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Jean-Jacques Wondo : « L’Angola risque d’être le faiseur du futur roi congolais »

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wondo« Les Grandes Idées », c’est une tribune accordée aux intelligences congolaises pour apporter un regard prospectif sur les grands enjeux politiques de la RDC et de l’Afrique médiane. Jean-Jacques Wondo ouvre cette rubrique avec une tribune tout aussi profonde que riche en enseignement. Wondo est un scientifique de terrain dont l’oeuvre touche la sécurité, la diplomatie et la politique dans sa globalité. Ce regard prospectif sur le futur Angola et les conséquences sur la RDC est présenté en trois temps sur politico.cd. Sur cette 3e partie, JJ Wondo y va toujours avec maestria, mais avec un langage étonnamment accessible. Alors politiquons!

Allié stratégique des régimes Kabila depuis la chute de Mobutu, avant de prendre définitivement congé de la vie politique active, Dos Santos devra probablement arbitrer la fin du mandat de Kabila. Il n’est pas aussi exclu que son retrait de la vie politique en 2018 ait été décidé en concertation avec les puissances tutélaires de la région de l’Afrique centrale, pour éviter notamment que plusieurs crises secouent simultanément la région ou pour lui permettre de gérer la future probable crise des deux Congo.

En effet, la politique extérieure angolaise est éminemment tributaire du complexe de sécurité sous régional et de ses évolutions ultérieures[1]. La fin de la Guerre froide et le rétablissement progressif de la paix en Angola, à partir de 2002, ont positivement contribué au développement d’une politique régionale et multilatérale active. L’intégration de l’Angola à l’Afrique centrale et australe, du fait de double appartenance à la CEEAC et à la SADC, correspond, dans le champ des relations internationales, à la volonté de mobiliser les « facteurs organisationnels de la puissance» ; cette notion renvoie à la capacité d’un État à s’imposer comme un acteur important des relations internationales et à influencer les institutions politiques. Bien que l’Angola entretienne des relations cordiales avec l’ensemble des pays de la sous-région, on observe, depuis la défaite militaire de l’UNITA en 2002, et à mesure que la situation sécuritaire interne de l’Angola se stabilise, des velléités d’une politique internationale et sécuritaire ambitieuse, parfois ambiguë et agressive dans son environnement géographique immédiat ou au-delà. Au risque d’installer l’Angola dans le rôle de puissance militaire à la fois tutélaire et encombrante pour ses voisins et partenaires, dont les deux Congo[2].

On se rappelle qu’entre 2007 et 2012, les troupes angolaises avaient occupé des villages congolais dans la province du Bas-Congo et dans le territoire de Kahemba et ses environs, dans la province du Bandundu. Le drapeau angolais y avait été hissé, sur fond de contestation du tracé frontalier. Le territoire de Kahemba dispose de cours d’eau dont les alluvions sont particulièrement riches en diamants[3].

Par ailleurs, le 13 octobre 2013, un bataillon de militaires angolais – environ 500 hommes accompagnés d’engins blindés – en provenance de l’enclave de Cabinda, avait occupé cinq localités du Congo- Brazzaville, avant de se retirer après une négociation entre les autorités des deux pays

Plusieurs signaux indiquent que les relations entre l’Angola et le régime de Kabila ne sont pas au beau fixe ces derniers mois. A en croire Africa Energy Intelligence, « Joseph Kabila hausse enfin le ton face à Luanda sur la ZIC (zone pétrolière d’intérêts communs) en écartant de son dispositif pétrolier tous les fonctionnaires jugés proches de l’Angola. D’autres décisions lourdes de conséquences montrent qu’une tentative de rééquilibrage des relations bilatérales entre les deux pays est en cours. En cause, selon des sources proches de l’ANR (service de renseignement civil congolais), des informations faisant état du rapprochement entre Katumbi – G7 et l’Angola par l’entremise de l’amitié entre Olivier Kamitatu et Sindika Dokolo le mari d’Isabel Dos Santos[4] dont l’accession probable au pouvoir en 2017 pourrait dicter la posture actuelle de Dos Santos en faveur des alliés de sa dauphine.

wondoLorsqu’on sait que l’’Angola, dont l’armée avait sauvé le régime de Laurent-Désiré Kabila menacé dans le Bas-Congo par les armées rwandaise et ougandaise et qui a assuré la sécurité de Kabila lors de son accession au pouvoir en 2001 et lors de l’affrontement contre les éléments de la protection militaire de Jean-Pierre Bemba en mars 2007, en plus de la formation des unités d’élite de l’armée (l’ex-GSSP devenue garde républicaine) et l’ex-PIR (Police de réaction rapide), cela laisse croire que Dos Santos aura sans doute son mot à dire dans les mois à venir en RDC et même dans le Congo de Sassou avant de tirer sa révérence politiqye. D’autant que le cercle militaire actuel de Joseph Kabila est composé de généraux Jean-Claude Yav (Chef des renseignements militaires) et ses frères Philémon Yav (commandant de la 22ème région militaire) et le colonel Klein Yav Nawej (actuel commandant de la base stratégique GR de Kibomango, mais en formation de technicien d’état-major au Caire en Egypte à l’Ecole de commandement d’état-major) et d’autres anciens gendarmes katangais et leurs descendants exilés en Angola où ils maintiennent encore d’excellents des contacts avec leurs ex-mentors.

Conclusion : Le pays court-il le risque de devenir l’ombre des démons de son passé ?

Une chose est certaine, le retrait de José Eduardo Dos Santos devrait remodeler le paysage politique angolais dans un sens dont le maitre de Luanda en détient seul le secret. Cependant, cela ne suffira sans doute pas à donner des garanties que cette transition se déroulera de manière à assurer la stabilité actuelle imposée par Santos depuis 15 ans. Ce, d’autant que les démons du passé, couplés avec les velléités d’insurrection populaire étouffée depuis bientôt cinq ans par le régime, peuvent resurgir comme un effet de boomerang. Par ailleurs, la crise économique qui laisse de plus en plus d’angolais sur la rue pourrait être un ingrédient de trop du cocktail détonant qui présente le risque de précipiter cet eldorado en perte de vitesse vers la descente aux enfers et qui peut à tout moment s’écrouler comme un château de cartes en ramenant le pays à la situation de la période chaotique qui a suivi l’indépendance du pays et l’a condamné à une guerre civile très sanglante de 27 ans.

[1] En géopolitique ou en relations internationales, la notion de complexe régional de sécurité, forgée par Barry Buzan, dans son ouvrage, People, States and Fear, « considère la région comme une entité territorialement cohérente, composée de groupes d’États partageant des frontières communes ». Les interactions sécuritaires, au sein des unités régionales, « peuvent être soit conflictuelles, à travers la sécuritisation, c’est-à-dire la représentation de menaces existentielles donnant lieu à des politiques de défense ou d’hostilité, militaires ou non ; soit coopératives, à travers la construction de communautés de sécurité et de politiques communes de ‘désécuritisation’, grâce à une normalisation des rapports ». Sihem Djebbi, « Les complexes régionaux de sécurité » – Fiche de l’Irsem n° 5, mai 2010.

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[2] Luntumbue & Wondo, op. cit.

[3] Luntumbue & Wondo, op. cit.

[4] See more at: http://desc-wondo.org/fr/rdc-larmee-et-la-garde-republicaine-sur-le-point-de-se-mutiner-jj-wondo/#sthash.hKXunV8i.dpuf.

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