C’est de coutume dans ce pays. Ceux qui arrivent à la tête de l’Etat doivent être des parfaits outsiders, ceux-là que l’on attendaient moins. Félix Tshisekedi n’allait pas échapper à cette règle. Cette nuit, la Cour Constitutionnelle a confirmé les résultats provisoires de la Commission électorale annonçant sa victoire à la Présidentielle historique du 30 décembre dernier.

C’est un héritier de la politique congolaise qui est consacré. Son père, Etienne Tshisekedi, est une figure historique de l’opposition depuis l’époque Mobutu. Il est décédé en 2017, et largement considéré comme étant un héros national.  Il hérité donc  de la présidence du parti de son père, l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), en 2016 et surtout de son « aura » qui lui offre une force électorale indéniable. Ses partisans se recrutent en nombre à Kinshasa, au Kasaï et dans l’ancien Bas-Congo (ouest du pays).

Elu député de Mbuji-Mayi dans le Kasaï en 2011, Félix Tshisekedi, pourtant, a passé une grande partie de sa vie à Bruxelles, loin de la RD. Congo, dans l’ombre de son père.  En 2017, après les manifestations anti-Kabila, les accords de la Saint-Sylvestre du 31 décembre 2016 en font un potentiel Premier ministre du gouvernement Kabila, mais c’est finalement Bruno Tshibala qui sera nommé.

Pour la présidentielle, la déception se répète pour Tshisekedi-fils. Il n’est pas le candidat choisi par l’opposition congolaise. Il est écarté au profit de Martin Fayulu.
Il décide donc de faire le chemin vers la présidentielle seul avec l’UDPS, ou presque, puisqu’il propose un « ticket gagnant » à l’américaine pourrait-on dire, en s’alliant à Vital Kamerhe, autre figure de l’opposition pour former la coalition CACH. L’ancien président de l’Assemblée nationale est devenu son directeur de campagne, comme il l’a été en 2006 pour Joseph Kabila, ce qui en agace certains, qui y voient un « sous-marin » du pouvoir actuel.

Mais sa victoire définitive ce dimanche est largement contestée. Il n’a pas reçu des millions de suffrages d’autres compatriotes. Une forte délégation de l’Union Africaine arrive lundi à Kinshasa, après avoir demandé à la Cour de suspendre sa décision.

C’est donc une victoire qui sera difficile à avaler. Seul ce Président-là, attendu au tournant, aimé par ses partisans, défié par le Congo profond, doit manoeuvrer, s’imposer, et finalement se faire accepter, certes sous l’ombre d’un Joseph Kabila qui sera toujours là. Un exercice compliqué, mais qui ferait de ce président-là, celui que tout le monde attendait depuis des années.