On pourra au moins écrire dans mon CV que j’ai étés candidat à Présidentielle“. C’est en ces termes qu’Emmanuel Ramazani Shadary résumait en septembre dernier son ambition présidentielle, se confiant à un de ses proches. Aujourd’hui, nul ne peut en tout cas pleurer la défaite du candidat de la coalition au pouvoir, et peut-être encore moins Joseph Kabila.

En effet, c’est à l’issue d’un processus de désignation inexpliquée que Joseph Kabila a pointé le 8 août 2018 Shadary  à la surprise générale comme dauphin, pour conserver son pouvoir. Mais le choix d’Emmanuel Shadary n’était pas du tout le meilleur. Le pouvoir, qui traine 17 ans de bilan discutable, s’attendait déjà à un vote sanction avant de porter son choix sur un candidat sous sanction de l’Union Européenne (UE), et surtout très contesté auprès de l’opinion publique.

Emmanuel Ramazani, ancien ministre de l’Intérieur, était au coeur de la répression sanglante des manifestations à travers le pays. Il traine également une image peu sympathique, farouche soutient de Kabila certes, appelant à répondre aux insultes par des insultes. C’est peut-être ça le seul point fort de sa désignation. Sa fidélité sans faille à Kabila.  Mais Shadary n’était pourtant pas en odeur de sainteté. Il a été remplacé du gouvernement après une “faute grave”, avant de se retrouver étrangement à la tête du parti présidentiel, le PPRD.

Dans cette configuration, le choix de Kabila était bel et bien étrange, alors que président congolais avait tout son avenir politique et personnel en jeu. D’autres candidats étaient certes meilleurs. Augustin Matata Ponyo, ancien Premier ministre technocratie très apprécié auprès de la Communauté internationale, ou encore Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale étaient là.

A la lumière de cette défaite sanglante et attendue, Joseph Kabila a peut-être fomenter la perte de son dauphin. Le Président congolais est resté longtemps non concerné par la campagne électorale de son candidat, prenant ses distances et préférant même continuer à tisser son jeu politique.  Durant la campagne houleuse de Shadary, Joseph Kabila a même préféré tirer le drap de son côté, annonçant son retour en 2023.

L’alliance avec Félix Tshisekedi, qui remporte finalement cette Présidentielle, semble avoir été manoeuvrée de longue date. Le pouvoir a en effet signé un accord en avril dernier avec l’UDPS pour autour des funérailles d’Etienne Tshisekedi. Les deux camps sont toujours restés en contact.