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RDC: Des gangs armés ont enlevé au moins 170 personnes, dont de nombreuses femmes, depuis 2017 au parc national de Virunga (rapport Human Rights Watch)

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Dans un rapport intitulé « Kidnappings et viols en série dans le parc des Virunga », Human Rights Watch fait état d’au moins 170 personnes enlevées, dont de nombreuses femmes, depuis 2017 par des gangs armés.

Des bandes criminelles ont enlevé contre rançon au moins 170 personnes à proximité du Parc national des Virunga, dans l’est de la
République démocratique du Congo , entre avril 2017 et mars 2020. De petits groupes armés de fusils et de machettes ont battu, torturé et assassiné des otages, violant les femmes et les filles, qui représentent plus de la moitié d’entre eux, tout en recourant à des menaces pour extorquer de l’argent à leurs familles.
Les forces de l’ordre congolaises devraient prendre des mesures pour démanteler ces bandes criminelles et arrêter les responsables de ces enlèvements et de ces violences sexuelles, perpétrés principalement dans le groupement de Bukoma du territoire de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu. La mission de maintien de la paix des Nations Unies en RD Congo, la MONUSCO, qui dispose d’une base dans un rayon de 10 kilomètres des champs et autres zones agricoles où ont été commis la plupart des enlèvements, devraient protéger les civils, en patrouillant activement dans les zones à haut risque, conformément à son mandat.

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« Au cours de ces trois dernières années, des bandes criminelles ont extorqué des rançons exorbitantes à des familles et ont brutalement violé de nombreuses femmes et filles dans le Parc national des Virunga », a déclaré Thomas Fessy , chercheur principal pour la RD Congo chez Human Rights Watch.

« Le gouvernement congolais devrait mettre fin au règne de terreur de ces gangs et fournir aux survivantes de viol, qui sont traumatisées et stigmatisées, des soins adaptés, ainsi que toute autre aide dont elles ont besoin. »

Une grande partie du groupement de Bukoma est contrôlée par le groupe rebelle rwandais RUD-Urunana – faction dissidente des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Ce groupe armé a été impliqué dans des enlèvements ces dernières années et, bien que l’implication de combattants actuels ou anciens de ce groupe ne puisse être exclue, Human Rights Watch n’a pas établi leur implication dans ces cas récents ni confirmé s’ils répondent à une chaîne de commandement.
De décembre 2019 à fin juin 2020, Human Rights Watch a interrogé 37 personnes au sujet des enlèvements, notamment 28 survivantes de violences sexuelles, dont 5 étaient des enfants à l’époque où ces abus ont été commis. Human Rights Watch s’est également entretenu avec des activistes locaux, des responsables du gouvernement et du parc, ainsi qu’avec des membres du personnel de l’ONU.

Les survivantes ont raconté qu’elles avaient été enlevées, parfois avec leurs enfants en bas âge, alors qu’elles travaillaient aux champs ou sur le chemin du retour, près de la ville de Kiwanja. Leurs ravisseurs les ont forcés à marcher, les mains liées, pendant plusieurs heures dans le Parc national des Virunga, site inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Elles ont expliqué que les ravisseurs avaient souvent ligoté les mains et les pieds des hommes et les avaient passés à tabac. Les femmes et les filles ont affirmé que les ravisseurs avaient méthodiquement violé les otages féminines, à l’exception des filles prépubères et des femmes d’un âge avancé. Beaucoup d’entre elles ont aussi été sévèrement battues.

« Les ravisseurs nous ont dit qu’aucune femme ne sortirait de là indemne », a déclaré une survivante âgée de 28 ans.
Les survivantes ont indiqué que leurs ravisseurs les insultaient régulièrement et menaçaient de les tuer, notamment en s’adressant à leurs familles au téléphone. La jeune femme de 28 ans a affirmé que les ravisseurs lui avaient montré, ainsi qu’à d’autres otages, les cadavres de deux hommes qu’ils affirmaient avoir tués à coups de bâton pour avoir tenté de s’enfuir. D’autres survivantes ont affirmé avoir été soumises à des simulacres d’exécution et à d’autres formes de torture.

« Ne parvenant pas à joindre mon père au téléphone, ils m’ont passé une corde au cou et m’ont pendue », a déclaré une autre victime, âgée de 19 ans. « Ce jour-là, j’ai vu la mort de près. »
Les victimes ont indiqué qu’elles avaient été détenues en plein air, exposées à la pluie et au froid de la nuit, pendant environ une semaine et jusqu’à dix jours. Elles étaient à peine nourries ou recevaient de la nourriture de mauvaise qualité.

La plupart n’ont été relâchées que lorsque des membres de leurs familles ont versé une rançon d’un montant de 200 à 600 dollars US. Ces paiements ont souvent causé de graves difficultés financières à ces familles qui ont parfois été contraintes de vendre leurs terres, les laissant dépourvues de sources de revenu.
Les femmes et les filles étaient souvent violées plusieurs fois par jour et parfois par plusieurs hommes. Seules quelques-unes, parmi les plus âgées et les plus jeunes, ont été épargnées. « Nous sommes devenues [leurs] objets sexuels, c’était sans arrêt », a déclaré une survivante.

Les victimes et les familles qui ont demandé l’aide de la police ont affirmé que celle-ci n’a rien fait pour trouver les responsables. Dans certains cas, les membres des familles n’ont même pas déclaré les enlèvements, car ils estimaient qu’ils ne recevraient aucune aide ou que cela pourrait même aggraver encore les choses. La persistance de l’ impunité pour les auteurs de violences sexuelles dans le pays, ainsi qu’un système judiciaire pour une large part dysfonctionnel, laisse peu de recours aux survivantes pour obtenir justice, a déclaré Human Rights Watch.

« Les viols sont motivés par des intérêts économiques car ce que veulent les criminels, c’est de l’argent », a déclaré à Human Rights Watch l’administrateur du territoire de Rutshuru, Justin Mukanya.

Le gouvernement congolais devrait agir d’urgence pour mettre fin aux enlèvements et aux abus sexuels généralisés commis par ces bandes criminelles à proximité du Parc national des Virunga. Il devrait solliciter l’appui de la MONUSCO pour élaborer un plan visant à protéger les communautés locales et à empêcher les enlèvements.

La police, la MONUSCO et les gardes du parc devraient accroître leurs capacités d’échange de renseignements et travailler en étroite coopération pour enquêter sur les enlèvements, identifier des suspects et les amener devant la justice.

Les autorités devraient fournir aux victimes de violences sexuelles une assistance pour les aider à reconstruire leur vie, notamment des examens post-viol et d’autres soins médicaux, un soutien psychologique et social, une assistance juridique et financière. Elles devraient également œuvrer avec les communautés pour mettre fin à la stigmatisation et aux discriminations que subissent les survivantes de violences sexuelles.

« Human Rights Watch n’a connaissance d’aucune enquête judiciaire en cours sur les abus commis par ces bandes armées aux alentours du Parc des Virunga et les survivantes reçoivent très peu d’aide», a affirmé Thomas Fessy.

« Les forces de sécurité congolaises devraient coopérer étroitement entre elles, ainsi qu’avec l’ONU et les gardes du parc, pour mettre un terme à ces enlèvements et ces violences sexuelles. »

Thierry Mfundu

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