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Spécial Mapping : Quand Yerodia appelait à écraser les tutsis qu’il comparait à des moustiques ou à des ordures

Début août 1998, à Kinshasa, des affrontements ont éclaté entre les éléments des Forces Armées Congolaises (FAC) restés fidèles au Président Laurent-Désiré Kabila et des militaires tutsi au niveau des camps Kokolo et Tshatshi. Kabila en avait marre des ses anciens alliés tutsis qui l’ont porté au pouvoir à Kinshasa, après un coup d’Etat contre le Président Mobutu. Simultanément, les forces de sécurité du Président Kabila ont lancé des opérations de ratissage dans toute la capitale, à la recherche des mutins et de leurs éventuels complices. À l’appel des autorités congolaises, près d’un millier de civils se sont enrôlés dans des groupes de « défense populaire ». Le Gouvernement congolais leur aurait remis des armes blanches et les aurait engagés aux côtés des forces de sécurité régulières. Les personnes tutsi, ou d’origine rwandaise, ou encore celles qui leur ressemblaient physiquement ont particulièrement été visées. Le rapport Mapping sinale que « plusieurs hauts responsables du régime, dont le Directeur du cabinet du Président Kabila à l’époque, Abdulaye Yerodia Ndombasi, ont attisé la haine contre les Tutsi, les comparant à un « virus, un moustique et une ordure à écraser avec détermination et résolution ».

Politico revient sur cette page sombre de l’histoire de la RDC, traitée dans un rapport, le rapport Mapping, produit en 2010 par le Haut-commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme sur les crimes des droits humains et crimes internationaux commis entre 1993 et 2003. La plupart des auteurs de ces crimes sont encore en vie et se la coulent douce au pays ou à l’étranger, sans jamais être inquiété. Yerodia Abdoulaye dont il est question dans ce rapport, malheureusement, a déjà tiré sa révérence.

L’appel qu’il avait lancé à l’époque pour l’extermination des tutsis en RDC avait produit ses effets. Dans ce contexte, l’Equipe Mapping annonce avoir documenté, à partir d’août 1998, de multiples incidents qui ont conduit notamment aux arrestations des hautes personnalités soupçonnées de soutenir des civils tutsi ou originaires du Rwanda. Lors de ces opérations, de nombreuses femmes, « en nombre indéterminé » ont aussi été « arrêtées et violées ».

« À compter d’août 1998, des éléments de la Police d’intervention rapide (PIR) ont arrêté plusieurs personnalités de haut rang soupçonnées de soutenir le RCD ainsi que de nombreux civils tutsi ou d’origine rwandaise. Des femmes, en nombre indéterminé, ont aussi été arrêtées et violées par les policiers dans les cachots de la PIR et de l’Inspection de la police provinciale de Kinshasa (Ipkin). Au 14 septembre 1998, 111 personnes, parmi lesquelles de nombreux Tutsi, se trouvaient ainsi en détention au Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK, ancienne prison de Makala) » lit-on à la page 161.

À compter d’août 1998 également, le rapport Mapping mentionne que des militaires des FAC ont arrêté, mis hors de combat et fusillé une vingtaine de militaires rwandais, de tutsi congolais et d’éléments des ex-FAZ soupçonnés de s’être ralliés aux mutins : « Les corps des victimes ont été enterrés sur la route de Matadi, à un endroit situé entre le cimetière Mbenseke et le quartier Gombe-Lutendele de la commune de Mont-Ngafula. D’autres groupes de militaires rwandais/banyamulenge ont été exécutés par la suite dans des circonstances similaires. À compter d’août 1998, en outre, un nombre indéterminé de personnes détenues au Palais de Marbre, au GLM (Groupe Litho Moboti) et au Palais de la Nation, dont de nombreux Tutsi, ont été exécutées par balle et enterrées sur le lieu même de leur détention ou enfermées dans des sacs lestés de pierres et jetées dans le fleuve ».

À l’entrée des troupes de l’ANC/APR/UPDF dans les quartiers périphériques de Kinshasa, aux alentours du 26 août 1998, les membres des groupes de défense populaire et, dans une moindre mesure, « les FAC, se sont mis à traquer les infiltrés et leurs supposés complices ». Un nombre indéterminé de Tutsi, de personnes d’origine rwandaise et de personnes leur ressemblant ont été tuées au cours de cette période. Le 27 août, dans la commune de Kasavubu, un civil a déclaré sur les antennes de Radio France Internationale (RFI) que c’était la population et non les soldats qui étaient en première ligne pour « brûler les Tutsi ».

Des personnes ayant des traces de boue rouge sur leurs chaussures comme on en trouve au Bas-Congo, des personnes portant des vêtements de sport, comme certains assaillants circulant en civil, ainsi que plusieurs handicapés mentaux qui ne respectaient pas le couvre-feu ont été attaqués. Au total 80 personnes au moins ont ainsi été tuées, certaines brûlées vives en subissant le supplice du collier, d’autres empalées ou mutilées à mort, d’autres tuées par balle. Les corps des victimes ont été le plus souvent laissés dans les rues ou jetés dans la rivière Ndjili et le fleuve Congo. Au cours de ces événements, plusieurs centaines de personnes ont été blessées et de nombreux biens ont été pillés.

Stéphie MUKINZI

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