C’est un rendez-vous décisif pour l’opposition congolaise. A Genève en Suisse, Adolphe Muzito, Félix Tshisekedi, Freddy Matungulu, Jean-Pierre Bemba, Martin Fayulu, Moïse Katumbi et Vital Kamerhe sont attendus pour désigner leur candidat commun pour la présidentielle du 23 décembre.

Ce rendez-vous crucial, sur fond de tensions,  a été soutenu par plusieurs organisations de promotion de la démocratie. En Afrique du sud, c’est l’ONG sud-africaine In transformation initiative (ITI) qui a milité pour obtenir un accord de coalition électorale entre les opposants congolais. En Suisse, c’est d’ailleurs la fondation Koffi Anan, le défunt ancien Secrétaire général de l’ONU, qui se serait chargée de la note.

Sur place, rien n’indique que la désignation sera automatique. Selon des informations regroupées par POLITICO.CD, trois candidats mènent la danse, mais s’opposent sur tous les points. Il y a d’abord Félix Tshisekedi, grand favori et leader du principal parti de l’opposition, UDPS. Cependant, s’il est bien populaire, jouissant d’une base solide à travers le pays, notamment au centre et l’ouest, le fils d’Etienne Tshisekedi ne répond pas à certains critères qui tiennent à coeur d’autres candidats.

Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe et Martin Fayulu en lice

En effet, loin de la polémique sur ses diplômes universitaires, Félix Tshisekedi pourrait ne pas recueillir le soutien de son allié de tous les jours, Moïse Katumbi. “A l’heure actuelle, nous pensons que des critères doivent être mis en place et chaque candidat doit les respecter spripuleusement. Il y a d’abord la question de la machine à voter. Pour nous à ENSEMBLE, il est hors de question que le candidat commun pouisse dire: +nous participerons aux élections avec ou sans machine+“, lance un proche Conseiller de Moïse Katumbi sous le sceau d’anonymat à POLITICO.CD.

Participer aux élections avec ces machines entraînera la défaite systématique du peuple. Personne ne peut gagner face à ces machines. Il faut que le candidat commun puisse donner des solides garanties sur cette question“, ajoute-t-il.

La deuxième question est celle des électeurs supposés fictifs. Citant l’Organisation Internationale de la Francophonie, ce proche de Katumbi rappelle qu’il y a pas moins de 10 millions d’électeurs fictifs, faisant de cette question un préalables pour lequel le candidat de l’opposition devrait souscrire. Enfin, il y a la question de décrispations.

Beaucoup quand on parle de décrispation pensent qu’on fait seulement allusion au président Katumbi ou à des opposants en exil ou en prison. Mais ceux qui sont au pays savent qu’il est impossible de battre campagne dans les conditions actuelles. Kabila contrôle tout et favorise sa coalition. La situation politique ne permet pas la tenue des élections en toute liberté” dénonce-t-il.

Préalables et mise en garde

Vital Kamerhe et Martin Fayulu sont les deux autres candidats dont les noms reviennent souvent à Genève. Pour le président de l’UNC, il est peu sûr que l’UDPS puisse l’adouber, ce qui pourrait constituer un obstacle. L’ancien président de l’Assemblée nationale intrétient également des liens compliqués avec l’opposant Katumbi; même si notre source auprès de l’ancien gouverneur nie. “Mais non [sourie-t-il] Il n’y a aucune problème. Nous sommes tous ici pour trouver un compromis. Nous ne sommes pas seuls à décider“.

Dans cet optique, Martin Fayulu apparait comme un outsider. Même si c’est ancien haut cadre pétrolier à peu d’assise national. A son sujet d’ailleurs, nos interlocuteurs ont réfusé de parler. Du côté de l’UNC, ou encore de l’UDPS, on préfère laisser place aux discussions et au compromis.

 

En parlant de compromis, rien n’est sûr que des grands partis comme l’UDPS ou l’UNC puissent accepter une majorité contre eux. A ce sujet, un cadre du Mouvement de Libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba met en garde. “Nous ne sommes pas ici pour nos intérêts. Si une majorité décide démocratiquement et selon des critères clairs et solides que c’est l’un de nous qui doit nous représenter, il est hors de question qu’un autre claque la porte. Le peuple ne le lui pardonnera jamais.

En attendant, les discussions qui s’annoncent houleuses débutent dès ce vendredi 9 novembre et s’étaleront jusque dimanche. Au pays, partisans et même cadres politiques retiennent leur souffle. Car en face, le candidat du pouvoir, Emmanuel Shadary qui déjà en campagne, risque fort de déchanter en cas d’une vraie union de l’opposition derrière un seul candidat. Et si un accord n’est pas trouvé, ça sera peut-être déjà la fin pour l’opposition.