Il avait un sourire d’enfant. Ce soir là à Limete, sanctuaire du Tshisekedisme, Tryphon Kin-kiey venait d’effectuer l’un des plus beaux mouvements politiques du moment. Partagé entre « le cœur », son frère Martin Fayulu, et la « raison », Félix Tshisekedi, le fondateur du parti Kabila-Désir choisit finalement le leader de l’UDPS.

Mais ce ralliement n’était pas sans calcul. Candidat à la Présidentielle du 30 décembre 2018, l’ancien ministre n’avait pas les moyens de ses ambitions. Par ailleurs, ayant quitté Kabila à la dernière minute, il est alors condamné à l’opposition. C’est Vital Kamerhe, ancien camarade Kabiliste, qui finit par convaincre Félix Tshisekedi réticent. Alors que Martin Fayulu fait des vagues à l’Est du pays, il fallait à tout prix le contre-carrer dans l’ouest.  

Un accord est signé entre Félix Tshisekedi et Tryphon Kin-kiey. La teneur ne sera jamais révélée. Toujours est-il que Kin-kiey s’active pour le leader de la nouvelle coalition CACH. Mais la campagne électorale ne se déroule pas comme prévue. Le « Grand Crabe » n’arrive que très tardivement à son Masimanimba natal. Toutefois, Félix Tshisekedi semble être content de l’apport. Tant, sur le plan international, bien que mouillé dans le Kabilisme, Kin-kiey lui offre une certaine visibilité qui manque tant à cette coalition d’opposants.

Il paie son ralliement à CACH

Mais les choses se compliquent. A la lumière des élections, Félix Tshisekedi l’emporte. Mais la note est salée pour Kin-kiey. Car entre-temps, Kabila a décidé de régler son compter à ses « traître ». Surprise générale : Tryphon Kin-kiey, le Seigneur de Kitoy dans le territoire de Masinamimba acquit pourtant à sa cause, est battu dans toutes les élections législatives et provinciales auxquelles il paricipait. Pour autant, sans crier gars, le leader du Parti pour l’Action continue de se battre. Il s’attache au seul espoir qui lui restait : le gouvernement.

Ca tombe bien pour lui. Munis de son accord avec Félix Tshisekedi, il peut revendiquer un portefeuille de choix. Le président congolais le lui confirme en personne. Mais rien n’est jamais réel dans ce pays où tout se négocie. A la longue nuit du 25 au 26 août, alors que le Premier ministre s’enferme avec le Président et son directeur de Cabinet, Vital Kamerhe, des revendications claires viennent de Kingakati : pas de traître dans ce gouvernement. Félix Tshisekedi qui n’avait pas assez de marge dans ces négociations laborieuses, lâche son Crabe. Kin-kiey devrait rebondir sous une autre forme, en gardant silence, au profit du président congolais. De son côté, Joseph Kabila prouve qu’il n’est pas prêt de pardonner à ceux qui trahissent.