Les non-dits de Félix Tshisekedi à l’AIPAC [Tribune]

FE AIPAC

Le président de la République démocratique du Congo Félix Tshisekedi a prononcé des mots à l’endroit du peuple juif que le peuple congolais n’est pas accoutumé d’entendre de la bouche de ses dirigeants. Là où feu Maréchal Mobutu a exprimé tout son mépris à l’endroit d’Israël, les Kabila se sont illustrés par un silence qui n’a ni arrangé ni empiré la situation héritée de son prédécesseur. Les quelques collaborations qu’il a initiées avec les juifs dans le cadre par exemple du projet DAIPN, étaient bien impuissantes pour restaurer la relation brisée officiellement entre la RDC, Zaïre de l’époque, et Israël à la tribune de l’ONU en 1974.

Naturellement, cet autre son de cloche de Tshisekedi sur cette histoire ne pouvait passer inaperçu dans l’opinion publique. Cependant, les échanges autour de cette nouvelle position de la RDC vis-à-vis d’Israël tournent plus autour des mots entendus, sans vraiment toucher le sens profond que les phrases, paragraphes prononcés ont véhiculé devant la communauté juive aux États-Unis. Les implications de cet acte posé par le président de la République passent à leur tour sous silence ou sont tirés du côté négatif, selon que cela arrange son camp politique.

Là où tout a commencé

En 1990, je fréquentais régulièrement le Grand Rabbin du Congo, monsieur Lévy Moise. Il m’a dit que les juifs ont quitté le Nord de l’Afrique en charriots pour rejoindre le Zaïre (RDC). Ils ont sillonné des villages reculés pour vendre des produits manufacturés et acheter auprès des paysans les récoltes de leurs champs. Un commerce normal qui, des années durant, a contribué à créer la classe moyenne congolaise, pivot de l’économie et de la stabilité financière.

Là où tout s’est arrêté

En un jour, la convivialité entre congolais et juifs s’est plongée dans la deshamonie par la volonté d’un homme. Dans son discours à la fois spectaculaire et historique, Mobutu a rompu les relations diplomatiques avec « l’ami Israël », en soutien à « l’Égypte frère », avec en prime, les applaudissements de l’audience qu’il a réussieà conquérir grâce à ses talents d’orateur.

Comme si cela ne suffisait, la zairianisation qui concernait tous les étrangers a assombri les relations israélo-congolaises. Monsieur Granat, propriétaire du bâtiment de l’actuel gouvernorat du haut Katanga, jadis appelé bâtiment Granat, est entré en RDC en 1904 à pied. Il a pu créer un empire économique et était obligé par la suite d’en répartir avec 40 kilos de bagages endéans les 48 heures.

Les conséquences du divorce

La même année, 1990, Christian Bernard, légat suprême d’un ordre traditionnel prestigieux déclarait sur les antennes de La voix du Zaïre, l’actuelle RTNC, qu’il ne voyait pas de la lumière briller sur la RDC (Zaïre) pendant des nombreuses années. Au fait, le conseil que me prodiguait le Grand Rabbin du Congo était que, si je voulais sauver ma petite famille, il me fallait émigrer de la RDC puisqu’une épaisse obscurité y planerait pendant plusieurs années. Raison pour laquelle eux juifs quittaient déjà le pays depuis un temps et il n’en restait que 7 à Lubumbashi pour liquider leurs biens et ceux de la communauté.

J’avais 30 ans. Il y a eu le massacre des étudiants et celui des chrétiens, des tueries et enlèvements liés à la conférence nationale souveraine, des pillages et des réformes monétaires bidons, des refoulements de kasaiens dans leur propre pays, la première guerre de l’est et l’assassinat de L.D Kabila, la deuxième guerre de l’est et… le génocide qui ne dit son nom, les massacres interminables pour arracher quelques balbutiements de la démocratie.

Et la nuit s’est étendue sur le pays ! La descente aux enfers : la Gécamines pourtant nationalisée par Mobutu est depiécée comme un butin de guerre entre les vainqueurs de la guerre de l’Est. La Miba a carrément fermé ses portes. Le portefeuille de l’État est simplement bradé entre les fils du pays et leurs complices extérieurs. Et cela durant de décennies. Décennies de la traversée du désert pour la RDC.

Là où tout va reprendre

C’est lorsque que j’ai écouté, lu et relu le discours de Félix Tshisekedi devant l’AIPAC que je me suis remémoré de mes entretiens d’il y a 30 ans, avec Lévy Moïse, le Grand Rabbin du Congo. Ils étaient 3 mille en 1960, les juifs qui habitaient le Congo. Un peu plus peut-être dans les années 70, alors qu’intervenait la zairiannisation. Des milliers en Israël et à travers le monde lorsque Mobutu maudissait Israël du haut de la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU en 1974. Des milliers qui ont demandé l’intervention divine dans cette offensive que le Zaïre a déclenché contre eux à travers l’Égypte. Au moins 3000 qui ont prononcé des malédictions sur la RDC dans chacune de leurs prières puisque ses dirigeants les ont dépouillés injustement et son peuple s’est partagé ses biens comme des rapaces. Nous avons tous porté le poids de cette malédiction d’une façon ou d’une autre.

Lorsque le nouveau président Félix Tshisekedi bénit Israël et son peuple, c’est à Canossa qu’il se rend publiquement et humblement exprimer un mea culpa, mea maxima culpa, au nom du peuple congolais pour ouvrir les portes du pardon et de la réconciliation, la restauration de ce lien coupé publiquement par l’orgueil et l’autosuffisance de ses prédécesseurs qui se sont surestimés.

Félix Tshisekedi a fait une métanoia au sens biblique. C’est-à-dire une repentance. Une sorte d’harmonisation cosmique dans le concert des nations et dans l’univers.

Les palestiniens eux-mêmes ne seraient pas offusqués que Félix proclame tout haut qu’Israël est la boussole du monde, l’horloge des mondes. Car Dieu lui-même affirme dans le Coran utilisé par les palestiniens, l’excellence des israélites sur les mondes : Sourate 2, verset 47.

Nous avons vite vu le côté sécuritaire du Mossad mais ce que l’on n’a pas dit ou voulu dire, est que Félix Tshisekedi a exorcisé la terre du Congo et son peuple d’une charge karmique négative, Avec espoir que la lumière luise à nouveau sur ce pays au cœur de l’Afrique.

Ibrahim Sheji, philosophe herméneuticien