Félix Tshisekedi était sous pression à l’issue de sa visite en Russie les 16 et 17 octobre dernier. Malgré le succès diplomatique lié à sa participation au premier sommet Russie-Afrique de Sotchi aux côtés de 42 autres dirigeants et plus de 3000 leaders mondiaux, le Chef de l’Etat congolais n’avait pas ramené grand-chose au pays. Aussi, très vite, la signature d’un accord de réhabilitation des chemins de fers congolais par les russes étaient la moisson idéale pour parader à Kinshasa, où les voyages du président congolais sont systématiquement dénoncés et jugés inutiles.

Rapidement, la Présidence et plusieurs personnalités congolaises annoncent le 25 octobre 2019, la signature d’un accord avec la Société russe des chemins de fer RJD“Le 23 octobre, un protocole d’accord sur la coopération a été signé dans le cadre du forum économique Russie-Afrique à Sotchi entre le premier adjoint au PDG de la Société russe des chemins de fer, Alexandre Micharine, et le ministre des Transports et des Communications de la RDC Didier Mazengu Mukanzu”, a indiqué même la partie russe dans un communiqué publié sur son site.

L’accord, explique-t-on, porte notamment sur “la modernisation et la construction de lignes ferroviaires en République démocratique du Congo et (le développement de) projets en matière de logistique ferroviaire, de transport de marchandises et de voyageurs, ainsi que dans la formation de personnels congolais dans des universités russes spécialisées”.

 Sur son compte Twitter, le ministre Mazengu bombe le torse.  « Le Tandem FATSHI-Didier MAZENGA MUKANZU Ramène 500 millions USD pour construire, réhabiliter rapidement et former en Russie, les personnels de la SNCC et SCTP dans le domaine ferroviaire », publie-t-il. Il se fait relayer par Kasongo Mwema, porte-parole du président Tshisekedi dans le même enthousiasme : « Le gouvernement a signé un mémorandum d’entente avec la Société Russell des chemins de fer. Ce protocole vise la réhabilitation, construction des voies, formation et l’installation d’une usine de montage de locomotives en RDC. Montant: 500 millions $. Une délégation russe sera à Kin, le 10/11/19 ».

Cependant, les publications des officiels mettent en lumière la présence d’un personnage autour de cet accord. Sur les photos publiées sur Twitter, la signature de ce mémorandum se fait aux côtés de Konstantin Malofeev. Au même moment, des médias russes annoncent que le gouvernement de RDC a conclu des accords avec l’Agence internationale pour le développement souverain (ISDA), fondée par cet homme d’affaires russe, très proche de Vladimir Poutine. Néanmoins, ce dernier est accusé par les Etats-Unis d’avoir financé les séparatistes prorusses en Ukraine et est visé pour cette raison par des sanctions américaines et de l’UE.

Konstantin Malofeev à Saint-Pétersbourg le 7 juin 2019 (AFP – ILIYA PITALEV / SPUTNIK)

Rapidement, Tshisekedi opère un retropédalage. “Contrairement à ce qui aurait pu être lu dans la presse, la République Démocratique du Congo n’a pas donné mandat à M. Constantin Malofeev de lever des fonds en son nom, ni fait aucune autre sorte de transaction avec M. Constantin Malofeev”, peut-on lire sur le compte Twitter de la présidence congolaise ce 22 novembre 2019.

Quelques jours auparavant, les Etats-Unis ont annoncé un soutien en faveur de la RDC pour appuyer l’éducation, la croissance économique, la santé, la lutte contre la corruption et à la bonne gouvernance, la protection de l’environnement et à l’aide humanitaire.  Pépin-Guillaume Manjolo Buakila, ministre d’Etat, ministre de la Coopération internationale, de l’intégration régionale et de la francophonie et Paul Sabatine, directeur de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) en RDC, ont signé le jeudi 21 novembre un accord pour l’octroi de 600 millions supplémentaires d’aide au développement des Etats-Unis à la RDC d’ici 2022.

Le message étant un peu plus clair : les USA ne compte pas laisser la Russie s’implanter en RDC. Cependant, l’épisode met également en lumière les faibles capacités des équipes Tshisekedi à s’informer au préalable sur l’identité de leurs interlocuteurs. Par ailleurs, si ce projet de chemins de fer volait en éclat, à la suite de la présence de Malofeev, Tshisekedi n’aurait rien ramené de la Russie.

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