Une mine de coltan dans l’agglomération de Rubaya. Photo: Alain Wandimoyi

Au sud de la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu se situe le territoire de Masisi, grenier de cette province de l’est de la République Démocratique du Congo. Cette région aux mille collines est considérée comme la zone nourricière du Nord-Kivu, vue la fertilité de ses sols, permettant aux plantes (cultures) de croître pour nourrir la population et les milliers de bovins dont regorge ce territoire.

Climat tempéré, la région de Masisi connaît la pluie toute l’année. Cette fréquence de pluies, accompagnée du non-entretien de routes en terres battues privent cette contrée d’accessibilité par véhicules. Les motocyclettes constituent un de principaux moyens d’accès à cette unique région de la RDC où les artisanaux et les industriels exploitent le colombo tantale (Coltan), un de minerais les plus sollicités par les usines.

L’instabilité de la République Démocratique du Congo durant les 20 dernières années a également été à la base de la floraison de groupes armés dans cette entité de Masisi. L’exploitation de ressources naturelles et les conflits inter-ethniques constituent une des principales motivations de l’entretien de milices par les leaders locaux et les politiques.

Vue d’une mine artisanale dans la région de Bisie. Photo: Alain Wandimoyi

Mines et fermes sous-exploitées

Les rivières de Masisi sont un réservoir de minerais. À Osso, les femmes et les enfants tremblant de froid se réveillent, pèles, pioches et tamis en mains pour aller puiser du Manganèse dans des ruisseaux.

À Mushake, zone connue pour sa verdure, produisant du bon pâturages, les fermes isolées colorent la nature par de dizaines de têtes bovines sur des espaces aménagés pour héberger une centaine de bêtes.

“Les touristes ne viennent pas faire l’équitation de chevaux craignant de se faire kidnapper par les jeunes de la contrée, qui au lieu d’exploiter la terre fertile se sont procurés des armes pour braquer les voyageurs sur la route la plus impraticable de la région. L’état piteux de la route décourage également les habitants de plus grandes villes de la région à prendre Masisi pour leur destination de week-end ou de vacances” explique un berger croisé dans une ferme spécialisée dans l’élevage de chevaux.

“Des centaines de tonnes de lait produites par les vaches laitières de la ferme de Lushebere n’arrivent pas à être évacuées vers les centres urbains, qui en sont champions en consommation, afin de faire de Masisi le territoire nourricier de l’est de la RDC.”

Des creuseurs artisanaux vus dans une mine dans l’agglomération de Rubaya. Photo: Alain Wandimoyi

Les agents de l’Etat entretiennent la contrebande minière

Masisi, c’est également la contrebande des minerais. Cette activité illicite m’embarque guère les miliciens. Des officiers de l’armée Congolaise et de services de renseignements sont impliqués dans la fraude minière.

“Des tonnes de cassitérite, du coltan, du tungstène, de tourmaline, de Manganèse,… quittent les localités de Rubaya, Ngungu, Bihambwe, Katale, Kashebere pour le marché mondial sans payer aucune taxe légale. Des agents commis aux barrières routières se distinguent dans la tracasserie de passagers à la place de se démarquer dans la lutte pour la traçabilité de ces minerais précieux, qui une fois utilisés à bon escient, contribueraient à redonner de l’espoir à ce géant meurtri par la guerre il y a de cela vingt ans passés” chucote un agent de renseignements, stylo-plume entre les dents, enregistrant dans son livret les données de journalistes étrangers venus réaliser un reportage sur un conflit d’exploitation minière entre les artisanaux et les entrepreneurs industriels, qui tentent de conquérir la Suisse Congolaise.

Fiston Mahamba/POLITICO.CD