis. New York Times affirme même qu’elles seraient « complices » dans ces meurtres, pour avoir envoyé leurs experts « sans formations, ni sécurité » à l’abattoir. Ce que l’institution internationale ne dément pas systématiquement. Une enquête est même réclamée.

Dos au mur, l’institution dirigée par Antonio Guterres veut envoyer une équipe à Kinshasa pour enquêter. « Niet », disent les autorités congolaises. Car, entre temps, il y a des zones d’ombres dans l’incrimination de Clément Kanku. En effet, des sources concordantes affirment que les enregistrements datent du mois d’août 2016, à l’aube même du début de l’insurrection. Selon Radio France Internationale, le député Kanku s’en serait même déjà expliqué devant témoins, sur demande d’Evariste Boshab.

Roulette russe internationale

Photo droits réservés.

Justement, l’ancien vice-Premier minsitre et ministre congolais de l’Intérieur est souvent cité dans cette affaire qui prend des allures obscures. « Une enquête internationale risque d’éclabousser tout le monde ici« , confie même une source sécuritaire.

« Le pouvoir n’est nullement impliqué dans ces massacres. Le seul problème que nous avons ici, c’est qu’il y a eu maladresse de Kinshasa. De plus, ce conflit a semblé commencé sur une querelle personnelle. Des gens du Président [Kabila] sont impliqués jusqu’au cou. Après, c’est sûr que le pouvoir a tenté de les protéger et ça a tourné à une catastrophe à présent« , explique notre source.

Mercredi, un député proche de la Majorité au pouvoir a admis, sur POLITICO.CD, un « deal » entre Clément Kanku et les autorités. Le député s’est d’ailleurs retrouvé au gouvernement du Premier ministre Samy Badibanga, trois mois après ces enregistrements.

De son côté, l’ONU doit à tout prix prouvé qu’elle na pas failli à la protection de ses experts, ce qui se traduit par l’obtention de la vérité dans cette affaire; au risque d’éclabousser Kinshasa. Avec des morts qui se comptent aux centaines et la Cour Pénale internationale (CPI) en embuscade, les généraux de l’armée congolaise, ainsi que ceux des renseignements vont à leur tour tout faire pour se protéger. Le décor d’un affrontement avec la Communauté internationale est déjà planté.

A l’heure actuelle, le comportement des autorités congolaises et scruté à la loupe. De plus, le député de Dibaya et les autorités se livrent une guerre étrange. Il reste toujours sous aucune inculpation. Son immunité parlementaire est intacte Une simple enquête est ouverte, et il a été interdit de s’exprimer sur le sujet. Ce qui pourrait tout aussi aboutir à un non-lieu.

Litsani Choukran.