Bemba – Kabila: liaison dangereuse

11 avril 2007, le Sénateur Jean-Pierre Bemba s’engouffre avec sa femme et ses cinq enfants à bord de son Boeing 727, qui décollera vers 2h du matin de l’aéroport international de N’djili à destination de Lisbonne. Un aller simple pour l’infini ! Car près de trois semaines avant ce départ en catimini, des combats meurtriers entre sa garde rapprochée et l’armée régulière ont lieu dans les rues du centre-ville de Kinshasa, faisant des centaines des morts. Depuis le 22 mars de la même année, Bemba était  “hébergé” dans une résidence de l’ambassade d’Afrique du Sud à Kinshasa.

La garde rapprochée de l’ex-rebelle a été totalement défaite lors des combats à l’arme lourde des 22 et 23 mars, qui ont fait plus de 200 morts dans la capitale, selon des sources diplomatiques de l’époque. Officiellement, l’adversaire malheureux de Joseph Kabila à la présidentielle de 2006 quitte le pays “pour des soins à une ancienne fracture à la jambe dans une clinique de Lisbonne.” Un “exil sanitaire”, dirait-on à Kinshasa.

L’étrange retour

Quelques mois après ce départ, les choses se compliquent pour le leader du MLC. D’abord à Kinshasa, Joseph Kabila garde une dent dure contre l’homme. Dans une interview devant la presse, le Chef de l’Etat congolais réitère la volonté des autorités à traduire Bemba en justice pour les pertes en vies humaines occasionnées durant ces affrontements. “Que dirai-je aux familles des victimes“, questionnera Joseph Kabila en réponse à une possibilité d’amnistier Bemba.  Le 24 mai 2008, le “fils Mobutu” est froidement cueilli à son domicile à Bruxelles. C’est le début d’une longue détention à la Cour Pénale Internationale, qui durera 10 ans.

Alors logiquement, à son acquittement, le 8 juin 2018, les regards sont braqués du côté du pouvoir, à la recherche d’une réaction. Initialement, les proches de Kabila restent hébétés, ne sachant sans doute pas quelle attitude adoptée. Car entre-temps, les choses ont changé. Mis dans les cordes dans une crise politique interminable, secoués par des pays voisins, la Communauté internationale ou même par l’opposition, les Kabilistes ne savent pas encore si Bemba était pour eux un coup de grâce ou une bouffée d’oxygène. Les plus imprudents se lanceront sur les médias: « S’il revient, il trouvera un procès ici contre lui. Personne n’oublie qu’il est sous le coup d’une procédure en justice pour les affrontements de 2007. »

Mais comme souvent, Joseph Kabila a une idée. Très vite, la posture de ses cadres change. On arrondi les angles. Bemba n’est plus du tout un problème.  « Jean-Pierre Bemba est un des principaux leaders politiques du pays. Le fait qu’il soit acquitté est une bonne chose pour la nation. Il est à présent libre de rentrer et participer au processus démocratique actuellement en cours », affirme le député Stanley Mbayo, proche du président Kabila.

Détente et « discussions » dans les coulisses

Signe de la bonne détente, Emmanuel Ramazani, Secrétaire permanent du parti au pouvoir, ou encore André-Alain Atundu, porte-parole de la majorité, sont des invités d’honneur du Congrès du MLC à Kinshasa. Dans la foulée, le vendredi 13 juillet, Fidèle Babala, Secrétaire général adjoint du Mouvement de Libération du Congo (MLC) et intime collaborateur de Jean-Pierre Bemba est joint au téléphone par les services du ministère des Affaires étrangères. Le député congolais est alors convié à récupérer un colis. Il s’agit du passeport diplomatique du président de son parti politique.  Il n’aura fallu donc que quelques jours pour que les autorités congolaises ne délivrent un document de voyage à l’ancien vice-président.

Dans les coulisses, des émissaires de Joseph Kabila ont été dépêchés à Bruxelles dès la libération de Bemba. Ils ont pour mission “d’aplanir les malentendus” entre le pouvoir et l’opposant congolais. Un mot: “Bemba est libre de participer au processus électoral et politique au pays“. En somme, la donne Bemba adoucie la vie de Kabila,  aux prises avec des opposants plus tôt rebelles. Le MLC, qui a toujours tenu son rôle “républicain”, dans une opposition plus tôt “docile” est préféré à des Martin Fayulu, Moïse Katumbi ou encore Félix Tshisekedi, jugés extrémistes.

Alors que le dépôt des candidatures pour la prochaine présidentielle approche, Jean-Pierre Bemba est attendu à Kinshasa pour y déposer son dossier. Au pouvoir, comme au MLC, on affirme ne voir aucun obstacle à cette initiative. Le leader du MLC devrait arriver dans les prochains jours dans la capitale congolaise. Un retour plus rapide que celui de la dépouille d’Etienne Tshisekedi, qui ne donne plus de ses nouvelles; ou celui de l’opposant Moïse Katumbi, qui reste toujours improbable.

La liaison Bemba-Kabila fonctionne sans doute toujours, pour un aboutissement que nul ne sait. Derrière des portes fermées, les murs congolais parlent. Des discussions seraient toujours en cours entre pouvoir et MLC. Pour quel résultat ?

Litsani Choukran.

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