-Par Marcel Héritier Kapitene, Économiste et analyste indépendant. Militant de la LUCHA

“Nanu natelemi te, balobi naza mokuse”, répliquait Symphorien Mutombo Bakafwa Nsenda à tous qui commentait, et non sans langue de bois, la sortie et le chapelet des bonnes intentions du premier gouvernement Gizenga. L’ironie n’était pas la moindre, mais la désillusion était très vite au rendez-vous ; qu’il fallut aux faiseurs des promesses de revoir les tirs.

Moins de quinze ans après, Félix est sur scène et joue son Kabila de 2006 : promettre, sans relâche. Quitte à plaire ou pas, l’autre fils de son père garantit çà et là, de transformer l’eau en vin ; n’en déplaise à ses détracteurs. Bonnes intentions, certes ; mais l’on ne peut redresse par « a plus b » un monstre moribond de ses politiques et saigné à blanc par ceux qui le tiennent depuis toujours, et qui le tiendront peut-être encore pour plus longtemps.

Il n’y a pas de recette miracle. Ou Tshisekedi l’ignore, ou il essaie de plaire, ou il tente tout simplement de défier – mais aux mots seulement ! – ses prédécesseurs. Fatal.

Essayer de faire croire aux Congolais que la République est aujourd’hui capable de financer l’enseignement primaire de base, c’est une moquerie. La République pourrait avoir les moyens de le faire. Mais la République les mobiliserait difficilement. Et les miettes mobilisées sont l’aubaine des enfants gâtés de la République, les « Hauts Fonctionnaires ». Les vannes sont en sens unique. Tout monte et rien ne descend. Si l’on pouvait un moment arrêter d’insuffler des mesquins espoirs. Ce n’est pas de la magie. Ce ne sera pas de la mauvaise foi.

L’accélérateur dans les mots, dans le faux, dans le beau et dans les pieds, oui, certes. Mais à quel prix ? Avec quel budget ? Quels hommes ? Et pourquoi ? Quelles sont nos urgences ? M’enfin, on y est tombé sans programme. Ou du moins, comme par hasard… Si chaque sortie médiatique doit rimer avec un ou deux « je veux faire… », « je compte faire… », « je promets de… » ; nous fonçons inévitablement droit dans le mur.

Et quand sera venue la désillusion, Joseph Kabila sera le saint, s’il n’est pas en train de le devenir.

MARCEL HERITIER KAPITENE

Peut-être que le Chef mélange tout : le désirable, le probable et la limite du pensable de l’impossible. Peut-être que le Président de la République essaie d’oublier ce que voulaient nombreux d’entre les congolais. Ils n’attendaient pas un Messie. Ils n’attendaient pas un faiseur de miracles. Non, les Congolais ne sont jamais partis demander à la CENI la meilleure version du Père Noël. Ils ne voulaient que d’une alternance au pouvoir, avec espoir que cela changerait quelque chose. Essayer de les challenger par d’autres sacs vides, c’est nourrir la harangue, c’est tout simplement une épée de Damoclès que la Coalition CACH-FCC tend aux plus visibles de l’orchestre. Les promesses débitées deviennent « à réaliser ». Le Congo en a les moyens, mais n’en a pas encore de politique. C’est une question d’hommes et d’intelligences. Il ne s’agit pas de défier le gouvernement des envoyés spéciaux et des « vrais petits » de leurs « vieux ». Le Président de la République n’est pas un magicien, en ce qu’on sache.

Par-dessus tout, si jamais la République s’entêtait, à transformer les pierres en pains, le sacrifice sera énorme. Et en ligne de mire, une inflation inédite, une dette publique exponentielle ou des méthodes des dernières années Mobutu : une imprimerie nationale des billets de banques ; non pas seulement pour financer le train de vie des institutions, mais aussi pour essayer d’apaiser certains des grands guerroyeurs absents de la mangeoire publique, les institutions de la République. On n’y échappera pas : les efforts gouvernementaux seront et sont en train d’être inhibés par les coûts de fonctionnement des institutions. Et les seules promesses ne suffisent pas pour éviter la rage. Si Félix Tshisekedi s’accroche à ses promesses – surréalistes pour nombreuses d’entre elles, avec les chocs extérieurs de plus en plus prévisibles (Cuivre, Cobalt, etc.), il pourra être obligé à : (1) Endetter fortement le pays et nous embarquer dans une spirale infinie de la dette, (2) Recourir à la planche à billets et creuser jusque dans les fions de ce qui reste des débris de l’économie de RDC ou (3) Ne rien faire et accuser les autres (potentiellement ses partenaires du FCC, majoritaires partout, en tout et pour tout) ; à défaut de créer une crise artificielle – laisser faire une bourde sécuritaire au Kivu, au Nord-Katanga ou en Ituri pour essayer de justifier l’inéluctable.

La seule volonté ne suffit pas. L’architecture institutionnelle de la RDC ne donne pas du crédit au régime actuel. Dans tous les cas, qu’on le veuille ou non, la sortie ne sera pas honorable. A qui veut rester prudent ou ne pas se salir les mains, ce n’est peut-être pas le moment d’embarquer. On peut même prédire qu’une crise – si elle n’est pas encore là – fissurerait le CACH (Cap pour le Changement) avant la fin de la législature en cours, et des personnalités comme Vital Kamerhe se retrouveraient hors-jeu.

Avant peut-être le premier remaniement du gouvernement Ilunkamba – il y en aura, puisqu’en dernières minutes, le FCC essaiera de placer ses principaux ailiers pour rafler de quoi financer leurs prochaines campagnes électorales – les plateformes n’auront plus les mêmes configurations qu’aujourd’hui. Les mécontents et les impatients du FCC et du CACH auront peut-être déjà rejoint le camp Katumbi, dont une éventuelle mutation d’Ensemble pour le changement en parti politique ne passera pas sans débat de fond. Le FCC aura déjà absorbé une bonne partie du CACH et de ce qui reste aux camps Bemba, Lukwebo, Katumbi, etc. Les vas-et-viens seront dans tous les sens. Et le peuple dans tout ça ? Non, il n’attendra pas que les promesses se réalisent. Il se sera déjà trouvé plusieurs voies : l’indifférence, l’insouciance, des stériles jérémiades, etc.

Et puisqu’à ce jour rien ne garantit la prochaine tenue des élections locales, certes qu’une territoriale devra s’imposer. Oui, le CACH essaiera de positionner les non encore servis d’entre ses chantres de terrain. Là encore, les empoignades au sein la coalition au pouvoir (FCC-CACH) seront inévitables. Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe n’auront pas encore réussi  à pistonner « tous leurs amis ». L’impatience aura déjà gagné ceux qui attendent des miracles et ceux qui croient religieusement aux promesses du nouveau Boss.

Peut-être, « boko mesana kaka » ne suffira pas.