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Crimes en RDC : Mukwege encourage la CPI à enquêter dans les Kivus

Le 17 juillet marque l’anniversaire de l’adoption du Statut de Rome, traité fondateur de la Cour pénale internationale, une première juridiction à vocation universelle.

À l’occasion de cette journée de la justice internationale, le célèbre médecin et Prix Nobel congolais a adressé ses pensées aux nombreuses victimes des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des crimes d’agression que subit l’Est de la République Démocratique du Congo, depuis plus de 20 ans.

À cet effet, Denis Mukwege qui tient pied ferme à la mise en place d’une justice transitionnelle, appelle le Procureur de la CPI à maintenir la situation de la République Démocratique du Congo dans les priorités de son bureau et à enquêter dans les Kivus, car, confie-t-il, « des atrocités de masse défiant l’imagination et heurtant profondément la conscience humaine s’y passent au quotidien depuis presque 30 ans dans une indifférence choquante et un climat d’impunité presque généralisé ».

« Nous exhortons donc le bureau du Procureur de la CPI à poursuivre ses enquêtes dans l’ensemble des Provinces affectées par les conflits, notamment dans les Kivus, et à adopter sans plus tarder une stratégie de poursuites visant à établir les plus hautes responsabilités dans la commission des crimes les plus graves commis sur le territoire de la RDC. C’est ainsi que l’action de la justice pénale internationale pourra concourir à la prévention de nouveaux crimes et contribuera à l’instauration de la paix et à la stabilité en RDC et dans la région des Grands Lacs », plaide-t-il dans une déclaration parvenue, ce dimanche 17 juillet 2022, à POLITICO.CD

La RDC déstabilisée par l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi

Droit dans ses bottes, Mukwege n’est pas à courbette pour citer nommément les pays qui menacent l’intégrité du territoire congolais. Pour lui, ces pays tiers se font passer par les groupes armés pour terroriser la République Démocratique du Congo sur fond de leurs propres divers intérêts.

À en croire l’homme qui répare les femmes, depuis plus d’un quart de siècle, « la RDC a fait l’objet de multiples guerres d’agression et des pays tiers notamment l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi, continuent de téléguider divers groupes armés pour déstabiliser le pays et piller ses ressources naturelles et minières », a-t-il déclaré.

« C’est dans ce contexte qu’il y a lieu de rappeler à l’opinion publique internationale que les conflits qui ont ravagé la RDC sont les plus meurtriers depuis la 2e guerre mondiale. Les morts, les victimes directes et indirectes, les femmes violées, et les déplacés se comptent par millions, entrainant une catastrophe humanitaire très grave et plongeant la population congolaise dans un profond traumatisme », a-t-il martelé.

Et en plus, estime le Docteur Mukwege, personne ne peut dire que l’on ne sait pas ce qu’il se passe en RDC. « Le rapport Mapping des
Nations Unies publié en 2010 a cartographié 617 incidents les plus graves commis entre 1993 et 2003. Ces crimes se poursuivent sans cesse et la Mission de maintien de la paix des Nations-Unies opérant en RDC depuis plus de 20 ans y procède chaque jour, chaque mois, chaque année à un décompte macabre de graves violations des droits humains et du droit international humanitaire qui caractérisent le quotidien des Congolais.Ces crimes imprescriptibles ne peuvent rester impunis, y compris ceux commis actuellement au Nord-Kivu par le M23 avec le soutien du Rwanda », a-t-il rajouté.

Une stratégie nationale « holistique » de justice transitionnelle

Dans la même perspective, Denis Mukwege ,qui continue de militer pour un tribunal pénal international sur des crimes graves commis en RDC, appelle les autorités congolaises à mettre en place une stratégie nationale qui se veut « holistique », avec l’implication des Nations-Unies. Le fondateur du célèbre hôpital de Panzi, à Bukavu, est convaincu que cette démarche mènera vers la fin des crimes.

« Nous sommes convaincus que l’action de la CPI s’inscrira en complémentarité avec le processus de justice transitionnelle en genèse en RDC. En effet, la CPI n’a compétence que pour les crimes les plus graves commis après le 1er juillet 2002. Nous appelons donc les autorités congolaises à adopter une stratégie nationale holistique de justice transitionnelle en RDC, et sollicitent le soutien et l’implication des Nations-Unies pour la mettre en œuvre », a-t-il signifié.

« Le temps est venu de mettre fin à l’humanisme à géométrie variable et aux doubles standards qui minent la crédibilité des institutions internationales et de reconnaître aussi aux Congolais leurs droits à la justice, à la vérité, à des réparations et à des réformes institutionnelles visant à garantir le non-renouvellement des atrocités. Il s’agit de la condition sine qua non pour briser le cycle de
la violence et de l’impunité, et pour consolider l’état de droit, la démocratie et la paix au cœur de l’Afrique », a conclu Denis Mukwege.

Il sied de noter que la journée du 17 juillet rassemble à travers le monde tous ceux qui sont épris de justice, qui travaillent au quotidien aux côtés des victimes et cherchent à prévenir les crimes les plus graves qui constituent des menaces sérieuses à la paix et à la sécurité internationales.

Serge SINDANI

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