Martin Fayulu, symbole d’un peuple en quête de changement

Il est aux portes de la gloire en RDC. Aux côtés de deux autres candidats, Félix Tshisekedi et Emmanuel Ramazani. Mais Martin Fayulu n’était peut-être pas destiné à un avenir si fulgurant. Ce « petit » député, décrit il y a quelques mois à peine comme un politique de moindre envergure, a su canalisé une colère populaire et une quête de changement de plus en plus montantes dans un Congo en souffrance.

Né dans la confusion

C’est à Genève en Suisse que sa candidature a réellement vu le jour, sur fond de tension entre opposants. Après deux jours d’âpres négociations, il s’est faufilé entre Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe trop occupés à s’opposer pour concilier leurs vues autour d’un candidat commun de l’opposition. Le 11 novembre 2018, Martin Fayulu, cet ancien haut cadre pétrolier est désigné à la surprise générale pour représenter l’opposition à la présidentielle. Même Félix Tshisekedi finira par l’admettre. « Le changement aujourd’hui c’est Martin Fayulu », lancera le fils Tshisekedi aux journalistes à l’issue de ce vote.

Mais la vie politique au Congo est un océan à surprises. Deux jours après le sacre de Fayulu, Kamerhe et Tshisekedi instiguent leurs « bases » à Kinshasa et finissent par se retirer de l’accord. L’onde de choc traverse le pays. A moins d’un mois des élections, l’opposition viendrait alors de se tirer une balle au pied. « Je ne pouvais pas m’autoflageler », tentera d’expliquer Vital Kamerhe. Mais le mal est fait. Loin des bases qui auraient pu défenestrer les deux leaders, c’est surtout l’argumentaire d’un Fayulu « poids plume » qui est avancé. Après tout, ce député n’est connu qu’à Kinshasa, et « un peu » dans son Kwilu natal. Il n’a donc aucune chance face à la machine du pouvoir, encore moins face à un Félix Tshisekedi qui traîne la silhouette de son paternel, fait dieu au Congo.

Mais l’histoire aime parfois les faibles. Les challenges aussi. Et Martin Fayulu pouvait bien compter sur deux autres poids lourds de la scène politique : Moïse Katumbi, qui a regroupé une largement coalition électorale, la seconde en termes de candidats à la députation au pays, et l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba. Tous les deux forment une incroyable alliance qui relie le sud-est du pays au nord-ouest. Un pont qui mettrait alors définitivement fin au clivage ethno-tribal qui divise le Congo.

Porté par le Congo profond

Trêve de théories. Martin Fayulu entre en campagne. Soudain, le « menu fretin » semble avoir pris de l’épaisseur. A Beni, dans la nuit sombre du 5 décembre, c’est un symbole de communion entre un peuple et un candidat qui est né. Le fait est que dans ce Congo profond, beaucoup ont capté le message raté de Genève, celui de mettre face à Kabila, un changement, peu importe lequel. Les adhésions pleuvent alors. Butembo, Bunia, Goma tombent sous le charme. Et le pouvoir viendra donc aider Fayulu à être consacré.

Tout au long de sa campagne, il est systématiquement pris tenaille par les institutions sortantes : à Kindu, il est interdit d’atterrir. A Lubumbashi, il est gazé et ses partisans sont victimes des tirs à balles réelles. Son passage à Kolwezi fait des morts et tourne en un véritable polar. La campagne victorieuse de Fayulu devient laborieuse, d’autant plus qu’au même moment, il doit bien obligé de commettre son premier parjure, en revenant sur le rejet des machines à voter, optant finalement pour « leur utilisation en tant qu’imprimante ».

 

Prochain Président ?

Mais le peuple pardonne souvent des petits écarts à ses héros. Au lendemain du vote, les tendances que l’on peut divulguer sont unanimes. Quoi qu’il arrive, un peuple, une partie des Congolais, est tombé sous les charme de cet homme. A Lubumbashi, Kolwezi, et même dans le Bukavu profond, Martin Fayulu draine des scores qui n’auraient été envisageables.  Sa coalition LAMUKA lui donne victorieux. Par loin de la réalité, car même son rival, la coalition de Félix Tshisekedi, n’ose envisager une victoire du candidat du pouvoir.

Il est clair, affirment les deux camps de l’opposition et plusieurs observateurs, que Fayulu ou Tshisekedi l’emporte. Si le fils Tshisekedi a toujours eu le droit de naisse sur le fauteil présidentiel de part son paternel, Martin Fayulu doit sa position aujourd’hui qu’à une adhésion fulgurante autour de sa personne. Un choix certes par défaut, mais qui symbole la quête de tout un peuple pour le changement.

Le plus dur c’est d’obtenir de la Commission électorale qu’elle publie réellement les vrais résultats de ces élections. Quoi qu’il arrive, Fayulu et ses alliés auront à jamais réussi le pari de fédérer la nation autour d’une quête.

Litsani Choukran.

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