Kabila, the artist 

Le vendredi 26 janvier 2001 à 16h25, un jeune homme roide, crâne rasé, dents serrées, s’avance vers l’estrade en bois placée à côté d’un drapeau et une bible. En quelques secondes, il récite en titubant les quelques phrases qui lui confient étrangement plein pouvoir dans un pays alors hébété par la disparition de son héros national. Dans une capitale Kinshasa désarmée par les troupes angolaise, Joseph Kabila devint ainsi le quatrième Président de la RDC. Alors le monde et même ici dans ce Congo habitué à railler ses dirigeants, on a du mal à concevoir que ce jeune de 29 ans, qui sait à peine lire le français, tiendrait là où des voraces comme Mobutu ou même son paternel Laurent-Désiré Kabila ont trépassé.

Mais ce Joseph-là, né à l’aube même de la Zaïrianisation destructrice, était pourtant « préparé ». La légende selon Mende veut que son père l’ait d’abord envoyé en Chine, pour une formation militaire, le place ensuite à la tête de l’armée qui prend Kisangani à Mobutu en 1997, et, un peu plus tard à Pweto, dans l’ex-Katanga où il risque même sa vie. Lorsque les rebelles du RCD tentent de prendre Kinshasa, il est à la tête de l’armée qui les repoussent avec l’aide de l’Angola.
 A ses amis de la révolution, « Mzee » aurait clairement désigné son successeur  Joseph Kabila, sentant, comme une prémonition, sa fin en martyr s’approcher.

Le Congo et le monde le découvrirons à leurs dépens. Le temps d’un claquement de doigts, les voilà en train de combattre le désormais vieux président. Il a la longue barbe, des cheveux en rébellion, il est devenu prétentieux, et parle désormais français. Kabila, qui estime qu’il n’y pas plus Congolais ni compatriote que lui, est aussi et peut-être le meilleur joueur politique que l’on ait jamais eu. La liste de ses exploits est longue. Mais l’ultime note de cette matoiserie permanente remonte au lundi 7 janvier à Kinshasa.

Six jours après le vote historique, dans un blackout total, Joseph Kabila découvre les chiffres chaotiques de son dauphin. Emmanuel Shadary, a réalisé un score stalinien à l’envers. Il ne peut l’emporter. D’autant plus que pour une fois, les opposants et leurs alliés des mouvements citoyens, ou même des ambassades occidentales s’y étaient préparés. Mais comme souvent, le Houdini de Kinshasa va là où personne ne l’attend. Etant, lui et son régime, des hommes à abattre, il lui faut une solution : comment perdre le pouvoir sans le perdre ? Comment partir sans partir ? La fameuse disparition d’un éléphant d’une salle remplie de monde. Le fameux « homme transporté ».

The Artist, le maestro de la scène politique congolaise n’a pourtant pas autant paniqué. Il avait une pièce de rechange depuis le début de ce jeu politique truqué. A regarder de près, le dauphin Shadary et sa clique n’étaient que des pions d’une stratégie machiavéliquement orchestré. Kabila ne battra même pas campagne à leur profit. Et eux, souvent avides, ils ne pourront même pas se plaindre, après avoir cultivé leur propre échec en s’accaparant d’une grande partie du budget de leur propre campagne électorale.

Et donc il y a deux opposants, l’un d’eux doit gagner. Il y a un gagnant réel que l’on ne connaîtra finalement jamais. Dès lors, Kabila réalise son braquage. Pape, il se rend à La Macque de Limete, y extirpe Félix Tshisekedi, fils d’un héros national, pour en faire un gagnant. 18 ans de règne, de crimes économiques et d’égarements se cachent finalement derrière l’un de deux seuls hommes que la population congolaise n’osera affronter.  La victoire de Tshisekedi scinde le pays en deux : comment contester ou déchoir un homme qui tient les rues du pays ? L’UDPS n’est-elle pas le premier parti d’opposition, le plus grand, le plus historique ?

Dès lors, le sort de Martin Fayulu est scellé. Ce peuple ne sortira pas dans la rue pour lui, ni pour ses alliés qui se cachent au chaud dans l’hiver européen. Les célébrations autour de la victoire de Tshisekedi sont la cerise sur le gâteau. L’artiste a joué, avec une précision diabolique, sa martingale politique. Il chute sans chuter. Il quitte le pouvoir sans le perdre. Quoi qu’il arrive, le Congo se serait largement trompé à propos de son désormais ex-Président. Et Félix Tshisekedi a raison, il faudra bien rendre au César congolais les hommages qui lui sont dus. Tout ceci est bien évidemment suspendu à l’appel à la révolution pacifique lancé par Martin Fayulu et aux gesticulations de Paula Kagame.

Litsani Choukran,
Le Fondé.

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