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C’est aujourd’hui que le héros panafricain de la lutte pour l’indépendance, Patrice Emery Lumumba, a été assassiné. Au pays, à l’image de ces dernières années, sa mémoire s’effrite. Une messe officielle est organisée notamment dans la capitale en sa mémoire, mais également en la mémoire de l’ex-président Laurent-Désire Kabila, assassiné le 16 janvier 2001. Mais  Les Congolais ont l’excuse cette année d’être crispés dans l’attente d’une décision cruciale à la Cour Constitutionnelle autour de la Présidentielle du 30 décembre dernier.

La plus haute instance judiciaire a été respectivement saisie par deux opposants qui contestent la victoire de Félix Tshisekedi, à la suite des résultats provisoires annoncés par la Commission électorale le 10 janvier à Kinshasa.  D’abord Martin Fayulu, l’un des favoris de cette Présidentielle, estime que la Cour devrait annuler les résultats publiés par la CENI, qui ne seraient pas conformes. L’opposant congolais affirme qu’il est le vainqueur de cette présidentielle à plus de 61%.

Pressions sur la Cour

Dans sa requête, Martin  Fayulu a pris le soin de ne pas demander “l’annulation des élections”, une situation qui risque de prolonger le séjour de Joseph Kabila. « Notre Haute cour aujourd’hui doit prendre ses dispositions en ordonnant le recomptage des voix pour apaiser tout le monde», affirme le coordonnateur du collectif de ses avocats, Me Toussaint Ekombe.

Mais un autre opposant, Théodore Ngoy, également candidat à la Présidentielle, a saisi la Cour pour demander l’annulation de ces élections. Il estime en effet que le processus est entaché d’irrégularités, notamment l’exclusion des territoires de Beni, Butembo et Yumbi au vote du 30 décembre.

Mardi à Kinshasa, la Cour a ouvert les débats. L’UDPS est la partie qui fait face à Martin Fayulu. Le parti de Félix Tshisekedi a défendu sa victoire. “Il faut apporter la preuve. Faute de preuve, je ne pense pas que la Cour va accéder à la demande de M. Martin Fayulu de recompter les PV dont il ne détient pas la validité ou l’invalidité”, a insisté Me Peter Kazadi.

De son côté, le ministère public appelle la Cour constitutionnelle à rejeter la demande du candidat Martin Fayulu, jugeant “inutile” de procéder au recomptage manuel des voix. La CENI est du même avis. Certes invitée comme “expert”, le représentant de la Commission électorale est allé bien plus loin. Comme les avocats de Félix Tshisekedi, la CENI a appelé à son tour que la requête de Fayulu soit déclarée irrecevable.  “La Cour est dans “l’impossibilité technique” de réaliser le recomptage intégral dans les 7 jours (délai officiel pour les recours)“, affirme l’expert de la CENI, qui appelle la Cour à confirmer les résultats provisoires annonçant la victoire de Félix Tshisekedi.

“L’expert que vous avez invité ici [la CENI] est plutôt parti. Il s’est mis à nous attaquer alors que son travail est d’expliquer ces résultats” a dénoncé un des avocats de Martin Fayulu.  “Les experts de la CENI sont animés d’un parti parti. Et ceci explique pourquoi la CENI arrive à des tels résultats“, ajoute-t-il.

La victoire de Félix Tshisekedi dans la balance

La Cour a pris l’affaire en délibérer. Selon nos informations, le verdict pourrait être rendu d’ici dimanche. La Cour, peuplé majoritairement des juges proches du pouvoir, pourrait soit confirmer définitivement la victoire de Félix Tshisekedi, demander un recomptage comme l’exige Martin Fayulu, ou simplement annuler les résultats de ces élections comme l’exige Théodore Ngoy.

Mais la tension reste palpable au pays où les partisans de Félix Tshisekedi et ceux de Martin Fayulu sont prêts à contester  en cas d’une décision qui leur serait préjudiciable. Par ailleurs, dans un communiqué publié mercredi soir, les Etats-Unis ont appelé la Cour Constitutionnelle  à “mettre en œuvre un processus légal, juste et transparent”.

Les États-Unis soutiennent le droit légitime des candidats de formuler un recours juridictionnel contre les résultats des élections et exhortent la Cour constitutionnelle à mettre en œuvre un processus légal, juste et transparent de résolution des litiges électoraux“, affirme ce communiqué traduit de l’anglais par POLITICO.CD.

Pendant ce temps, la CENI et le pouvoir congolais sont éclaboussés par des révélations de la presse étrangères. Des  “milliers de pages”  “fuitées” de la CENI, analysées par un groupe de médias étrangers, le Financial Times, TV5 Monde et Radio France Internationale (RFI), en collaboration avec le Groupe d’études sur le Congo (GEC), un institut de recherche de l’Université de New York, indiquent que le vainqueur n’est pas celui annoncé par la CEni.

Révélations accablantes et polémique

Le premier document, explique RFI, une base de données attribuée à la Commission électorale congolaise, porte sur 87% de suffrages exprimés. Le second a été produit par la Conférence épiscopale et porte sur 42,92% des voix. Ils consacrent une victoire de l’opposant Martin Fayulu, contrairement aux résultats provisoires donnant Félix Tshisekedi victorieux de la Présidentielle du 30 décembre.

Ces révélations ont provoqué la colère des autorités et même des partisans de Félix Tshisekedi. Des partisans de l’opposant se sont attaqués notamment à Jason Stearns du GEC. Le chercheur américain, très farouchement opposé au pouvoir de Kinshasa, a dénoncé cette situation dans un tweet. “Je peux comprendre que les gens aient des doutes sur les documents qu’on a publié. Mais pourquoi ces attaques personnelles qui n’apportent rien à la discussion? Que la CENI publie ces résultats par BdV et CLCR. Comme ça on règle la question“, a-t-il dit.

De son côté, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, dénonce une manipulation. “Nous considérons cette information et la diffusion qui en est faite, en ce moment où la Cour vient de prendre en délibéré la procédure en contentieux ouvert par Monsieur Fayulu, comme une tentative grossière de faire pression sur la Cour constitutionnelle“, dit le ministre congolais.