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Moïse Katumbi : « Le 16 février, les Congolais ont dit “non” au pouvoir »

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Il a passé presque dix ans dans la majorité avant de démissionner avec pertes et fracas du parti présidentiel. Moïse Katumbi, riche homme d’affaires et ancien gouverneur du Katanga, dénonce aujourd’hui un régime qui bride la liberté d’expression et prend ses distances avec la Constitution de la République démocratique du Congo (RDC).

Vous avez récemment été percuté par un minibus. Votre avion privé ne peut plus décoller ni atterrir en RDC. La radiotélévision Nyota, réputée proche de vos idées, a été privée de diffusion. Avez-vous le sentiment que le pouvoir se crispe ?

On est entré dans le dur, oui. Théoriquement, un ancien gouverneur a droit à une protection policière. Le gouvernement me l’a retiré illégalement. Aujourd’hui, l’Etat de droit est sérieusement bafoué en RDC. Beaucoup de gens sont arrêtés, il y a de plus en plus de prisonniers politiques. L’ancien député Vano Kiboko, par exemple, qui a été condamné à trois ans de prison, ou l’ex-bâtonnier de Lubumbashi, Jean-Claude Muyambo, opposant notoire au régime en place. Récemment encore, neuf jeunes de Lucha [mouvement citoyen basé à Goma] ont été interpellés à Kinshasa alors qu’ils participaient à la journée ville morte organisée par l’opposition. A la commune de la Kenya, le quartier populaire de Lubumbashi, que j’ai visité vendredi matin, les commerçants qui étaient restés fermés le 16 février ont été punis par l’autorité communale avec une amende de 500 dollars [450 euros] et une fermeture administrative d’un mois.

Où sont les libertés individuelles ? Nous ne prenons pas les armes, nous demandons seulement que les élections se tiennent dans les délais prévus et que la Constitution soit respectée. C’est notre droit et le droit de chaque Congolais.

Lire aussi : Plusieurs arrestations lors de la journée « ville morte » en RDC

Comme d’autres figures de l’opposition, vous aviez encouragé la population à prendre part à la journée ville morte du mardi 16 février. Etes-vous satisfait de la mobilisation ?

Ça a été une grande réussite, à Kinshasa notamment. Malgré leurs petits moyens, les Congolais sont restés chez eux. Les mamans ne sont pas parties vendre au marché pour nourrir leurs enfants. On ne se rend peut-être pas compte en Europe ce que ça représente. La population a dit massivement « non » au pouvoir, elle a montré qu’elle souhaitait que le scrutin présidentiel ait lieu dans les temps.

L’Union africaine (UA), les Nations unies, l’Union européenne et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ont publié un communiqué appelant au dialogue pour des élections « dans le cadre de la Constitution ». Elles soutiennent également la médiation engagée par le Togolais Edem Kodjo alors que les principaux partis d’opposition congolais la récusent. Est-ce une victoire pour le pouvoir de Joseph Kabila ?

Non, c’est la victoire du peuple congolais : ce communiqué insiste sur l’organisation des élections « à bonne date », c’est-à-dire en novembre 2016. C’est la priorité absolue et la position de la communauté internationale est claire. Je remercie donc l’UA, l’ONU, l’UE et l’OIF. Nous avons besoin de leur soutien pour renforcer la démocratie et l’Etat de droit en RDC.

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En novembre 2015, le conseil de sécurité de l’ONU a communiqué sur l’importance du respect des délais. L’OIF, elle, a déjà fait un travail sur le fichier électoral qui concluait qu’il était possible de fiabiliser le fichier électoral « dans un délai ne dépassant pas trois mois ». L’organisation des élections pour novembre est donc possible. Il faut savoir lire les signes du temps et entendre la voix du peuple. Certains le voient, d’autres pas.

Lire aussi : « La démocratisation ne se fait pas au même rythme en Afrique, mais elle ne recule pas »

Vous n’êtes toujours pas candidat à la présidentielle. Avez-vous l’intention de créer votre propre formation politique ou de rallier un parti déjà existant, comme le G7 ?

J’ai de très bonnes relations avec l’ensemble de l’opposition : Vital Kamerhe [le président de l’Union pour la nation congolaise], avec la Dynamique de l’opposition, le G7 [les sept partis frondeurs de la majorité], le MLC [Mouvement pour la libération du Congo], l’UDPS [Union pour la démocratie et le progrès social] aussi. Nous sommes tous dans le Front citoyen 2016, nous sommes unis. Le plus important aujourd’hui, la seule priorité, c’est la nécessité d’avoir un calendrier électoral respectant les délais constitutionnels. J’ai évoqué l’idée d’un candidat de l’opposition qui émergerait par consensus ou par une primaire. Nous devons tous servir la nation congolaise et son intérêt.

Vous avez travaillé plusieurs années aux côtés du président Kabila et avez même contribué à le faire élire en lui amenant les voix du Katanga. Qu’est-ce qui a changé ?

Avec Kabila, nous étions dans la même famille politique, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), mais je me suis battu en interne, dans mon ancien parti, pour que la Constitution ne soit pas changée. J’ai dit, dès 2010, qu’il faudrait savoir quitter le pouvoir. J’ai toujours défendu l’idée d’une alternance. Ce serait la première fois dans notre pays qu’un président passe la main et ce serait une très grande joie, la preuve d’une certaine maturité politique. Cela permettrait aussi de redonner confiance aux investisseurs et à la communauté internationale.

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Avant de vous lancer en politique, vous étiez un entrepreneur à succès. Vous avez fait fortune dans la sous-traitance minière. Pourquoi n’êtes-vous pas retourné aux affaires après votre démission du PPRD et de votre poste de gouverneur ?

J’ai été le député le mieux élu en 2006. J’avais de grandes responsabilités. En tant que gouverneur, j’ai travaillé pour avoir un bilan et nous sommes parvenus à faire changer les choses. Après ma démission, j’avais dit que je prendrai un temps pour réfléchir mais que je continuerai à aider mon pays. Or nous traversons une période très cruciale. Je voudrais que la première alternance soit respectée dans les délais constitutionnels.

Côté business, ma famille a vendu la compagnie au groupe français Necotrans. Si jamais je décidais de retourner aux affaires, je le dirai. Pour le moment, mon rôle est en politique dans cette période cruciale et à la tête de mon équipe de football [Moïse Katumbi préside le Tout-Puissant Mazembe, le principal club de RDC].

Votre participation à la conférence sur la sécurité de Munich, aux côtés du secrétaire d’Etat américain John Kerry, de Manuel Valls et de Dmitri Medvedev, a été très remarquée…

J’ai été invité en tant qu’ancien gouverneur du Katanga. Quand j’étais à la tête de la province, je me suis souvent rendu en Europe pour négocier des aides pour la province. Je continue à venirvoir des amis. La communauté internationale a un rôle à jouer dans la pression à exercer, mais les élections ne se font ni en Europe, ni aux Etats-Unis. Ce sont les Congolais qui voteront et décideront.

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