Emery Okundji au coeur d’un rocambolesque contrat à 3,3 milliards USD

En République démocratique du Congo, l’Etat n’a pas un mécanisme efficace de contrôle des revenus des opérateurs téléphoniques. Il n’y a pas de système efficace pour contrôler les flux des services des télécommunications. Un consortium engagé par le Gouvernement pour régler le problème n’a pu rien faire. Depuis peu, on compte au moins quatre entreprises qui disent lutter contre la fraude, chacune avec des papiers signés soit avec l’ARPTC, soit avec le Ministère de tutelle. Une cacophonie totale.

Joseph Kabila a fini par se mêler de l’affaire, appelant le Ministre des PT-NTIC, Emery Okundji à “remettre de l’ordre dans la boutique.” Saisissant la balle au bond, l’ancien opposant en a profité pour amener du lourd: African General Investment Limited. Problème: l’entreprise n’a jamais existé nulle part ailleurs. “Ils affirment vouloir remédier au problème en installant un Gateway virtuel avec contrôle aux terminaux des opérateurs. Du déjà vu!” s’étonne une source au ministère des PT-NTIC.

Moins d’un million d’investissement

En janvier dernier, l’AGI signe étrangement un contrat “de gré à gré” avec le ministre Emery Okundji portant sur “la lutte contre la fraude dans les télécommunications.” Selon un document consulté par POLITICO.CD, un avenant attaché à ce contrat prévoit que la firme “gagne 1,15 cents sur chaque minute d’appel, 1 cent par sms et 5% sur le volume des datas de tous les opérateurs“. Le contrat, conclu sur base de dix ans, rapporterait donc à l’AGI pas moins de 30 millions US par mois, soit 3,6 milliards par an.

A regarder ce document de près, on remarque qu’en réalité, la société étrangère va investir à peine moins d’un millions de dollars américains pour mettre en place ce mécanisme. Par ailleurs, elle est dirigée étrangement par un certain, Hassan Abdallah, un opérateur économique d’origine libanaise implanté à Kinshasa depuis des années. Cet homme est à la tête de plusieurs sociétés, tout en étant proche des dignitaires au pouvoir en RDC. Il est surtout proche du président de l’Assemblée nationale Aubin Minaku, une position qui l’amène à la tête de l’un des clubs de football le plus populaire dans la capitale congolaise, le Daring Club Motema Pembe.

En mars, à en croire une source auprès du ministre des PT-NTIC, le ministre des finances, Henri YAV MULANG refuse alors de contresigner le contrat. Dans la foulée, le Premier ministre Bruno Tshibala envoie une lettre au ministre Okundji, lui demandant de remporter les arrêtés et contrat.

Okundji boude Tshibala

«Je rappelle à votre attention qu’il ressort des dispositions des articles 19, 35 et 71 de l’Ordonnance N°17/024 du 10 juillet 2017 portant organisation et fonctionnement du Gouvernement, des modalités de collaboration entre le Président de la République et le Gouvernement ainsi que les membres du Gouvernement, l’obligation de soumettre, préalablement à sa signature, tout projet de convention entre l’Etat congolais et les organismes privés, nationaux ou étrangers, à l’examen des commissions gouvernementales et du Conseil des Ministres », explique le Premier ministre dans sa lettre consultée par POLITICO.CD,

« De ce qui précède, ajoute-t-il, et en vue de se conformer à cette législation qui prévoit la procédure d’approbation des conventions de droit privé, je vous demande de rapporter instamment lesdits arrêtés.»

Mais Emery Okundji ne recule pas. “Jusqu’à ce jour, Okundji boude et refuse d’obtempérer. Il dit que c’est le Président de la République qui lui a donné des instructions…” explique notre source au sein du ministère des PT-NTIC.

Une source proche du président Joseph Kabila reconnaît que le Chef de l’Etat congolais avait demandé à “mettre de l’ordre”, mais jamais la mise en place d’un tel contrat. “C’est vrai qu’au cours d’une réunion, le président lui avait demandé de mettre l’ordre dans le secteur. Mais pas de s’enrichir gratuitement”, explique cette source qui a requis l’anonymat.

Plusieurs fois contactés par POLITICO.CD, le cabinet du ministre Okudji a refusé de réagir. Outre le caractère étrange du contrat, les nouvelle dispositions devraient entraîner une augmentation de pas moins de 30% des prix de communications en République démocratique du Congo.

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