RDC: Kabila, candidat président du FCC?

Dimanche 1er juin, au Pulman Hotel, une ribambelle de cadres politiques issus du gouvernement et des proches du président Joseph Kabila s’engouffrent, s’enferment dans une salle comble, et proclament ainsi ce qui se tramait depuis plusieurs semaines : une grande coalition électorale au service du président congolais. D’anciens opposants, emmenées par le Premier ministre Bruno Tshibala, déclarent alors leur flamme au nouvelle autorité morale du Front Commun pour le Congo. De l’autre côté, la majorité au pouvoir, qui vit ses dernières heures, se voit diluée dans cette coalition aux contours sombres.

Front Commun pour Kabila

Tous, disent vouer une dévotion suprême au président Joseph Kabila, que la vie politique congolaise ne devrait pas oublier. Lui, qui est arrivé au terme de son deuxième et dernier mandat depuis le 20 décembre 2016, ne devrait alors pas quitter le pouvoir. « Le FCC oeuvre, dans le respect de l’autonomie et de l’identité des entités politiques, pour que Kabila, autorité morale de la coalition, reste le leader incontesté de la vie politique avant, pendant et après les élections », explique André-Alain Antundu, porte-parole de la Majorité Présidentielle. Une situation assez originale, mais en somme, cette nouvelle famille veut ainsi remporter les prochaines élections, tout en promettant un « candidat président commun ».

Mais qui alors peut représenter les Kabilistes et leurs anciens opposants? La question vaut des millions en République démocratique du Congo.  Car si, depuis plusieurs mois, le Pouvoir a toujours soutenu qu’il avait bel et bien identifié un « dauphin », un candidat autre que le président sortant pour briguer la magistrature suprême à la Prochaine présidentielle, la réalité semble être loin du compte.  D’un côté, Kabila « est trop jeune », comme l’expliquent ses partisans. Il faut alors trouver des mécanismes pour le garder à la direction des affaires. Bien avant ce fameux mois de juin, on donnait alors un short-list, dans laquelle des noms comme Moïse Ekanga, patron de la convention minière Sino-congolaise, ou encore l’actuelle ministre des Affaires étrangères Léonard She Okitundu, mais également plus pléthore comme Evariste Boshab, Adolphe Muzito ou même le Général François Olenga.

Cependant, une tornade, venant de la Cour Pénale Internationale (CPI) est passée par là.  Un vieil ami opposant, Jean-Pierre Bemba, mis au frais depuis plus de 10 ans, est tout à coup libre. A Kinshasa, alors que seul Moïse Katumbi faisait objet d’une attention particulière, au point d’être au centre d’un écartement bien magouillé, la nouvelle tombe comme une bombe, bouleverse alors tous les calculs.

Ainsi, le dauphin, qu’il soit requin ou baleine, ne devrait plus faire le poids. Ni contre Bemba, encore moins contre un Moïse Katumbi, même écarté du processus. Dès lors, et ayant vent de cette nouvelle depuis plusieurs semaines, les stratégistes du pouvoir doivent changer leur fusil d’épaule. «Kabila ou rien », clame un certain Stanley Mbayo, sorti tout droit de la ceinture proche du président congolais. Député national, avocat spécialisé dans les mines, il est à la tête du Mouvement des Indépendants Réformateurs (MIR). Il annonce, en mai dernier, que son parti allait alors déposer la candidature de Joseph Kabila à la prochaine élection.

«Nous avons toujours dit que la prochaine Présidentielle n’est pas une affaire des dauphins ou des petits poissons. C’est un combat des titans, et Bemba devra affronter notre candidat dans un duel totalement démocratique », ajoute-t-il. Malgré le fait que la Constitution du pays interdit au président congolais de briguer un autre mandat, pour lui, son parti est libre de présenter la candidature du Président congolais, sans violer la Constitution.

