RDC: L’Afrique du sud lâche-t-il Kabila?

Le chef Albert Luthuli House à Johannesburg, plus simplement connu sous le nom de Luthuli House, accueillait des étranges visiteurs ce mardi. Une forte délégation des opposants congolais arrive pour y être reçue par les dirigeants du parti au pouvoir en Afrique du Sud. A leur tête, l’ancien gouverneur Moïse Katumbi, accompagné entre autres de ses proches et des représentants de six principaux leaders de l’opposition.

La semaine dernière, les anti-Kabila ont formé une coalition informelle à Bruxelles, promettant de réunir leurs forces pour obtenir la tenue des élections “véritablement” démocratiques à la fin de cette année. Car si le processus actuel poursuit son cours normal, plusieurs signaux alarmants y découlent néanmoins: outre Moïse Katumbi, qui a été empêché de regagner le pays en août dernier pour y déposer sa candidature, l’un des grands leaders de l’opposition, Jean-Pierre Bemba a été également écarté de la prochaine Présidentielle, en compagnie d’autres.  A Johannesburg, Moïse Katumbi et sa délégation compte plaider leur cause auprès de l’African national Congres (ANC), le parti qui règne sur ce pays depuis la fin du régime d’apartheid en 1994.

Zuma et Kabila nuisibles

L’Afrique du sud est en effet un acteur majeur de la crise en République démocratique du Congo. C’est à Sun City, à un peu plus de 200Km de Johannesburg, que l’accord mettant fin à la sanglante guerre du Congo a été signé en 2002. Cependant, Pretoria est devenu un allié inconditionnel de Joseph Kabila. L’Afrique du sud a envoyé ses troupes affronter la rebellion du M23 dans l’Est de la RDC. Jacob Zuma, sulfureux ex-président sud-africain, a tissé des liens très étroits avec le pouvoir congolais, devenant l’ami personnel de Kabila. Alors que la pression augmentait dans le pays pour réclamer des élections, que des manifestations étaient réprimées dans le sans, Zuma et son pouvoir étaient l’un des seuls à défendre encore Kinshasa.

L’opinion publique sud-africaine à l’époque, notamment chercheurs et journalistes, sont montés au créneau pour dénoncer cette situation, affirmant que les relations entre Pretoria et Kinshasa sont régies au seul bénéfice des relations très personnelles entre les présidents Jacob Zuma et Joseph Kabila.  Stephanie Wolters, responsable du programme de recherche sur la paix et la sécurité à l’Institut d’études de sécurité, a affirmé au journal sud-africain The Financial Mail en décembre dernier, que les relations entre les deux pays sont liées par un rapport personnel. “L’une des questions est que la politique [entre la RDC et l’Afrique du Sud] n’est pas régie par le ministère des affaires étrangères, ni par l’ambassade, et ils ne sont pas consultés, ils voient Kabila comme déstabilisant“, explique-t-elle, affirmant que les décisions entre l’Afrique du Sud et  la RDC sont plutôt prises par la présidence entre Zuma et Kabila.

À la Commission des droits de l’homme de l’ONU en août 2017, l’Afrique du Sud a voté contre une enquête internationale sur les fosses communes découvertes dans la province du Kasaï, où les combats entre l’armée et une milice ont déplacé 1,3 million de personnes. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), sous la direction de l’Afrique du Sud à l’époque, a également échoué à faire face à la crise. Dans son discours de clôture du 37ème sommet de la SADC à Pretoria le en juillet 2017, Zuma a tacitement avalisé le report des élections en RDC au-delà de l’échéance de décembre 2017 convenue par la majorité et l’opposition l’année dernière.

Ramaphosa et le changement

Si l’Afrique du Sud tient tant à la situation politique en RDC, c’est surtout parce que Pretoria y a des intérêts économiques importants. Les entreprises sud-africaines opérant dans les secteurs miniers sont principalement concernées par la situation au pays. Bien que les mines appartiennent pour la plupart à des entreprises chinoises, indiennes et étrangères qui ont des capitaux pour développer des actifs miniers congolais, les sociétés sud-africaines ont trouvé un créneau en tant que fournisseurs de services experts. Alors que le secteur minier de l’Afrique du Sud se rétrécit, la RDC offre une alternative attrayante pour absorber la main-d’œuvre excédentaire.

Ainsi donc, dès son arrivée au pouvoir, le nouveau président Cyril Ramaphosa, qui a promis de redorer tant l’image ternie de son pays par Jacob Zuma que l’économie de son pays, a tout de suite braqué son regard vers Kinshasa. Par le biais de la SADC, le nouvel homme fort de Pretoria a fait passer le message: il faut des élections en RDC. En août dernier, alors que le président Kabila été pressenti pour un nouveau mandat, c’est du côté de Pretoria que le ferme message est venu pour diassuader le président congolais à se représenter.

Cyril Ramaphosa a également rendu visite à Joseph Kabila en août dernier. Si, devant les caméras, la visite a semblé cordiale, dans les coulisses, il aurait été surtout question de rappeler au président congolais que “l’Afrique du sud tient à la stabilisation de la RDC, laquelle passe par des élections démocratiques à la fin de cette année.” Signe de cette détérioration des relations entre Kinshasa et Pretoria, l’Afrique du sud a reçu le 10 septembre le vice-Premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, très hostile à Kabila.  La rencontre entre le Chef de la diplomatie belge et son homologue sud-africain a provoqué une vive colère de Kinshasa, qui a dénoncé, pour la première fois, des ingérences sud-africaines dans le processus électoral en RDC.

Mardi à Johannesburg, aux côtés des opposants congolais, l’ANC a également rejoint cette position, appellant à des élections libres, transparentes et inclusives à la fin de cette année. Le parti dont Cyril Ramaphosa en est également le président, a également exprimé sa préoccupation sur la situation qui prévaut en RDC, “qui si elle n’est pas résolue en urgence, peut conduire le pays au chaos, à l’instabilité et à la violence.” Lentement, Pretoria tourne petit à petit le dos à Kinshasa.

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