Armement du M23: Mukwege plaide pour des sanctions à l’encontre des Etats fournisseurs d’armes aux groupes armés frappés d’embargo

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Le prix Nobel de la paix 2018, le docteur Denis Mukugwe a exprimé sa préoccupation face à la détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire dans la partie orientale de la RDC.

Dans une déclaration dont une copie est parvenue à POLITICO.CD ce lundi 29 novembre, le célèbre gynécologue congolais accuse le le mouvement terroriste M23 soutenu « directement et indirectement » par les Forces rwandaises de défense (RDF) d’être à la base de la dégradation de la situation humanitaire déjà catastrophique faisant augmenter le nombre de déplacés internes à presque 6 millions de personnes.

« Suite à cette énième agression, la population civile vit dans la peur et est à nouveau acculée à prendre le chemin de l’exil pour fuir la violence. Des femmes doivent accoucher dans des conditions dramatiques le long des routes, d’autres sont enlevées et violées collectivement par des éléments en uniforme dans un climat de violations graves et généralisées des droits de l’homme et du droit international humanitaire», a fustigé Denis Mukwege.

Dans ce contexte, Mukwege a salué les efforts de l’Angola visant à mettre fin à la violence et à faire taire les armes au Nord Kivu. Cependant, il dit regretter que le M23 ne respecte pas les termes du communiqué du Mini-Sommet sur la Paix et la Sécurité dans la région Est de la RDC ni l’ultimatum de Luanda du 23 novembre dernier.  

« Le M23 refuse de se retirer des zones qu’il contrôle, fragilisant aisni la mise en œuvre du processus de paix de Nairobi et minant la crédibilité des initiatives diplomatiques régionales en cours », a-t-il regretté. A l’en croire, « la situation n’a pas évolué sur le terrain alors que ce Sommet avait décidé non seulement la cessation des hostilités mais aussi le retrait des territoires occupés ».

Urgence d’établir la chaîne d’approvisionnement du M23

Dans cette déclaration, Mukwege est revenu sur l’approvisionnement et l’équipement en armes au groupe terroriste du M23.

Le prix Nobel estime qu’il est surprenant de constater que les armes mises à la disposition de la Force de la MONUSCO soient moins performantes que celles du M23, mouvement pourtant dissout, désarmé et cantonné en 2013 au Rwanda et en Ouganda. « Comment ce mouvement terroriste a-t-il pu se réarmer ?»,s’est-il interrogé.

Pour lui, il est urgent que sa chaîne d’approvisionnement en armes et en munitions soit établie et que les pays impliqués subissent la rigueur des sanctions telles qu’elles sont prévues dans la résolution 2641 des Nations Unies.

« En effet, les membres du Conseil de sécurité ont réaffirmé dans une récente déclaration les engagements souscrits par les Etats de la région dans le cadre de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et la région de ne pas tolérer ni fournir d’assistance ou de soutien de quelque nature que ce soit aux groupes armés en exhortant « à l’arrêt de tout soutien extérieur aux acteurs armés non étatiques, y compris le M23 », a rappelé Denis Mukwege.

Alors que le Comité de sanctions du Conseil de Sécurité de l’ONU a effectué début novembre dans la région des Grands lacs une mission de vérification de l’application des sanctions de l’ONU sur les armes dans le conflit en RDC en vue de fournir des éléments actualisés au Conseil de Sécurité, il a plaidé pour l’activation du régime de sanctions afin que les États qui fournissent des armes aux groupes armés qui sont frappés d’embargo soient sanctionnés.

« En outre, toute coopération militaire bilatérale avec les Etats fournisseurs doit impérativement cesser si l’on veut créer les conditions propices à la désescalade », a-t-il martelé.

Dans cette perspective, le fondateur de PANZI a invité l’ONU à prendre des décisions « fortes » d’implémentation de ses propres résolutions avant d’appeler les pays influents comme la France, le Royaume Uni et les Etats-Unis à ne plus soutenir des Etats qui alimentent la violence à l’Est de la RDC.

« Il est temps que le monde ouvre les yeux sur ces atrocités, que le droit international s’applique et que les responsables rendent des comptes pour mettre fin à la tragédie congolaise », a-t-il conclu.

Carmel NDEO