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Spécial Mapping : en arrêtant Inga, la coalition ANC/APR/UPDF a causé la mortalité infantile dans les centres de santé du Bas-Congo

Depuis plusieurs mois, des mouvements citoyens, des activistes des droits de l’homme et bon nombre d’acteurs politiques ont plaidé pour la mise en place d’un tribunal pénal international sur la RDC et l’application des recommandations du rapport Mapping. Ces voeux ont été récemment réitéré par Muzito et Fayulu, deux opposants farouches au régime de Tshisekedi.

En effet, le rapport Mapping dont il est question a documenté plus de 600 crimes de guerre et crimes contre l’humanité “indescriptibles” et imprescriptibles, commis en RDC entre 1993 et 2003, des crimes qui ont impliqué plus de 20 milices et huit armées étrangères, dont le Rwanda et l’Ouganda. Pour ce numéro, nous revenons sur les crimes commis par les Forces Armées Congolaises et leurs Alliés après avoir chassé le Maréchal Mobutu du pouvoir.

Vers la fin des années 1997, les relations entre le Président Laurent-Désiré Kabila, le Rwanda et les militaires tutsi présents au sein des Forces armées congolaises (FAC) tournent au vinaigre. Les autorités rwandaises et certains militaires tutsi congolais reprochaient notamment au Président congolais de privilégier son clan katangais, de ne pas respecter ses engagements en matière de reconnaissance du droit des Banyamulenge à la nationalité congolaise et de se montrer trop conciliant envers les ex-Forces armées rwandaises/Interahamwe (ex-FAR/Interahamwe) ainsi que les milices Maï-Maï, toutes hostiles à la présence de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) au Congo.

En juillet 1998, craignant un coup d’État, le Président Kabila va relever le général rwandais James Kabarebe de ses fonctions de Chef d’État-major des FAC et ordonner le départ des militaires de l’APR du territoire congolais. En réaction, le 2 août 1998, des militaires tutsi se sont mutinés et ont lancé, avec l’aide de l’APR, de l’armée ougandaise [Ugandan People’s Defence Force (UPDF)], de l’armée burundaise [Forces armées burundaises (FAB)] et de certains militaires des ex-Forces armées zaïroises (ex-FAZ) une rébellion visant à renverser le Président Kabila. En quelques semaines, cette coalition regroupée sous la bannière d’un nouveau mouvement politico-militaire, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), a pris le contrôle des principales villes des Kivu, de la province Orientale et du Nord-Katanga puis, a effectué une percée jusque dans la province de l’Équateur.

En raison de l’intervention militaire de l’Angola et du Zimbabwe aux côtés du Président Kabila, l’offensive de la coalition du RCD dans la province du Bas-Congo et sur Kinshasa a cependant échoué. Au cours des mois suivants, la RDC s’est alors retrouvée divisée en deux zones. L’une est dirigée par L. D. Kabila avec l’appui des forces armées du Zimbabwe [Zimbabwe Defence Forces (ZDF)], de l’Angola [Forças Armadas Angolanas/ Forces armées angolaises (FAA)], de la Namibie [Namibia Defence Force (NDF)], du Tchad [Armée nationale tchadienne (ANT)] et du Soudan. L’autre est contrôlée par la branche armée du RCD, l’Armée nationale congolaise (ANC), l’armée rwandaise (APR), l’armée ougandaise (UPDF) et l’armée burundaise (FAB).

À Kinshasa

À la fin du mois d’août 1998, Kinshasa, capitale de la RDC, deviendra le champ de bataille entre d’une part les militaires de l’ANC/APR/UPDF alliés du RCD et les FAC/ZDF alliés du Président L.D Kabila pour le contrôle de la ville. Ces affrontements n’ont pas été sans conséquence. En effet l’équipe Mapping a documenté les incidents allégués suivants :

•Le 13 août 1998, les troupes de l’ANC/APR/UPDF ont pris le contrôle du complexe hydroélectrique d’Inga, dans le Bas-Congo et arrêté les turbines du barrage.

Selon l’équipe Mapping, en arrêtant les turbines du barrage d’Inga pendant près de trois semaines au cours d’août et septembre 1998, les troupes de l’ANC/APR/UPDF ont privé une partie de la province du Bas-Congo et plusieurs quartiers de Kinshasa de leur approvisionnement en électricité et en eau. « Ils ont ainsi mis hors d’usage des biens indispensables à la survie de la population, comme des centres médicaux et l’Hôpital général de Kinshasa. Au cours de ces trois semaines, le taux de mortalité dans les centres de santé, notamment des enfants, a ainsi considérablement augmenté », peut-on lire dans ce rapport.

