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Spécial Mapping : l’AFDL/APR a massacré des refugiés notamment en les jetant vivant dans le Lac Vert

Publié en août 2010, le Rapport Mapping répertorie les exactions commises sur le territoire congolais de mars 1993 à juin 2003. Politico.cd a entamé une série de publications à ce sujet. Dans ce numéro, il s’agit des atrocités commises par les AFDL/APR sur les réfugiés au Nord Kivu.

Les experts du Rapport Mapping indiquent que dans la nuit du 25 au 26 octobre 1996, des militaires de l’AFDL/APR ont bombardé le camp de Kibumba à l’artillerie lourde, tuant un nombre indéterminé de réfugiés et détruisant l’hôpital du camp. Fuyant Kibumba, près de 194 000 réfugiés ont pris la direction du camp de Mugunga.

• Le 31 octobre 1996, des militaires de l’AFDL/APR auraient tué plusieurs centaines de réfugiés qui se trouvaient encore dans les camps de Kahindo et de Katale. Le Rapporteur spécial sur la question de la violation des droits de l’homme au Zaïre, M. Roberto Garretón, qui s’est rendu sur place quelques mois plus tard, a estimé le nombre de victimes à 143 dans le camp de Katale et entre 100 et 200 dans celui de Kahindo.

Les chiffres publiés par l’Équipe d’urgence de la biodiversité (EUB), une ONG locale qui a participé, avec l’aide de l’Association des volontaires du Zaïre (ASVOZA) et de la Croix-Rouge du Zaïre, à l’inhumation des corps des victimes afin de prévenir d’éventuelles épidémies dans la région, donnent toutefois une idée de l’ampleur des tueries.

Dans ce contexte, l’Équipe Mapping a documenté les incidents
allégués suivants :

Du 2 au 30 novembre 1996, la population de Kibumba a inhumé 2 087 corps. Entre le 30 novembre 1996 et le 26 janvier 1997, EUB a enterré 1 919 corps dans le camp de Kibumba et ses environs.
Entre le 1er et le 25 décembre 1996, EUB a inhumé 281 corps dans le camp de Kahindo.

Entre le 1er décembre 1996 et le 18 janvier 1997, EUB a inhumé 970 corps.

Au cours de novembre 1996, des militaires de l’AFDL/APR ont tué un nombre indéterminé de rescapés des camps de Kahindo et Katale au niveau des barrières établies entre le volcan Nyiragongo et le camp de Mugunga. Les rescapés de Kahindo et Katale qui ont survécu à cette traque ont été les premiers à raconter que les troupes de l’AFDL/APR triaient les réfugiés qu’ils arrêtaient à la sortie du parc en fonction de leur âge et de leur sexe et qu’ils exécutaient systématiquement les adultes de sexe masculin.

• Au cours des mois de novembre et décembre 1996, des éléments de l’AFDL/APR ont tué un nombre indéterminé de réfugiés qui s’étaient réinstallés dans des camps de fortune dans le parc national des Virunga.

• Le 11 avril 1997, des militaires de l’AFDL/APR ont tué plusieurs centaines de réfugiés dans un endroit appelé Mwaro, situé dans la forêt à proximité du village de Kibumba.

• Le 14 novembre 1996, des militaires de l’AFDL/APR ont tiré à l’arme lourde de manière indiscriminée sur le camp de Mugunga et ses environs pendant six heures, tuant un nombre indéterminé de réfugiés. Dans l’après-midi du 14 novembre, après de violents combats avec les Mayi-Mayi à Sake, les ex-FAR/Interahamwe présents dans le camp de Mugunga ont brisé
l’encerclement et pris la fuite en direction de Masisi, entraînant à leur suite de nombreux réfugiés.

L’incident allégué suivant a été documenté :
• Vers le 14-15 novembre 1996, les militaires de l’AFDL/APR positionnés sur les collines autour de Sake ont tué un grand nombre de réfugiés qui tentaient de s’enfuir en direction de Masisi, en tirant sur eux de manière indiscriminée, à l’arme lourde et à la mitrailleuse. Des centaines de corps de réfugiés ont été enterrés dans une fosse commune située dans la plantation de café de Madimba près de Sake.

