RDC: vers un ultime dialogue belge?
Une tournée en Afrique et une réunion à Bruxelles ont suffi pour déclencher la furie de Kinshasa. Dans un communiqué coupe-gorge, la diplomatie congolaise a tiré à tout-va, dénonçant des déclarations intempestives” de “certaines autorités étrangères” et appelant à un prétendu « dialogue » avec l’Opposition politique. Derrière ces mots durs, la Belgique est évidemment dans le viseur. Car presqu’au même moment, l’ancien puissance coloniale accueillait chez elle une toute première réunion des ténors de l’opposition congolaise, visant à les réunir autour d’un même projet.

Cependant, cette simple rencontre, qui s’est soldée par des photos selfies publiées sur les réseaux sociaux et un communiqué laconique, n’est pas le seul soucis de Kinshasa. Dans les sillages de ce qui est présenté comme un “Genval 2”, il y a bel et bien une activité des autorités belges, emmenées par son vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Didier Reynders.  Depuis le début de la semaine, l’homme est en tournée en Afrique. Plus précisément auprès des acteurs régionaux. Lors d’entretiens avec ses homologues angolais, sud-africain et Congo-Brazzaville, le Chef de la diplomatie belge a en effet systématiquement abordé la situation en RDC. “Nous souhaitions échanger nos analyses de la situation avec les acteurs de la région, notamment dans la perspective de notre présence au Conseil de sécurité de l’ONU”, a-t-il expliqué, cité par la presse belge.

Reynders est en effet allé plus loin. Alors que des questions fusent quant à la volonté du pouvoir de Kinshasa d’organiser des élections véritablement “libres, inclusives et transparentes”, le ministre Belge a lâché pour la première fois l’idée d’un nouveau “dialogue” entre le pouvoir et l’opposition. “Tout le monde souhaite que la Constitution soit respectée et qu’un véritable dialogue entre les acteurs ait lieu, conformément à l’accord intercongolais de la Saint-Sylvestre“, a-t-il souligné.

L’idée d’un nouveau dialogue ne passe toutefois pas, tant du côté du pouvoir que du côté de l’opposition. Cependant, il y a bel et bien un vrai problème. L’actuel processus est semé d’embuches pour l’opposition congolaise. Plusieurs de ses candidats ont été disqualifiés ces dernières semaines, ainsi que le risque de tensions que ces décisions entraînent sont d’autres motifs de préoccupation. Alors que Kinshasa refuse toute aide extérieure, l’aspect logistique de l’organisation du scrutin constitue également un élément problématique. Y aller dans ces conditions, serait filer droit vers un chaos. Une position que même l’opposition partage.

Al’issue de sa rencontre hier à Bruxelles, l’opposition a énuméré neuf préalables, allant jusqu’à exiger la restructuration de la CENI. En outre, l’opposition exige le retrait de la machine à voter, ainsi que la réintégration de ses candidats exclus. Or, au sujet de la machine à voter, la Commission électorale est claire : sans elle, les élections ne peuvent pas avoir lieu le 23 décembre. En outre, la restructuration peu probable de la CENI entraînerait également du retard dans le processus.

En somme, l’opposition, sans le dire haut, réclame tout bas des pourparlers, du moins une série d’entretiens qui pourraient au moindre apaiser la situation. Par ailleurs, si le pouvoir refuse visiblement de manière farouche cet énième round des discussions, c’est surtout parce que tenir des élections dans la situation actuelle lui profiterait grandement. Avec des machines à voter dénoncées et des candidats exclus, le candidat du pouvoir, Emmanuel Shadary,  pourrait l’emporter aux urnes; sachant surtout qu’il bénéficie toujours de l’aide systématique des institutions en place.

Un nouveau dialogue, c’est la phrase que personne ne veut entendre parler en RDC. Cependant, la situation tend à confirmer que celui-ci l’impose. Même si les débouchées risquent d’amoindrir les chances de voir les élections se tenir le 23 décembre. Néanmoins, des élections chaotiques ne sauraient être une solution.

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