Au cours de la même période, ajoute l’équipe Mapping, « toutes les forces de sécurité ont, de façon générale, commis, dans une impunité quasi-totale, des assassinats, des meurtres, des exécutions extrajudiciaires, des viols et des actes de torture à l’encontre des opposants politiques et des civils ordinaires ».

• Le 28 août 1998, les FAC ont tué au moins deux volontaires de la Croix-Rouge, dont un en lui fracassant le crâne, alors que ces derniers tentaient de secourir des victimes des bombardements dans les quartiers Mitendi et Mbenseke de la commune de Mont-Ngafula. Au cours du même incident, ils ont aussi blessé grièvement un nombre indéterminé de volontaires de la Croix-Rouge.

• Fin août 1998, des éléments des ZDF (Zimbabwe Defence Forces) ont bombardé à l’arme lourde les communes de Kimbanseke, Masina et Ndjili et le village de Kingatoko, à la frontière avec la province du Bas-Congo, et tué plus d’une cinquantaine de civils. Dans la nuit du 27 au 28 août, 282 civils blessés ont été accueillis dans les principaux hôpitaux et centres médicaux de la capitale.

• Entre le 28 août et le 1er septembre 1998, les combats entre les troupes de l’ANC/APR/UPDF et celles des FAC/ZDF ont fait plusieurs morts parmi les civils, notamment dans la commune de Mont-Ngafula.

• Entre les mois d’août 1998 et janvier 2001, une cinquantaine de communications concernant des incidents survenus à Kinshasa ont été envoyées au Gouvernement à travers les mécanismes prévus par la Commission des droits de l’homme, parmi lesquels le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires, le Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, le Rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et le Groupe de travail sur les détentions arbitraires. Ce rapport soutient aussi que entre la fin de 1998 et 2001, des éléments des forces de sécurité du Gouvernement de Kinshasa ont fait disparaître, torturé et violé de nombreux militants membres des partis politiques UDPS et PALU.

« Les graves violations commises à leur encontre ont eu lieu le plus souvent dans les cachots de la Police d’intervention rapide (PIR), de la Direction des renseignements généraux et services spéciaux (DRGS) [Kin Mazière], de l’Ipkin (ex-Circo) et du camp Kokolo », rapporte l’équipe Mapping.

• À compter du 28 octobre 2000, les services de sécurité du Président Kabila ont arrêté arbitrairement et torturé au moins 93 personnes dont 60 militaires et 33 civils originaires des provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Maniema.

À en croire les éléments rapporté par l’équipe Mapping, les victimes étaient accusées de préparer un coup d’état sous la direction d’un des membres fondateurs de l’AFDL, Anselme Masasu Nindaga.

« La plupart des militaires ont été détenus au centre d’entraînement de Maluku, au camp Kokolo, au camp Tshatshi et au GLM. Certaines des personnes détenues ont été exécutées sommairement, d’autres ont été torturées à mort. Certaines des victimes sont restées en détention pendant plus de trois ans et n’ont été libérées qu’après la promulgation du décret-loi portant amnistie générale », indiquent les experts de l’ONU.

Au Nord-Kivu : Ville de Goma, territoires de Masisi, Rutshuru, Walikale et Nyiragongo

La province du Nord-Kivu, bastion du RCD, ne sera pas épargnée. En date du 2 août 1998, le Général Sylvain Buki a lu un communiqué sur les ondes de la Radio-télévision nationale congolaise (RTNC) de Goma, annonçant le déclenchement d’une mutinerie au sein des FAC. Tous les militaires de la 10e Brigade des FAC se sont mutinés et la ville de Goma est tombée aux mains de l’ANC et de l’APR sans véritable combat.

Goma est ainsi restée hors d’atteinte des forces du Gouvernement de Kinshasa pendant pratiquement toute la période, c’est-à-dire entre août 1998 et janvier 2001.

Toutefois, pendant cette période, les FAC ont bombardé la ville une fois. L’incident allégué suivant a été documenté :
• Le 11 mai 1999, un avion des FAC a bombardé plusieurs quartiers et communes de Goma, tuant et blessant une dizaine de civils, notamment dans le quartier Mukosasenge de la commune de Karisimbi.

Rappelons que le rapport Mapping est un document qui retrace des cas de massacres des populations civiles, des messages d’incitation à la haine et à la violence, des actes pillages et destruction des biens des populations, un rapport du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme sur les violations des droits de l’homme et des droits internationaux commises en République Démocratique du Congo (RDC) entre 1993 et 2003. Le rapport à été rendu public depuis 2010, mais les auteurs des crimes, jusqu’à ce jour, se la coulent douce en RDC, certains en Occident, sans être inquiétés par la Justice.

Carmel NDEO

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