Il est temps de regarder le Congo autrement

A quelques jours des élections funestes attendues à la fin de cette année en République démocratique du Congo, le président Joseph Kabila rallume le débat belgo-congolais, avec le mérite, pour une fois, de traiter le problème dans sa racine. Cela restera sans doute une opération de communication bien ficelée. Mais pour la première fois, un dirigeant en RDC a le mérité de s’adresser à nos cousins belges et au monde entier, sans aversion, ni même souci politique de manipuler la situation.

Dans son intervention, Kabila a certes gommé sa part de responsabilité. Tant, dans ce bras de fer qu’il a engagé avec l’ancienne puissance coloniale et la Communauté internationale, il est surtout question de ses 17 ans de gestion contestable à la tête du pays. Ajoutée à ceci, sa volonté et son action systématique de s’éterniser au pouvoir ; Mais l’intervention du Chef de l’Etat congolais, qui n’est pas candidat à sa propre succession, apporte quelques éléments non négligeables pour mettre défensivement fin au différend qui trouble les relations entre les Congolais et le monde.

Le monde s’est trompé sur Kabila et son opposition

Il sied d’abord de noter une vérité. Du fait de son histoire coloniale au Congo, la Belgique ou encore la Communauté internationale ne peut en aucun cas prétendre intervenir à Kinshasa pour le seul bien des Congolais. C’est un mensonge politique qu’il faudra lavé avant toute normalisation. Dans ce monde en mouvement, où chaque nation se doit de ne garantir que ses avantages, la Belgique, comme le reste du monde, ne voit au Congo qu’une vaste réservoir à matières premières. C’est certes un aspect légitime, qui ne devrait déranger personne au Congo. Nous acceptons cela. Mais en se faisant passer comme des entités qui « tiennent au bien des Congolais », les belges et le monde ont trompé ce peuple qui a souvent laissé son destin entre les mains d’un autre, le plongeant un peu plus dans son inaction inouïe.

Par ailleurs, l’intervention belge au Congo n’a pas été optimale, tant à l’époque coloniale que sur les récentes crises. En effet, depuis près de trois ans, les autorités belges ont commis la grave erreur de lier les avenirs belges et congolais aux duels opposants Kabila et ses détracteurs. Ainsi, dans ce combat, Didier Reynders et son équipe dirigée par Charles Michel, ont choisi des personnalités de l’opposition, faisant d’eux-seuls, une alternative unilatérale à Kabila, oubliant de ce fait d’analyser la crise politique et ses évolutions.

A ce titre, la Belge n’a ni réajusté sa politique face aux égarements des opposants, ni face à leur manque de sérieux, encore moins face à la combativité de Kabila.  A la fin, la diplomatie belge s’est, en s’attaquant à Kabila au profit personnel de certains opposants comme Moïse Katumbi, ôté toute possibilité de se poser efficacement comme acteur majeur capable d’aider à la résolution de la crise congolaise.

Le Congo est un ensemble particulier. Les acteurs politiques se connaissent, ils partagent tous les mêmes vices. Aucun d’eux n’excellent, ou n’a des capacités suprêmes pour sauver cette nation. Dans cet environnement divisé, aucune force seule ne peut faire avancer les choses. Dans les 1990, le duel entre Mobutu et Tshisekedi y compris les aventures de Laurent-Désiré et la guerre qui s’en suivra n’ont prouvé que cette réalité : aucun camp seul ne peut constituer une vraie garantie pour le développement de la RDC.

Joseph Kabila, qui est au pouvoir, a su prouvé qu’il était, malgré ses carences et crimes, indispensables pour l’avenir de ce pays. Sa coalition élargie au pouvoir, composé la plupart d’opportunistes, est une véritable machine politico-militaire que nul, au Congo ou en Belgique, ne peut battre à travers des campagne politiques sporadiques, ni militaires d’ailleurs, puisque celles-ci ne feront que plonger le pays dans un cycle de violence inouïe.

