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RDC : Adolphe Muzito contredit sur la coopération sino-congolaise conclue sous Kabila

Interviewé par un journal étranger, Adolphe Muzito a tenu des propos « éloignés de la vérité », s’agissant du contrat sino-congolais conclu, pour rappel, en 2008 sur base du principe « Infrastructures-Exploitation minière ». Dans sa prestation relayée par les médias congolais le 8 mars 2022, commençant par faire la déclaration selon laquelle « la RDC n’avait pas beaucoup profité des accords miniers signés avec des entreprises chinoises », il se rebiffe aussitôt en ajoutant : « mon pays n’a rien retiré de l’accord Sino Congolaise des Mines (Sicomines) ». Entre pas « pas beaucoup profité » et « rien retiré », il y a tout de même une marge énorme.

Premières infrastructures en 2008, premier lingot Sicomines en 2015

Pire, il va même soutenir, selon ce journal, que « sur l’accord de 6 milliards de dollars américains, la Chine devait utiliser 3 milliards de dollars américains pour investir dans l’industrie minière et investir le reste dans les infrastructures. Cependant, les entreprises chinoises ont commencé à exploiter les minerais avant même que les 3 milliards de dollars américains qui devaient être consacrés à la construction d’infrastructures en RDC aient été déboursés. Seuls 800 millions de dollars ont été décaissés, mais toujours aucune infrastructure en vue. C’est une injustice ”.

Certes, on doit reconnaître à cet homme politique l’honnêteté d’avouer que « L’entrée de la Chine en RDC avait comblé un vide laissé par les occidentaux, bien qu’ils soient historiquement et géopolitiquement plus proches de nous » et que “ La chose la plus importante était que la RDC obtienne les avantages qu’elle méritait ”.

En effet, il est de notoriété publique, comme l’évoque le journal, que » Les infrastructures du Congo sont tombées en ruines sous l’ancien dictateur kleptocratique Mobutu Sese Seko, après la fin de la domination coloniale belge en 1960. La plupart de ce qui restait a été détruit lors de la guerre interétatique africaine de 1998-2003” et » Après des années d’instabilité et de mauvaise gestion économique, de nombreuses entreprises occidentales n’ont pas développé leurs sites miniers tandis que d’autres se sont désinvesties du pays « . Cet interviewé a de ce fait raison de dire de cet accord qu’il était » un élément clé du programme de reconstruction d’après-guerre de Kabila pour la nation à court d’argent ».

Seulement voilà : en tant que personage important dans la scène politique au moment où se concluait le contrat sino-congolais en 2008, et ayant exercé ses fonctions jusqu’en 2012, resté membre de la Majorité Présidentielle jusqu’en 2016 avant de basculer dans l’opposition, il n’a pas le droit de tronquer l’histoire.

Il sait très bien, trop bien même que le financement des infrastructures avait commencé en 2008, soit 7 ans avant de voir la Sicomines produire son premier lingot de cuivre ou de cobalt en 2015 !

Pour Kinshasa, on en veut pour preuve la modernisation des boulevards Lumumba, Sendwe, Triomphal et 30 juin ainsi que des avenues Libération et Démocratie (ex-24 novembre).

Lorsqu’il accueillait à partir du salon VIP de l’aéroport international de Ndjili les invités de marque aux festivités du Cinquantenaire de l’indépendance le 30 juin 2010 – dont le couple royal belge – aucun mur de la Sicomines n’était encore érigé !

Devoir d’ingratitude de la part d’un partenaire non crédible

On n’arrêtera pas de le dire : il n’est pas normal, dans une société se voulant civilisée, de fonder des revendications d’aujourd’hui sur des considérations qui n’avaient pas été prises en compte à l’époque de la signature du contrat.

En 2008, les perspectives de la fabrication des batteries électriques n’étaient pas aussi évidentes qu’elles ne les sont aujourd’hui. Encore que c’est seulement en ce mois de mars 2022 que les conséquences de la guerre en Ukraine commencent à » donner des idées « , si bien que cet interviewé limite le contrat sino-congolais au cobalt !

A supposer que les Occidentaux, qui prétendent avoir la science infuse, aient su qu’à partir de 2020 les batteries électriques détermineraient la marche du monde, ils auront eu tort d’abandonner précocement la Rdc à elle seule comme si ce pays, privé d’investissements européens et américains, était déjà condamné à disparaitre.

Le plan étant avéré, le contrat sino-congolais est venu sauver la RDC d’une mise à mort planifiée.

Que fait-on alors de raisonnable dans ce cas ? Évidemment, autant il est facile d’user du droit d’ingratitude, autant il est sage de savoir que l’ingratitude forcée ne rassure jamais le commanditaire. Au contraire, celui-ci se convainc d’avoir à faire avec un partenaire non crédible, capable de changer les règles du jeu à tout moment.

Or, le Congo a l’obligation d’être un partenaire fiable s’il ne veut pas se retrouver avec ses ressources mises en jachères. Il n’est pas le seul pays au monde à avoir du lithium. Jusque-là, les principaux pays producteurs de ce minerai sont l’Australie, le Chili, la Chine, l’Argentine et le Zimbabwe, suivis du Canada, du Brésil, de la Namibie, des Etats-Unis et du Portugal. La RDC, au même titre que la France, la Côte d’Ivoire, l’Algérie, le Nigeria etc., est dans le classement des pays potentiels.

Aussi, des acteurs politiques de la trempe de cet interviewé sont-ils appelés à la rectitude en tous lieux et en toutes circonstances. Malheureusement, avec des interviews comme celle accordée à ce journal, il joue le jeu malsain du “ temps des reniements ” tout en jouissant des effets positifs de la coopération sino-congolaise.

Chaque fois qu’il emprunte le boulevard Lumumba pour ses déplacements à l’étranger via l’aéroport international de Ndjili ou en revient, il sait que cette artère lui procure des dividendes dont il devra apprendre à évaluer le coût entre « pas beaucoup profité » et « rien retiré ».

Stéphie MUKINZI M

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