• Le 15 novembre 1996, des éléments de l’AFDL/APR ont tué de manière délibérée des réfugiés dans le camp de Mugunga et ses alentours. Un journaliste qui est entré dans le camp le 16 novembre a dénombré 40 victimes tuées par balles et à l’arme blanche, parmi lesquelles des femmes, des enfants et deux bébés. Un nombre indéterminé de réfugiés ont été tués entre Mugunga et la cité de Sake.

Le 19 novembre, des volontaires de la Croix-Rouge zaïroise de Goma ont ramassé et inhumé 166 cadavres trouvés le long de la route entre la cité de Sake et la périphérie du camp de Mugunga.

• Entre le 15 et le 16 novembre 1996, des éléments de l’AFDL/APR ont arrêté un nombre indéterminé d’hommes hutu rwandais en provenance du camp du lac Vert et de Mugunga et les ont exécutés. Certains ont été ligotés puis jetés vivants dans le lac Vert où ils sont morts noyés. D’autres ont été exécutés d’une balle dans la tête et leurs corps ont été jetés dans le lac.

Une source a rapporté l’existence de plusieurs fosses communes à l’intérieur du parc situées à 5 kilomètres du camp de Mugunga.

• Le 19 novembre 1996, des combattants Mayi-Mayi ralliés à l’AFDL ont pris d’assaut le village de Ngungu, avec le soutien de l’artillerie de l’AFDL/APR, et ont tué de manière indiscriminée un nombre indéterminé de réfugiés et d’ex- FAR Interahamwe. Le nombre total de victimes est difficile à déterminer. Selon plusieurs sources, il pourrait s’élever à plusieurs centaines.
• Au cours de la deuxième quinzaine du mois de novembre 1996, des éléments de
l’AFDL/APR ont tué des dizaines de réfugiés dans le camp de fortune situé à côté de la ferme d’Osso, dans le territoire de Masisi. Les militaires de l’AFDL/APR ont tout d’abord échangé des tirs avec les ex-FAR/Interahamwe dans le camp. Les ex-FAR/Interahamwe ont cependant rapidement pris la fuite et les troupes de l’AFDL/APR sont entrées dans le camp. La plupart des victimes étaient des
réfugiés, parmi lesquels un grand nombre de femmes et enfants. Des civils zaïrois auxquels les troupes de l’AFDL/APR reprochaient d’avoir caché ou aidé des réfugiés ont également été tués. Peu après le massacre, des témoins oculaires ont affirmé avoir vu entre 20 et 100 corps dans le camp.

• Au cours de la semaine du 9 décembre 1996, des militaires de l’AFDL/APR ont tué plusieurs centaines de réfugiés rwandais dans le camp de fortune créé au niveau du village de Mbeshe Mbeshe dans la collectivité de Katoyi. Après avoir encerclé le camp vers 5 heures du matin, les militaires de l’AFDL/APR ont ouvert le feu de manière indiscriminée sur ses occupants, tuant un nombre indéterminé de réfugiés. Selon une source, des déplacés internes zaïrois se trouvant dans le camp ont également été tués.

• Fin novembre 1996, des éléments de l’AFDL/APR ont tué une cinquantaine de civils parmi lesquels 40 réfugiés rwandais et dix Banyarwanda hutu, dans le village de Miandja.

• Pendant le mois d’avril 1997, des éléments de l’AFDL/APR ont tué un grand nombre de réfugiés qui s’étaient installés sur un site appelé Karunda, dans le village de Kirumbu ainsi que dans la plantation de Nyabura dans la collectivité de Bashali-Mokoto.

• Aux alentours du 22 avril 1997, des éléments de l’AFDL/APR ont tué 53 réfugiés dans une école située dans le village de Humule, près de la localité de Karuba, à
50 kilomètres de Goma.

• Le 29 mai 1997, des éléments de l’AFDL/APR ont tué quatre réfugiés dont un enfant ainsi qu’un employé de l’ONG internationale Save The Children au niveau du village de Karuba. Les victimes faisaient partie d’un groupe de réfugiés en route pour le centre de transit du HCR de Karuba en vue de leur rapatriement au
Rwanda.

