Nul n’aurait imaginé une telle issue. Le 30 décembre, lorsque les Congolais ont été appelés à voter, sous la pluie, dans une désorganisation totale, il était clair que l’issue de ces élections allait être redoutée. Mais le Congo ayant le secret de l’improvisation, le 24 janvier 2019, Félix Tshisekedi prête serment et succède à Joseph Kabila. Les rues du pays, partagées, entre celui qui serait le vrai victorieux, Martin Fayulu, et la victoire du digne fils du leader de l’opposition, accepte finalement les faits.

Une majorité FCC contestable

Mais Joseph Kabila, au pouvoir depuis 18 ans, qui cristallise toute la colère au Congo, garde étrangement une parcelle du pouvoir. Nul ne saura l’expliquer. Emmanuel Ramazani Shadary, le candidat du Front Commun pour le Congo (FCC), a fait un score stalinien à l’envers au niveau de la Présidentielle. Mais étrangement, Néhémie Mwilanya, l’éminence grise du FCC, sabre le champagne au niveau des législatives. Comment, ces Congolais en colère, ont-ils pu tant voté l’opposition à la Présidentielle et oublier de la voter aux Législatives ? Aucune réponse réelle ne viendra justifier la majorité absolue des Kabilistes au Parlement. Toujours est-il que le nouveau président, Félix Tshisekedi, doit composer.

A Limete, au soir même de l’annonce de sa victoire, le fils Tshisekedi est transformé. Kabila n’est plus un dictateur. Il appelle soudain à lui rendre hommages, devant Limete, qui reste hébétée par ce revirement. Mais la victoire sent le sucre. Il faut la sucer. Kabila ne serait qu’un détail. Vite, Kabund apprend l’équitation chez Ghonda dans le Bas-Zaïre, autour des discussions sur le partage des postes. La nouvelle coalition « cohabitationnelle » voit jour, avec son lot d’incohérences.  Félix Tshisekedi, combattant dans l’âme, appelle d’un côté à « déboulonner un système dictatorial », avant de chercher plutôt à « oublier le passé ». Dans cette dualité qui tourmente le cœur profond du Chef de l’Etat, il est surtout question d’un refus de cadrer dans le rôle présumé de « pantin » qui lui a été concocté par Kingakati. Et Tshisekedi, fils de son père, n’en sera jamais. Durant 10 mois, les Kabilistes découvrent un homme coriace, qui sort de tous leurs calculs. 

Le peuple ne veut pas des Kabilistes

Pendant ce temps, dans les rues du pays, les inconditionnels d’Etienne Tshisekedi n’oublient pas les repressions, ni les Gaz Lacrymogène. Ils n’oublient pas Rossy Mukendi, ni Thérèse Kapangala, encore moins des milliers d’autres anonymes qui sont tombés, dans une lutte farouche contre les Kabilistes. Et si Joseph Kabila semble de plus en plus conciliant avec le nouveau Président, ses cadres ont la mémoire courte. Emmanuel Shadary, qui venait pourtant de perdre une élection Présidentielle, reste à la tête d’une meute aussi arrogante qu’étrangement à l’aise de garder le pouvoir, cachée pourtant sous les aisselles de l’UDPS.   

Résultat des courses, la RDC s’énerve. A Kindu, à Bukavu, à Goma, et même à Butembo, le ventre profond du Congo ne supporte plus le partage du pouvoir imposé à Félix Tshisekedi. A Kolwezi, à Kasumbalesa, ces populations qui ont finalement appris à aimer Félix Tshisekedi, sont prêtes à en découdre. Dans les rues, une ruée est lancée. Joseph Kabila, ou du moins ses effigies, agacent. L’intolérance s’installe. A Limete, Fils Mukoko dirige une meute en colère qui veulent faire un raid à Kingakati. Le pays, dans une paix apparente, bouillonne, secouée par cette crise silencieuse.

« Vaut mieux être seul que mal accompagné », dit-on. La volonté de coalition de Félix Tshisekedi et Joseph Kabila ne suffira pas. Autour du FCC et même de l’UDPS, il existe également d’éléments sulfureux qui ne contribuent pas à la réussite d’une telle coalition, déjà impossible. La montage accouche finalement d’une souris. Près d’an après une alternance tant attendue, le Congo ne voit toujours pas de changement. Les mêmes méthodes reviennent. Quand il n’est pas à la base de la bourde, Tshisekedi doit rattraper ses alliés dans les faits. Mais il sera difficile de déceler les vrais coupables, toujours cachés au sein de la coalition.

Dès lors, puis qu’un mariage est impossible, basé sur un mensonge visible aux législatives, le divorce s’impose. Les querelles l’emportant sur la gouvernance, le Congo n’ayant plus de temps à laisser filer, Félix Tshisekedi étant seul à être jugé devant l’histoire, l’Article 148 de la Constitution donne droit au Président, après « Consultation » d’autres dirigeants, de dissoudre l’Assemblée nationale. Ceci mettra fin à une majorité absolue tirée d’une machine à voter contestée. Des nouvelles législatives nous permettront de voir réellement ce que veut le peuple Congolais. D’autant plus que Shadary semble être prêt pour des élections. Il faudra toutefois veiller à ce que Corneille Nangaa ne revienne plus y opérer son tour de magie à la Hudini. Mais à ce jour, c’est la seule issue pour sauver le pays.

Litsani Choukran, le Fondé.

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