Une matinée de tristesse, une matinée de pagaille. Le Soleil n’ose se lever. Ce samedi, le samedi de ce jour, est un samedi de choc. Le vent du fleuve, tel un Caïn, terrasse toute la nation. La douleur profonde flirte étrangement avec un sentiment de fierté, de soulage. La perte reste immense, mais comment pleurer ?

Il est allongé, par terre,  comme un verré cassé, brisé en mille morceaux. Il a rendu l’âme, nous laissant impuissants : incapables de le guérir, ni de profiter de ces derniers instants autour de son lit d’hôpital.  Le poète s’est cassé.  Le cœur n’étant jamais artificiel, il a cédé. L’immense verre de la culture congolaise s’est brisé. Impossible à réparer. Impossible à remplacer. Telles les eaux du majestueux fleuve Congo qui ne stagnent jamais, lui s’en est allé du haut de sa grandeur. Une profondeur nous sépare de lui désormais.

Il part sans faire signe. Comme ce bateau qui disparaît dans le brouillard, nous laissant sur le quai, regrettant de l’avoir si mal aimé : aussi vrai que les hommes ont seulement besoin de la lumière que quand il fait noir, que le soleil ne leur manque que quand il commence à neiger, nous savons aujourd’hui que nous t’aimions qu’en ce moment unique où nous sommes appelés à te perdre, à te laisser partir !

Vas-y Poète, ne nous oublie jamais. Fais-nous au moins signe de l’au-delà. Comme le disait ton petit frère Lokua Kanza, tu es désormais de l’eau de l’au-delà. Fortifie nous avec ton savoir et tes œuvres que nous chérirons désormais et dont nous prendrons dès ce jour soin : tels des morceaux d’un verre cassé, ils resteront à jamais les pièces détachées d’un monument glorieux que nous avons tous eu l’honneur de rencontrer durant ce passage éphémère sur terre.

Le Congo te pleure, le Congo est choqué. Ce pays perd ses lumières. L’une s’est éteinte quand le Grand Kalle est parti, les autres quand il a fallu laisser partir Franco, Pepe Kalle, ton petit Madilu ou encore ton frère Rochereau. Pas plus tard qu’hier, il faisait un peu plus noir quand cette nation perdait tes disciples, les Grands King Kester et Papa Wemba. Aujourd’hui, avec son fleuve que tu as tant chanté, ce pays que tu as tant servi ose faire la promesse de ne jamais t’oublier. Toi et les autres lumières jamais éteintes.

Litsani Choukran,
Le Fondé.