Journée de la Justice Internationale : « le temps est venu de déterrer le rapport Mapping » (Denis Mukwege)

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Dans une déclaration faite ce vendredi 17 juillet à l’occasion de la Journée de la Justice Internationale, qui commémore l’adoption du Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale (CPI), Dr Denis Mukwege envoie ses pensées pieuses vers toutes les victimes d’atrocités et toutes les personnes éprises de justice qui « se battent pour défendre leurs droits et pour lutter contre l’impunité.»

D’après le prix Nobel Congolais, Cette Journée de la Justice Internationale (JJI) signifie beaucoup pour les survivants des violences sexuelles commises en période de conflit dans le monde.

« La justice est essentielle pour toutes les personnes qui ont été victimes de violences et d’abus. En effet, lorsqu’on demande aux survivants de violences sexuelles quelles sont leurs plus grandes aspirations, beaucoup expriment leur souhait que la justice soit rendue. De plus, la justice est une étape cruciale sur le chemin de la guérison des survivants et de leur réintégration dans la communauté et la société, car elle permet de reconnaître le mal qui a été infligé et de transférer l’opprobre et la honte des épaules des victimes à celles de bourreaux. » a déclaré le fondateur de Panzi.

Et d’ajouter:

« Pourtant, la violence sexuelle en temps de guerre a été à travers l’histoire un crime invisible et ignoré, souvent considéré comme un dommage collatéral inévitable de la guerre et largement absent des poursuites pénales tant domestiques qu’internationales. Pendant trop longtemps, l’impunité des auteurs de viols et d’autres formes de violence sexuelle liées aux conflits a été la règle plutôt que l’exception. »

Pour le Congo, la RDC

Cette Journée de la Justice Internationale signifie aussi beaucoup pour le peuple congolais, rapporte Mukwege.

« Depuis le début des années 90, la République démocratique du Congo (RDC), est en proie à des conflits régionaux et internes et à des cycles de violence qui ont causé des millions de morts et de personnes déplacées, ainsi que des centaines de milliers de cas de viols. Ces atrocités de masse ont pour la plupart été commises dans un climat d’impunité généralisé : la justice a été sacrifiée sur l’autel de la paix par des accords politiques à court terme est aujourd’hui, le peuple congolais n’a ni la paix ni la justice. », a-t-il fait savoir.

Il y a exactement 10 ans, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme a publié le rapport Mapping qui documente les violations les plus graves des droits humains et du droit international humanitaire commises sur le territoire de la République démocratique du Congo (RDC) entre mars 1993 et juin 2003.

Ce rapport a dressé un inventaire de 617 crimes de guerre et crimes d’humanité.

Si elles sont portées devant une juridiction compétente, certaines des atrocités documentées dans le rapport Mapping pourraient être constitutives du crime de génocide.

« À ce jour, aucune des recommandations contenues dans ce rapport n’a été mise en œuvre. Comme la CPI n’est compétente que pour les crimes commis après juillet 2002 et compte tenu de la dimension régionale du conflit en RDC, où diverses armées étrangères et groupes rebelles sont intervenus et doivent aussi rendre des comptes, nous profitons de cette Journée de la Justice Internationale pour exhorter les autorités congolaises et la communauté internationale à créer un Tribunal pénal international pour la RDC et/ou de chambres spécialisées mixtes, compétents du début des années 90 jusqu’à aujourd’hui. »

« Nous appelons également de nos vœux à soutenir la mise en place de mécanismes de recherche de la vérité, de programmes de réparation ainsi que des réformes profondes des secteurs de la sécurité et de la justice en RDC.
Le temps est venu de déterrer le rapport Mapping et de mettre en œuvre ses recommandations car les victimes d’hier et d’aujourd’hui ont droit à la justice, à la vérité, à la réparation et à des garanties de non-répétition face à ces atrocités de masse qui ne devraient laisser personne indifférent et qui doivent susciter des actions fortes tant des autorités congolaises que de la communauté internationale. » lit-on dans sa déclaration.

En rappel, le 17 juillet 1998, le Statut de Rome portant création de la Cour pénale internationale (CPI) a codifié le viol et les autres actes de violences sexuelles comme faisant partie des crimes internationaux les plus graves qui touchent l’ensemble de la communauté internationale.

Serge Sindani

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