Les finances de la campagne de Shadary inquiètent des organisations anti-corruption

Emmanuel Ramazani Shadary, candidat de la coalition au pouvoir en RDC a réuni une équipe pour les finances de sa campagne comprenant des personnalités ayant supervisé des agences, départements ou projets dans lesquels des fonds publics importants ont disparu au cours de la dernière décennie, ont déclaré aujourd’hui Global Witness et la Plateforme de Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF) dans un communiqué.

Selon ces deux organisations internationales, l’équipement de campagne d’Emmanuel Ramazani Shadary dévoilée récemment à Kinshasa pour le compte du Front Commun pour le Congo (FCC) regorge des personnes soupçonnées de liens avec des détournements de fonds publics. “Certaines des personnes citées sont sujettes à des sanctions internationales“, note-t-on.

Shadary lui-même a été sanctionné par l’Union européenne (UE) en mai 2017, sanctions qui ont été renouvelées le mois dernier. L’UE le considère comme responsable d’arrestations de militants et de membres de l’opposition, et d’un usage disproportionné de la force.  Dans l’équipe chargée des finances de sa campagne, on y trouve  Moïse Ekanga Lushyma et Albert Yuma. Les deux sont à la tête d’agences publiques dotées d’un bilan douteux en matière de gestion des ressources.

« Lorsqu’un candidat à la présidence, soumis à des sanctions européennes, s’allie avec des personnes qui dirigent des institutions clés dans un régime déjà accusé de corruption généralisée, il existe un risque réel que la frontière entre l’argent public et les intérêts politiques privés devienne floue pendant cette campagne électorale », a déclaré Peter Jones de Global Witness. « Nous avons appelé à lancer des enquêtes sur ces personnes et les institutions qu’elles dirigent, mais Shadary semble plutôt les récompenser par des positions de pouvoir ».

Moïse Ekanga Lushyma est le chef du Bureau de coordination et de suivi du programme sino-congolais (BCPSC), qui gère les principales relations d’affaires de la RDC avec la Chine. Le Centre Carter a découvert que des centaines de millions de dollars de prêts chinois, gérés par le BCPSC sous la gérance d’Ekanga, n’ont pas été dépensés pour les projets auxquels ils étaient alloués entre 2008 et 2014. Le BCPSC n’a pas été en mesure de justifier cet argent manquant.

PPLAAF a aussi révélé que Ekanga a représenté l’Etat congolais dans ses négociations avec un opérateur portuaire, qui seraient entachées de graves soupçons de détournement. Le contrat en question était censé créer une structure de sociétés permettant l’enrichissement personnel d’individus politiquement exposés, dont Joseph Kabila.

Selon Reuters, Ekanga a également contribué à la négociation d’un contrat pour la fourniture de passeports qui aurait permis de détourner des revenus vers une société opaque dont un proche parent du président bénéficierait personnellement.

Albert Yuma, quant à lui, est une autre figure clé du régime de Kabila. Il est président de la société minière publique La Gécamines depuis 2010. Global Witness et le Centre Carter ont tous deux signalé la disparition de centaines de millions de dollars de recettes publiques qui avaient été versés à la Gécamines pendant le mandat de Yuma. La Gécamines, sous la présidence de Yuma, a vendu des concessions minières à Dan Gertler, un homme d’affaires israélien. Après avoir acquis des actifs et des sources de revenus clés pour la RDC auprès de ou via la Gécamines, Gertler a été sanctionné en décembre 2017 en vertu de la loi américaine Magnitsky, par le président américain Donald Trump pour corruption dans les transactions minières menées en RDC.

Albert Yuma a été membre et président du conseil d’administration de l’Entreprise Générale d’Alimentation (EGAL) – une société productrice et importatrice de nourriture. D’après les Lumumba Papers révélés par PPLAAF, EGAL aurait reçu de manière inexplicable 43 millions de dollars de la Banque centrale du Congo qu’elle aurait ensuite transférés dans des sociétés à l’étranger. Les bateaux d’EGAL ont permis le transport d’animaux sauvages achetés en Namibie pour le compte de la Ferme Espoir qui appartient au président Kabila.

« C’est inquiétant de voir que les mêmes noms apparaissent encore et encore dans ces rapports », a déclaré Henri Thulliez, co-fondateur de PPLAAF. « Le candidat Shadary a décidé de fermer les yeux sur les graves allégations de mauvaise gestion des fonds publics par ceux qu’il a recrutés pour l’aider à se faire élire ».

Ekanga a dit à Bloomberg qu’il était « surpris » par les chiffres indiquant des fonds manquants sous sa direction, alors que Yuma a réfuté les allégations directes de corruption par le passé. Aucun des deux hommes n’a fourni de réponse détaillée aux accusations portées contre eux dans les divers rapports.

Global Witness et PPLAAF affirment qu’Ekanga et Yuma doivent assumer la responsabilité de détournements inexpliqués de fonds publics d’institutions étatiques sous leur surveillance, et que tant que ces questions ne sont pas résolues, ces personnes restent des choix inappropriés pour gérer les finances de la campagne. Ni Global Witness ni PPLAAF ne suggèrent l’existence de preuve d’implication personnelle dans des actes répréhensibles commis par Ekanga ou Yuma.

Avec  Global Witness

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