Il nous faut du temps

Face à cette réalité, l’intervention de Joseph Kabila au journal LE SOIR est un véritable appel de pied pour que chacun puisse quitter son extrémité et se mette autour d’une nouvelle phase d’initiatives pour une  vraie conversation en RDC. Kabila ne saurait, comme il le dit entre les lignes, plus rien faire seul. Il n’a plus aucune légitimité. Le peuple ne l’aime plus. Il n’est plus écouté. Son séjour au pouvoir a créé un véritable faussé entre lui et les Congolais. En face de lui, des gens tous aussi incapables de créer une véritable alternative, partagés et divisés dans des égoïsmes et quêtes du gain personnel.  Vouloir à tout prix créer une alternative avec ses forces politiques enfantines risque de faire exploser cette nation fragile.

Cependant, dans un sursaut que seule l’histoire peut comprendre, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) a su renaître de ses cendres pour restaurer sa position au cœur du jeu politique. A Naïrobi en novembre dernier, ce parti historique a su faire ce qu’il n’a jamais fait : s’allier avec une autre force capable de lui apporter un savoir-faire politique et une âme de stabilité. Avec Vital Kemerhe aux côtés de Félix Tshisekedi, l’UDPS devient l’autre alternative crédible à Kabila. Non dans le but de renverser le pouvoir, car elle en a nullement les moyens, mais elle offre une bipolarisation de la vie politique nationale sur laquelle l’avenir du Congo peut se construire.

Beaucoup demanderont alors que devient le camp de Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba, qui incarnent pourtant une grande partie de la population. La réponse est assez simple. On ne peut pas trouver de solution politique avec des acteurs qui ne veulent pas composer. Avec LAMUKA et Martin Fayulu, les deux leaders ont prouvé leur souci de renverser Kabila par tous les moyens. De ce fait, ils se sont exclus du jeu politique qui appelle à trouver des solutions de manière pacifique. Ils peuvent bien incarner une partie du peuple, mais celle-ci ne saura les suivre quand il faudra mettre le pays à feu seulement pour que eux arrivent au pouvoir.

Par ailleurs, à leur retour à Kinshasa, Felix Tshisekedi et Vital Kamerhe ont prouvé que leur coalition est avec le peuple. Une grande partie, si pas la majorité se reconnaît en cette union de circonstance certes. Mais dans cette configuration, et en évitant de gaspiller de l’énergie à vouloir vaincre Kabila pour y placer un vide, la nouvelle coalition du CACH et le Front Commun pour le Congo peuvent de ce fait devenir les deux parties d’une même médaille, à l’image du parti Conservateur britannique et son alter ego des Travaillistes. Deux forces politiques capables de se faire face, mais dans une opposition constructive et institutionnelle.

Aux belges, et peut-être à tous ceux du monde qui s’intéressent au Congo, il serait peut-être temps de changer de stratégie et de vision sur l’avenir de la RDC. Un changement progressif serait une meilleure solution qu’une rupture qui ne viendra jamais face à Kabila, ou qui risque d’être immaitrisable. Avec des élections qui ne changeront rien, il serait temps de pouvoir orienter les efforts vers une conciliation entre ceux du pouvoir et ceux de cette coalition pour pouvoir instaurer une gouvernance commune capable d’apporter une certaine stabilité, gage d’un développement démocratique à long terme.

Il est donc temps, en Belgique, à Washington et à Paris, de cesser de s’appuyer sur quelques opposants qui ont fait de l’avenir du Congo un sujet personnel. Kabila nous a prouvé que son départ physique n’est pas une solution. Il est également impossible de le remplacer sans raser toute la nation. De plus, ceux qui prétendent vouloir le remplacer son loin d’être à la hauteur. Certes, la démocratie est un idéal à atteindre pour assurer l’avenir économique de  ce pays.

Mais il faut à présent agir avec diligence. A l’image d’Afrique du Sud ou de tous ces pays qui ont connu le chaos, le changement ne peut être soudain. Il faut l’accompagner, le structurer et lui donner le temps de son éclosion. Au Congo, l’avenir passe par un dégel des relations avec Kabila, une cogestion du pays et un calme moment de transition et de création d’un ecosystème démocratique, loin de toute crise perpétuelle.

Litsani Choukran,
Fondateur de POLITICO.CD.

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