« Je comprends maintenant pourquoi ils m’ont empêché de venir ici », s’est exclamé l’opposant congolais dès sa prise de parole ce samedi devant une foule en euphorie à Goma. Si Moïse n’a pas vu Canaan, Katumbi a fini par arriver dans la capitale du Nord-Kivu, après trois tentatives avortées, prolongeant son duel avec Kabila. Ce samedi, il a choisi la manière pour faire sa démonstration de force.

Il était 14h passées quand le jet privé de l’ancien gouverneur du Katanga a foulé sol de Goma. Dehors, autour de l’aéroport, une foule impatiente attend. Elle a bravé la pluie qui s’est éternisée toute la matinée. Quand il sort de l’aéroport, niché sur le toit d’un 4×4, Katumbi décide finalement de descendre, de faire le pied, de parader victorieusement sous un soleil qui jallit soudain.

Démonstration de force

Une longue colonne envahie toute à coup Goma. La circulation est bouchée. Juste derrière une ceinture humaine de militants, un homme vêtu en Jeans bleu, coiffé de son traditionnel chapeau de cowboy. Souriant comme un bébé, Moïse Katumbi s’aventure pourtant loin de ses terres natales du Katanga. Ici à Goma, il n’aura que le Swahili en commun avec cette population souvent méfiante.

Mais la foule a choisi son héros du jour. Et il faudra deux heures pour tailler les moins de 10km qui séparent l’aéroport au Terrain Afya. Ici,  il est entouré, tel un centre du monde. Et la foule attend. Elle observe d’abord une minute de silence la mémoire des héros de la lutte pour l’alternance, dont un certain Luc Nkulula, gamain du coin.

Et Katumbi se lança.

Charismatique, mais il aura eu besoin de trouver des mots justes pour émouvoir la foule. D’abord il se positionne. Dans une guerre silencieuse qui veut qu’il soit victime des attaques de ses propres frères de la coalition autour de la désignation du Porte-parole institutionnel de l’opposition. « J’ai plus de 60 députés », répète-t-il à la foule, à qui Katumbi rend la monnaie de sa pièce : « C’est grâce à vous que notre pays à connu sa première alternance pacifique. Ce changement, on le doit à vous, vous avez payé cher pour que notre pays atteigne ce résultat », dit-il.

« Ils ont dit que j’avais peur de venir ici, croyez-vous que j’ai peur », non vocifère Goma. La conversation durera. Emballée, la population envoie toute à coup deux émissaires sur la tribune. « Nous avons appris que vous êtes sur le point de vous réconcilier avec Kabila, nous sommes contre ça », explique une dame au micro. Une autre réprend : « On nous a promis la gratuité, mais nos enfants ne vont pas à l’école. Les professeurs n’enseignent plus », ajoute une autre.  Les doléances pleuvent devant Katumbi, tel un père face à ses enfants.

C’est donc lui, Katumbi, auprès de qui la population de Goma à choisi de confier. Face à un pouvoir qui a du vent en poupe, l’opposition devrait être incarné par cet homme qui se décrit comme le seul capable de faire face à la corruption. « Jamais je ne trahirai mon peuple. Je me battrai toujours pouvoir », promet-il.

A l’approche de la désignation du leader de l’opposition, l’ancien gouverneur s’est fondu au milieu des gomatraciens qui le portent et confirment plus que jamais son épaisseur politique. Sa tournée du Nord-Kivu va continuer, au risque de ne laisser plus aucun doute

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