La Constitution vous dit, le Président de la République est élu pour un mandat de cinq ans, une fois renouvelable. La loi électorale vous dit, le mandat appartient aux partis politiques. Quand un élu démissionne de son parti, il perd son mandat“, introduit-t-il. “En 2006, Joseph Kabila se présente (comme) candidat indépendant aux élections présidentielles. En 2011, il y a un congrès du PPRD à Mbandaka, qui plébiscite Joseph Kabila candidat président de la République sur la liste PPRD (…) Joseph Kabila leur dira: je dois renouveler mon mandat, il a renouvelé son mandat en tant qu’indépendant“, ajoute-t-il.

Kabila, dauphin de Kabila

Cet avocat et proche du Président congolais affirme donc qu’aux prochaines élections, Joseph Kabila est libre de se présenter sous la bannière d’un parti politique. “Aux prochaines élections, la seule interdiction qui limiterait Kabila, c’est de se représenter en tant qu’indépendant”, dit-il, avant d’annonce que son parti allait déposer la candidature du président Kabila à cette présidentielle.

“Notre parti politique, le MIR, Mouvement des indépendants réformateurs, va, pour la toute première fois, au mois de juillet, concourir aux élections présidentielles. Et sur notre liste, le candidat, ça sera Joseph Kabila“, annonce-t-il.

La nuit tombe à Kinshasa. Bientôt, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) s’apprête à organiser le dépôt officiel des candidatures, faisant monter la tension. Moïse Katumbi, porté par tant d’espoirs, annonce tout à coup son retour au pays. Dans la foulée, Jean-Pierre Bemba aussi devrait regagner le pays. Face à ces deux requins, le pouvoir n’a d’autre carnivore que Kabila. Si la thèse du député Mbayo est toujours passée inaperçu, le dernier développement de la situation est à scruter avec beaucoup d’attention.  Il y a, d’abord, les discours des membres du nouveau Front Kabilistes. Pour eux, il est tout d’abord question que cette coalition présente un et un seul candidat à la prochaine Présidentielle. En réalité, trainant un bilan sortant jugé quasi-catastrophique, il faut bien plus qu’une magie pour que le pouvoir remporte la prochaine présidentielle. En effet, selon un sondage…

Dans le pays, nul n’ignore les capacités calculatrices de cette famille d’opportunistes. Le vote au Congo reste tribalo-ethnique. Il y a d’un côté, les José Makila, Jean-Lucien Busa, Thomas Luhaka et compagnies. Eux, à les regarder, sont là dans un objectif simple : grappiller les voix d’un futur Jean-Pierre Bemba, leader incontournable du nord-ouest du pays, mais jadis s’appuyant sur ses anciens lieutenants du Mouvement de Libération du Congo, qui sont quasiment tous aujourd’hui avec Kabila. De l’autre côté, il faudra compter également sur Bruno Tshibala, bien que très impopulaire sur la scène politique, pour donner des sueurs froides au mythique parti de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), pour qui le centre du pays tuerait.

C’est dans ce décor alambiqué que le Front Commun de Kabila se positionne. Si le Chef de l’Etat congolais s’exprime peu, ses gestes en disent long sur ses intentions. Jamais, à moins d’un mois de dépôt de candidatures, le pouvoir n’a prévue. Le 30 juin, alors que le monde entier, les forces politiques, y compris l’église catholique, attendaient de lui une déclaration ferme sur son avenir. Il n’en a jamais été question. A la place, le Président est resté égal à lui-même, gardant un épais brouillard qui lui a toujours été profitable.

Au 8 août 2018, la CENI devrait annoncer les candidats retenus sans contestation possible pour cette présidentielle du 23 décembre. Le Front devrait alors déposer la candidature de Joseph Kabila, selon ce qui se trame, s’abandonnant dans les seules mains de la Cour Constitutionnelle pour « interpréter » la loi. Le pays retiendra donc son souffle, mais oubliera qu’il y a à peine quelques semaines, la même Cour a subi des profonds changements, avec les nominations d’au-moins quatre juges, à peine éloignés de Kabila. Le pays aura alors le choix entre la candidature contestée du président sortant et le report des élections.

Litsani Choukran

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