Le jeudi 31 juillet, la scène politique congolaise continue de dérider son monde. L’opposant Katumbi, que tout le monde donne favori à la prochaine Présidentielle, insiste pour son retour au pays, depuis son exil de deux ans à Bruxelles. Pendant ces deux années, Kinshasa a altère scénarios et déclarations à remuer les pyramides. Au final, en juin 2017, le PGR, un des hommes chargé de marquer l’opposant congolais à la culotte, annonce que ce dernier « n’a plus le droit de rester à l’étranger ». En d’autres termes, Moïse Katumbi est convoqué à Kinshasa pour comparaitre dans l’un des nombreux procès initiés à son encontre.

Laissez-nous résumer : pendant que Katumbi annonce son retour, Kinshasa change son fusil d’épaule. L’autorisation de survol et d’atterrissage à Lubumbashi est refusée. Pour aller plus loin, Lambert Mende, porte-parole tranchant de Kinshasa enfonce : « Katumbi sera arrêté s’il arrivait même via vol commercial ». Le plus créatif sans doute, le Maire de Lubumbashi, Robert Lubaba, va jusqu’à proclamer que l’opposant ne peut pas regagner la ville cuprifère « parce qu’il a un dossier judiciaire en cours ».  Le revendez-vous est certes donné pour le vendredi 3 août. Personne au sein du pouvoir, n’aura encore suffisamment de recul pour saisir l’illogisme de la situation.

Vint finalement le vendredi 3 août. Katumbi, que l’on a souvent donné couard, fonce. Il déroute d’abord. Au lieu de Lubumbashi, il préfère atterrir à Ndola, au nord de la Zambie. De là, l’homme met cap vers Kasumbalesa, le célèbre post-frontalier qui fait office de porte d’entrée en RDC. 5 heures de voyage depuis l’Afrique du sud, le leader de la coalition Ensemble arrive finalement dans cette petite bourgade. Soudain, comme des fourmis, des centaines de partisans sortent de nulle part.  « Moïse est là », « le libérateur du Congo est là ».

Etrangement, de l’autre côté de la frontière, à à peine quelques centaines des mètres, l’armada dépêchée depuis la veille, composée notamment de la crème des forces de sécurité et de la Garde présidentielle, personne n’ose bouger son doigt. Le fugitif le plus recherché du Congo n’est qu’à cent mètres. Il est là, débout, visible ; mais personne n’ose l’arrêter.

Katumbi, fou joyeux, tentera de franchir la frontière. Accompagné d’une folie que seule les héros adulé connaîtront, il se fait néanmoins tirer dessus. Pas lui bien-sûr. La GR, les Bana-Mura, ouvrent le feu sur des partisans qui se constituaient en bouclier autour de leur « messie ». Les victimes ne seront pas connues. Mais le bain de sang n’aura pas lieu. Pour l’heure, l’ancien gouverneur et ses proches préfèrent camper de l’autre côté de la frontière, en attendant que le Saint-Esprit ne touche enfin quelqu’un à la tête de ce pays, pour sauver ce qui reste de l’Etat de droit et de la démocratie, certes en construction ici.

Depuis Kasumbalesa,
Gaston Engaka.