Les réfugiés rwandais sont arrivés dans le territoire de Walikale en novembre 1996 en empruntant trois axes différents. Un groupe qui venait de Bukavu a atteint le territoire de Walikale en passant par Bunyakiri. Un autre groupe, en provenance également de Bukavu, est passé par la forêt de Kahuzi-Biega via Nyabibwe. Un autre groupe enfin qui avait fui les camps du Nord-Kivu a atteint le territoire de Walikale en passant par le sud du territoire de Masisi et les localités de Busurungi et Biriko.

• À partir du 9 décembre 1996, des militaires de l’AFDL/APR ont tué par balles plusieurs centaines de réfugiés, parmi lesquels un grand nombre de femmes et d’enfants au niveau du pont de Hombo. Au cours des jours suivants, ils ont brûlé vifs un nombre indéterminé de réfugiés au bord de la route au niveau de la localité de Kampala, située à quelques kilomètres de Hombo. Avant d’être tuées, de nombreuses femmes ont été violées par les militaires. Avant de les tuer, les militaires avaient demandé aux victimes de se regrouper en vue de leur rapatriement au Rwanda.

• Vers le 9 décembre, des militaires de l’AFDL/APR ont intercepté et exécuté plusieurs centaines de réfugiés rwandais dans les environs du village de Chambucha, situé à 4 kilomètres de Hombo. Les victimes, parmi lesquelles se trouvaient un grand nombre de femmes et d’enfants ont été tuées par balles ou coups de marteau et de houe sur la tête près d’un pont au dessus de la rivière Lowa.

• Autour du 17 décembre 1996, des militaires de l’AFDL/APR en provenance de Ziralo (Sud-Kivu), Bunyakiri (Sud-Kivu) et Ngungu (Nord-Kivu) ont encerclé les camps de fortune établis à Biriko et tué des centaines de réfugiés parmi lesquels des femmes et des enfants. Les militaires ont tué les victimes par balles ou à coups de houe. La population de Biriko a enterré des cadavres dans le village. Beaucoup de cadavres ont également été jetés dans la rivière Nyawaranga.

• En décembre 1996 des militaires de l’AFDL/APR ont tué plusieurs centaines de réfugiés aux environs de la localité de Kifuruka, située à 10 kilomètres de Biriko. Les militaires avaient rassemblé les victimes dans le village de Kifuruka puis les avaient conduits jusqu’à la route en leur faisant croire qu’ils allaient les aider à rentrer au Rwanda. Une fois sortis du village cependant, les militaires les ont tuées par balles ou à coups de machettes.

• Au cours de la troisième semaine du mois de décembre 1996, des troupes de l’AFDL/APR ont tué des centaines de réfugiés rwandais au niveau de la localité de Musenge, située entre Hombo et Walikale.

• Au cours du mois de décembre 1996, des militaires de l’AFDL/APR ont tué plusieurs centaines de réfugiés dans la localité de Mutiko.

• Entre la fin de 1996 et le début de l’année 1997, des éléments de l’AFDL/APR ont tué un nombre indéterminé de réfugiés dans Walikale-centre. La plupart des victimes ont été tuées dans le quartier Nyarusukula.

• Début 1997, des militaires de l’AFDL/APR ont tué un nombre indéterminé de réfugiés dans le camp de fortune de Kariki, situé à 13 kilomètres de Walikale. Les militaires venaient de Ngora où ils avaient contraint des civils à les suivre et à porter leurs bagages et leurs caisses de munitions. Arrivés à Kariki, ils ont surpris des éléments ex-FAR/Interahamwe qui se trouvaient en bas de la colline et les ont désarmés. Après avoir tué les ex-FAR Interahamwe, ils ont attaqué le camp qui se trouvait de l’autre côté de la vallée. La majorité des corps n’ont pas été ensevelis et l’Équipe Mapping a pu constater que les ossements étaient toujours visibles à la date de rédaction du présent rapport.

JM Mawete

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